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Raviver la culture mémorielle chez les jeunes

Photo d’Hanna Sjöbergs sous forme de collage réalisé par Kerim Somu

Photo d’Hanna Sjöbergs sous forme de collage réalisé par Kerim Somu     , © Vajswerk

09.04.2021 - Article

Comment perpétuer la mémoire de l’Holocauste chez les jeunes ? Un projet de commémoration à l’échelle européenne met en œuvre des idées passionnantes. 

Il y a 80 ans, des navires et des trains parcouraient plus de 4 000 kilomètres vers le Nord, de la Serbie à la Norvège occupée, avec à leur bord des prisonniers politiques, des partisans, des résistants et des communistes. Plus de 4 200 prisonniers de l’ancienne Yougoslavie ont ainsi été déportés en 1942 et 1943 vers les camps de travail nazis à Narvik, en Norvège. Plus de la moitié d’entre eux y ont trouvé la mort.

Prendre la mesure de la persécution nazie

À la fin de l’été 2021, 24 jeunes adultes d’Allemagne, de Serbie et de Norvège parcourront ensemble ce même trajet, si la pandémie de Covid-19 le permet. « Il sera ainsi possible d’expérimenter les dimensions spatiales de la persécution nazie en Europe »,explique Christian Tietz, du théâtre expérimental berlinois Vajswerk. Il coordonne le projet « Code Viking 1942-2021 » qui est destiné à attirer l’attention sur les atrocités de la Seconde Guerre mondiale et s’inscrit dans un programme de commémoration à l’échelle de toute l’Europe. À l’aide des biographies de prisonniers, les participants au programme Code Viking réaliseront des courts métrages qui seront par la suite réunis en un film commun. Le « Centre for Public History » de Belgrade et « The Narvik War and Peace Centre » participent à ce projet.   

Faire des lieux de mémoire des lieux d’expérimentation pour les jeunes : tel est l’objectif du programme fédéral « Young People Remember International  » proposé par la fondation « Remembrance, Responsability and Future » (EVZ). Selon Andrea Despot, présidente d’EVZ, il est essentiel pour le vivre ensemble démocratique de doter la jeunesse « d’un sens de l’observation et d’un esprit critique. Une connaissance des faits et une analyse de l’injustice nazie permettent de mieux résister à l’antisémitisme, à l’antitsiganisme et au racisme ».

Des projets artistiques internationaux au service du souvenir

Il s’agit de promouvoir non seulement les rencontres entre jeunes de différents pays mais aussi les échanges internationaux entre spécialistes par le biais de méthodes innovatrices et de contenus éducatifs politico-historiques repensés. Un autre volet du programme promeut le développement de formats éducatifs numériques. Depuis fin 2020, 25 projets ont ainsi reçu le soutien de « Young People Remember International  ». 

Photos d’un projet de commémoration antérieur prises par des étudiants de Roman Kroke
Photos d’un projet de commémoration antérieur prises par des étudiants de Roman Kroke© Roman Kroke

Après le décès de la quasi-totalité des témoins de l’époque, il fallait trouver de nouvelles manières d’aborder la culture mémorielle, explique l’artiste allemand Roman Kroke, qui participe également au programme. Son approche multidisciplinaire allie l’art, la littérature et la pédagogie et les met en relation avec des lieux et des événements historiques. « Il s’agit de trouver comment établir un lien entre l’Histoire et le monde des jeunes d’aujourd’hui. » 

Dans le cadre du projet « Living Memorials » auquel Roman Kroke et l’historienne biélorusse Tamara Werschitzkaja collaborent aux côtés de l’organisation belge Mediel et du mémorial de la « Villa de la conférence de Wannsee » à Berlin, des experts mettent au point de nouvelles méthodes pour continuer à faire vivre la mémoire. 

Lors de deux ateliers organisés à la Villa de la conférence de Wannsee à Berlin et dans la forêt de Naliboki en Biélorussie, ils se pencheront tout d’abord sur les sources historiques pour ensuite traiter ce thème librement dans leur travail artistique. En se basant sur des métaphores de la forêt telles que les racines ou l’écorce, des images, des textes, des installations et des performances devraient voir le jour, explique Roman Kroke, « pas seulement sur le lieu-même de commémoration mais en communion avec ce lieu ». C’est en effet se cachant dans la forêt de Naliboki que le groupe de partisans juifs Bielski survécut lors de la Seconde Guerre mondiale.

