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« Nous sommes votre mauvaise conscience »

Les résistants allemands Hans (1918-1943) et Sophie Scholl (1921-1943), fondateurs du mouvement de la Rose blanche, exécutés le 22 février 1943

Les résistants allemands Hans (1918-1943) et Sophie Scholl (1921-1943), fondateurs du mouvement de la « Rose blanche », exécutés le 22 février 1943, © picture alliance / dpa/dpa | dpa

23.02.2021 - Article

Il y a 78 ans, les étudiants Hans et Sophie Scholl, figures de proue du mouvement de résistance au nazisme « La Rose Blanche », étaient condamnés à mort et exécutés.

Ils étaient étudiants à Munich, et ils ont voulu appeler la population à la résistance contre Hitler en distribuant des tracs. Le 22 février 1943, Hans Scholl, 24 ans, sa sœur Sophie, 21 ans et Christoph Probst, 23 ans, étaient guillotinés à la prison de Stadelheim, à Munich. Quelques heures auparavant, les trois jeunes gens avaient été condamnés à mort par le « Volksgerichtshof » (« Tribunal du peuple »), après avoir été arrêtés quatre jours plus tôt par la Gestapo. Une procédure expéditive. Le juge, Roland Freisler, a voulu faire un exemple. D’autres procès allaient d’ailleurs suivre. Le « Volksgerichtshof  » était un tribunal politique. Il servait d’instrument de terreur au régime nazi pour imposer son arbitraire. Mais 78 ans plus tard, c’est la foi des jeunes gens dans la liberté et leur courage qui restent inscrits dans les mémoires.

Six tracs

L’action de résistance du mouvement de « La Rose Blanche » a commencé à l’été 1942. Entre le 27 juin et le 12 juillet, deux étudiants en médecine, Hans Scholl et Alexander Schmorell, rédigent des tracs contre le régime. Ils les distribuent, par paquets de cent, à des écrivains, à des professeurs et à des libraires de Munich et de sa région. Leur objectif : appeler à la résistance passive. La cible est soigneusement choisie. « Je jugeais qu’il était grand temps de rappeler sérieusement ses devoirs politiques à cette partie de la bourgeoisie [intellectuelle, ndlr] », dira Hans Scholl lors de son interrogatoire par la Gestapo.

Quatre tracs sont distribués pendant cette période. Le premier appelle à la résistance passive. Mais le deuxième, déjà, appelle à « exterminer la horde brune » des nazis. Et le troisième donne des instructions concrètes pour provoquer la chute du régime par des actions de sabotage dans tous les domaines de la vie publique et politique. « Ne plus se taire » face à la violence exercée par les nazis à l’égard des juifs, des Polonais, etc. : tel est l’objectif visé. « Nous sommes votre mauvaise conscience, la Rose Blanche ne vous laissera pas en paix », affirme le quatrième trac.

Plusieurs mois passent. Un cinquième trac est distribué à la fin du mois de janvier 1943. De nouveaux membres ont rejoint le réseau, dont Sophie, la sœur de Hans Scholl, Christoph Probst, Willi Graf et leur professeur à l’Université de Munich, Kurt Huber. Le groupe de résistants veut, cette fois, atteindre la population dans son Ensemble.

La Wehrmacht est en train de connaître une déroute sur le front de l’Est, à Stalingrad. La nouvelle officielle de la défaite tombe le 3 février. Elle ébranle la confiance de la population dans la victoire. Les membres de la Rose Blanche en sont convaincus : Hitler ne peut plus que prolonger la guerre, pas la gagner. Ils imaginent déjà un autre scénario d’avenir : celui d’une Allemagne fédérale dans une Europe unie.

Foi et Courage

Le jour, ils mènent la vie de n’importe quel étudiant. La nuit, ils s’activent plus que jamais. 6 000 à 9 000 exemplaires du cinquième trac sont ainsi imprimés, péniblement. Pour faire croire à un mouvement de grande ampleur, ils ne sont pas seulement distribués à Munich mais dans plusieurs villes du sud de l’Allemagne et d’Autriche : Ulm, Linz, Salzbourg, Vienne, etc.

A la mi-février, le sixième trac est prêt. Quelque 800 à 1 200 feuillets sont imprimés et pour partie envoyés par la Poste. Le reste est chargé dans une valise et une serviette, et transporté à l’université par Hans et Sophie Scholl le 18 février. Les deux étudiants déposent les tracs dans les amphithéâtres. Puis Sophie en laisse tomber une volée depuis le deuxième étage de la cour intérieur du bâtiment. La scène a été immortalisée en 2005 dans le film de Marc Rothemund, « Sophie Scholl, les derniers jours ». Les deux résistants sont immédiatement découverts et arrêtés par la Gestapo.

Les procès-verbaux de leurs interrogatoires et les minutes de leur procès sont parvenus jusqu’à nous. Parfaitement conscients du sort qui les attendait, Hans et Sophie Scholl n’ont pas tremblé. Ils ont expliqué calmement les raisons de leurs actions et la foi inébranlable en la liberté qui les sous-tendaient. Leur voix s’est tue le 22 février 1943, mais leur courage résonne encore jusqu’à nous.
A.L.

Plus d’informations :

Fondation et monument à la mémoire des résistants de la Rose Blanche (en allemand et anglais)

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