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Heinz Mack, l’art et la lumière

Heinz Mack pose devant son tableau Ikonostasis für Lichtfarben (2007), sa silhouette se reflète dans une autre de ses oeuvres Modell der Arbeit Ohne Titel.

 Heinz Mack pose devant son tableau « Ikonostasis für Lichtfarben » (2007), sa silhouette se reflète dans une autre de ses oeuvres « Modell der Arbeit Ohne Titel »., © (c) picture alliance/dpa | Rolf Vennenbernd

23.03.2021 - Article

Co-fondateur du Groupe ZERO et pionnier de l’art contemporain au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le peintre et sculpteur allemand Heinz Mack vient de fêter ses 90 ans. Retour sur une carrière vouée à l’exploration de la lumière.

Heinz Mack est un artiste éblouissant. Malgré ses 90 printemps (depuis le 8 mars), c’est un presque jeune homme qui travaille encore dans son atelier à Mönchengladbach (Rhénanie-du-Nord-Westphalie). Il regrette même de ne pouvoir rejoindre son second atelier, à Ibiza. La curiosité, le goût d’expérimenter sont-ils des élixirs de jeunesse ? Eblouir est son affaire, il est vrai. Au sens propre. Et depuis toujours. Son œuvre est une longue exploration de la lumière dans l’espace. C’est avec la lumière en bandoulière que Heinz Mack a été l’un des pionniers du renouveau de l’art contemporain à partir de la fin des années 1950.

Un pionnier du renouveau artistique de l’après-guerre

Cette obsession se révèle adolescent. Heinz Mack subit alors les privations, l’ampoule faiblarde qui plonge la maison dans la pénombre et un bombardement qui le fascine par son explosion de lumière, malgré le drame. Né en 1931 à Lollar (Hesse), c’est un enfant de la guerre. Il est admis à l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf en 1950. La ville sortà peine des ruines. L’art aussi.Le jeune homme étudie avec zèle les maîtres et les classiques. Un prix lui permet de faire un séjour à Paris, première ville non bombardée qu’il découvre. Il arpente les musées, il est fasciné par leur richesse. Heinz Mack se rend alors compte du vide artistique et intellectuel qui l’entoure. Il en prend conscience : en Allemagne, l’art a besoin d’un nouveau départ.

C’est ce qu’il va tenter, avec deux amis, Otto Piene et Günther Uecker. En 1957, Heinz Mack fonde avec le premier le Groupe ZERO. Le second les rejoindra en 1961, de même que par la suite Yves Klein, Jean Tinguely ou Lucio Fontana. Au programme : un bouleversement radical des pratiques artistiques. Mack jette le pinceau pour le rayon de lumière, et le cadre pour l’illimité du paysage. Un objet immatériel, la lumière, devient le principal matériau de son art. Un matériau au même titre que le métal, le bois le marbre ou le papier. Le mouvement devient un principe de création. C’est inédit. Et, surtout, cela ouvre un champ infini à l’expérimentation.

Chatoiements de lumière, du Sahara à l’Arctique

Installation de Heinz Mack, The Sky Over Nine Columns à Saint Moritz, en Suisse, en 2016.
Installation de Heinz Mack, « The Sky Over Nine Columns » à Saint Moritz, en Suisse, en 2016.© (c) picture alliance / Gian Ehrenzeller/KEYSTONE/dpa | Gian Ehrenzeller

Heinz Mack voyage. Il découvre le Sahara, puis l’Arctique. La nature vierge devient le théâtre de ses œuvres bien avant les préoccupations écologiques des artistes d’aujourd’hui. En 1968, il réalise son « Projet Sahara » : il installe des stèles de lumière, des reliefs de sable, des cubes, des miroirs, des voiles et des drapeaux dans le désert tunisien. Il crée ainsi d’infinis miroitements de lumière. Il fait surgir un paysage futuriste qui ressemble à la surface d’une autre planète. Et, soudain, il apparaît lui-même en costume d’astronaute, paré d’aluminium. C’était un an avant le premier pas de Neil Armstrong sur la Lune. La télévision allemande a immortalisé«  cette  »œuvre d’art cinétique«  dans un film intitulé  »Télé-Mack« . Le film a rencontré un franc succès.

En 1976, Heinz Mack récidive dans la Baie de Baffin, au large du Groenland. Il embarque avec lui le photographe du magazine  »Stern «  Thomas Höpker, et installe des corps en plexiglas, des pyramides de lumière, des fleurs de lumière des cristaux de glace et une aile de feu dans l’immensité glacée. Le voyage est couplé avec une expédition dans le désert algérien. L’idée d’immortaliser l’œuvre d’art éphémère par la photo ou la vidéo est, alors, novatrice.

Le Groupe ZERO se dissout en 1967. Mais le nouveau concept artistique qu’il promeut fait florès et gagne une reconnaissance internationale. Heinz Mack participe en 1959 et en 1964 à l’exposition documenta à Kassel. En 1970, il représente l’Allemagne à la Biennale de Venise. Il organise plus de 400 expositions au total. Une rétrospective, actuellement présentée au Kunstpalast de Düsseldorf, revient sur la nouveauté, la fécondité et la modernité de cette période de création de l’artiste.

Sculptures urbaines

A partir des années 1980, l’œuvre de Heinz Mack s’inscrit aussi peu à peu dans le paysage urbain. Plus d’une centaine de ses sculptures parsèment aujourd’hui le pavé des villes allemandes. La plus connue est sa  »fontaine à voiles« , qui décore la Place de l’Unité allemande à Düsseldorf. On lui doit aussi les piliers de lumière du Europa Center de Berlin et une  »Sculpture pour le ciel«  à Munich. Il apprécie la monumentalité. Son œuvre la plus haute mesure 42 mètres. C’est une stèle posée devant le siège de Daimler, à Stuttgart.

 

A partir des années 1990, Heinz Mack revient aussi à la peinture. Ses recherches sont inspirées par la Théorie des couleurs de J.W. Goethe. Il en tire des toiles abstraites et polychromes, teintées de rêverie. Peut-être, qui sait, pour se transporter en imagination vers Ibiza, son  »île de lumière« …


A.L.

Plus d’informations :

Rétrospective  »Heinz Mack«  au Kunstpalast de Düsseldorf (en allemand et anglais)

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