Maly Trostenez, un lieu presque oublié

C’est également en Biélorussie, près de Minsk, que se trouvait Maly Trostenets, le plus grand camp d’extermination nazi de la partie occupée de l’URSS. Entre le printemps 1942 et l’automne 1943, au moins 60 000 personnes furent assassinées sur ce vaste site, dont plus de 2 300 juifs déportés d’Allemagne, d’Autriche et de Tchéquie. Maly Trostenets reste pourtant peu connu en Europe occidentale. 

Raconter l’histoire de sites d’extermination presque inconnus fait également partie du programme de commémoration. À l’époque soviétique, Maly Trostenets servait notamment de terrain d’entraînement militaire. De petites pierres commémoratives avaient été érigées dans les environs, mais sans aucune mention de la Shoah. En 2009, l’initiative citoyenne autrichienne « IM-MER » a lancé un processus qualifié de « démocratisation du souvenir » par Aliaksandr Dalhouski, de l’Atelier d’histoire Leonid Lewid à Minsk. Ainsi, sur les arbres de la forêt de Blagowschtschina, où des dizaines de milliers de personnes furent abattues et enterrées dans des fosses communes, des descendants des victimes autrichiennes et allemandes apposent des panneaux portant les noms des disparus ainsi que quelques éléments biographiques.

« Des histoires individuelles remplacent les chiffres précédents et nous permettent de découvrir autrement l’histoire de ce lieu » déclare Aliaksandr Dalhouski. On connaît peu de noms des victimes de Biélorussie et d’autres partie de l’Union soviétique qui ont été assassinées. Pourtant, entre-temps, des habitants des villages avoisinants ont également apposé des plaques à la mémoire de leurs parents et voisins.  

Une application pour le souvenir

Depuis 2014, un grand mémorial officiel est en construction à Maly Trostenets mais le centre d’information prévu n’a pas encore été construit. Avec l’aide d’experts, une soixantaine d’étudiants de Minsk, Osnabrück et Vienne vont développer une application qui inclut également différents récits historiques en lien avec ce lieu. L’atelier d’histoire « Leonid Lewin » coordonne le projet « Visite virtuelle pour une approche pluridimensionnelle du site commémoratif de Maly Trostenets » en collaboration avec l’atelier international d'éducation et de rencontre (IBB) de Dortmund.

Selon Darija Fabijanic, de l’IBB, « l’objectif est de donner aux jeunes la possibilité d’explorer eux-mêmes le site historique grâce à des offres numériques ». Les premiers séminaires auront lieu en avril 2021. En octobre 2021, les étudiants doivent se rencontrer à Maly Trostenets et décider en commun des contenus de la future application.   

« Serious Role Play November 1939 »

Un autre des projets numériques promus doit permettre à ses utilisateurs une expérience particulièrement émouvante : le « Serious Role Play November 1939 », fruit d’une coopération entre l’organisation tchèque Živá pamět et le développeur de jeux Charles Games à Prague. Les joueurs se mettent dans la peau d’étudiants qui ont participé en 1939 à des manifestations anti-allemandes dans la ville de Prague occupée avant d’être arrêtés et déportés vers le camp de concentration de Sachsenhausen. Ce jeu interactif est relié à un musée virtuel.    

Des images préliminaires de « Serious Role Play November 1939 » montrent l’enterrement du leader étudiant tchèque Jan Opletal
Des images préliminaires de « Serious Role Play November 1939 » montrent l’enterrement du leader étudiant tchèque Jan Opletal© Living Memory

« Pendant le déroulement du jeu, le musée donne des informations factuelles » explique Pavel Voves, directeur de Živá pamět. La période d’internement des étudiants à Sachsenhausen ne fait pas partie du jeu mais est documentée par des photos et des textes dans la section musée de l’application. Cette dernière devrait être disponible dès la rentrée scolaire 2021. 

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