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Exposition : la bande-son de l’Allemagne d’après-guerre

Guitare offerte par le chanteur Udo Lindenberg au principal dirigeants de la RDA Erich Honecker en 1987. Exposition Hits&Hymnen. Klang der Geschichte à Bonn

Guitare offerte par le chanteur Udo Lindenberg au principal dirigeants de la RDA Erich Honecker en 1987. Exposition « Hits&Hymnen. Klang der Geschichte » à Bonn, © picture alliance/dpa | Oliver Berg

27.04.2021 - Article

Quelles chansons ont marqué leur époque, mobilisé les foules, canalisé des protestations, accompagné les grands moments de l’histoire allemande ? C’est le thème d’une exposition à la Maison de l’histoire de Bonn.

« Take me to the magic of the moment/ On a glory night/ Where the children of tomorrow Dream away/ In the wind of change  ». Personne n’a oublié la chanson des Scorpions sortie en 1990. « Wind Of Change » est devenu l’hymne de la chute du mur de Berlin quia fait le tour du monde. Le groupe allemand avait su capter ce « vent du changement » qui, balayant l’Europe de la Guerre froide, annonçait une nouvelle ère. Comme souvent, la musique a servi de support aux émotions, privées et collectives. Elle les a gravées dans les mémoires. Et, telle une « madeleine de Proust », elle peut aujourd’hui ressusciter une époque en une fraction de seconde. Que racontent ces « bandes-son d’une époque » que sont les « tubes et les hymnes » ? Que nous disent-ils de l’Allemagne des 70 dernières années ? C’est ce qu’explore une exposition à Bonn.

Elles’intitule « Hits &Hymnen. Klang der Zeitgeschichte » (litt. : Tubes et hymnes. Le son de l’histoire contemporaine), et elle est programmée jusqu’au 10 octobre à la Maison de l’histoire de Bonn (temporairement fermée pour cause de restrictions sanitaires). Elle recompose la bande-son d’une succession d’époques en rassemblant près de 500 documents, extraits sonores, vidéos, photos, instruments, objets et partitions.

Ainsi, les générations qui ont connu l’Allemagne occupée de 1948 se souviendront sûrement de la chanson de carnaval qui avait fait fureur cette année-là : « Wir sind die Eingeborenen von Trisonensien ». Le chanteur Karl Berbuer y décrivait avec humour la situation dans l’Allemagne occupée par les Alliés occidentaux (Etats-Unis, Royaume-Uni, France).

Support de la contestation

Exposition Hits & Hymnes. Le son de l'histoire à la Maison de l'histoire de Bonn
Exposition « Hits & Hymnes. Le son de l'histoire » à la Maison de l'histoire de Bonn© picture alliance/dpa | Oliver Berg

Le ton changea quelques années plus tard avec l’apparition du Rock’n’Roll. A partir des années 1950, il devint l’un des modes de contestation privilégiésde la « beatgeneration  » ouest-allemande, qui aspirait à prendre ses distances vis-à-vis de ses aînés.

A l’Est, le régime de la RDA identifia rapidement le caractère politiquement subversif de la pop music. Elle fut interdite et certains auteurs-compositeurs furent déchus de leur nationalité. L’exposition rappelle les cas célèbres de Bettina Wagner, dénaturalisée pour avoir condamné l’écrasement du Printemps de Prague dans une chanson restée célèbre à l’Ouest, « Sind so kleine Hände », et de Wolf Biermann, auteur-compositeur-interprète et poète dénaturalisé en 1976 après un concert à Cologne.

Les années 1970 ne furent pas avares en messages politiques. « Macht kaputt, was euch kaputt macht » (« Détruisez ce qui vous détruit ») chantait le groupe Ton Steine Scherben, porte-voix des milieux de la gauche radicale. En 1983, la chanteuse Nena s’opposait au réarmement en faisant de l’hymne pacifiste « 99 Luftballons » un tube planétaire.

Avec des notes à l’assaut du mur de Berlin

Pacifisme, environnement, opposition au nucléaire, mais aussi intégration des personnes issues de l’immigration : les années 1980 prolongèrent le mouvement. On sentit le Rideau de fer se fissurer sous les riffs de guitare avant de le voir s’effondrer sous les pioches.

Des interprètes, comme le groupe de rock BAP et le chanteur Udo Lindenberg se démenèrent ainsi pendant des années pour avoir le droit de faire des tournées en RDA. L’exposition présente le rapport établi par la Stasi est-allemande au sujet d’un tube de Lindenberg, « Sonderzug nach Pankow  » (Pankow désignant le quartier gouvernemental de la RDA à Berlin-Est). Il avait été écrit en réponse à l’interdiction faite au chanteur de se produire à nouveau, après un concert en 1983 devant le Palais de la République. La conclusion des services de renseignement est-allemands était sans appel : le morceau portait atteinte à « la réputation sociale du président du Conseil d’Etat de la RDA », Erich Honecker.

Udo Lindenberg porta la provocation jusqu’à offrir au dirigeant socialiste en 1987 une guitare (également exposée) portant l’inscription « des guitares plutôt que des flingues ». L’année suivante, les stars américaines Bruce Springsteen et Bob Dylan donnèrent des concerts à Berlin-Est qui soufflèrent encore un peu plus sur les braises de la révolution…

« La musique peut mobiliser, elle peut exprimer une contestation ou même créer une identité », souligne Hans Walter Hütter, président de la Fondation de la Maison de l’histoire. Elle influe sur la société autant que la société l’influence. Ainsi, on assiste aujourd’hui à une multiplication des mises en garde contre l’extrême droite chantée par des groupes en vogue comme les Toten Hosen, Kraftklub ou Feine Sahne Fischfilet.

L’exposition explore cette influence réciproque de la musique et de la société dans tous les domaines. Elle consacre ainsi un chapitre au thème des hymnes nationaux et de la musique militaire, chargés d’une forte symbolique liée à l’histoire. Mais elle s’efforce aussi d’offrir au spectateur davantage qu’un parcours pédagogique. Elle se veut une véritable expérience sonore et musicale, grâce notamment à des innovations techniques. Elle se met à la portée de tous, y compris des malentendants.

A.L.

« Hits & Hymnen. Klang der Zeitgeschichte »
(Tubes et hymnes. Le son de l’histoire contemporaine)
Exposition à la Maison de l’histoire de Bonn jusqu’au 10 octobre 2021

Plus d’informations :

Maison de l'histoire de Bonn (en allemand)

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