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Exposition : « Selfie, mon beau selfie »

Le selfie, un phénomène de société à l'ère numérique. Le Zeitgeschichtliches Forum de Leipzig lui consacre une Exposition

Le « selfie », un phénomène de société à l'ère numérique. Le Zeitgeschichtliches Forum de Leipzig lui consacre une Exposition, © picture alliance / Zoonar | Phongthorn Hiranlikhit

30.04.2021 - Article

Apparu il y a une vingtaine d’années, l’autoportrait numérique (« selfie ») est devenu un phénomène de société planétaire. A Leipzig, une exposition nous dit tout sur cette vedette de l’ère numérique. Elle nous inviteà regarder au-delà du miroir narcissique.

Il se multiplie plus vite que n’importe quel virus. Né il y a une vingtaine d’années avec l’émergence d’Internet et du smartphone, l’autoportrait numérique (« selfie ») croît à la vitesse de 93 millions de nouveaux clichés par jour à travers le monde. Ce n’est plus une mode. C’est un phénomène de société. Les sociologues, les psychologues, les artistes, les médias, les responsables politiques, les conseillers en communication n’en finissent pas de débattre : Est-il tendance ou déjà dépassé ? Encourage-t-il le narcissisme, ou favorise-t-il la construction de l’identité personnelle ? Le «  selfie » divertit et exaspère. Mais toujours, il fascine car il reflète les contradictions de notre société d’images. Le Zeitgeschichtliches Forum lui consacre une vaste exposition à Leipzig jusqu’en janvier 2022.

Elle s’intitule « Toujours moi. La fascination du selfie » et réunit plus de 600 objets, clichés et vidéos. Le visiteur découvre un panorama à 360° sur l’origine, la réalité et les conséquencesde cet engouement contemporain. Il  y est d’ailleurs spectateur, mais aussi expérimentateur. Il y pénètre par un tunnel aux parois recouvertes de miroirs. A la fin du parcours, il peut se « prendre en selfie » devant un large choix de fonds et de paysages, et alimenter l’exposition.

Qu’est-ce qu’un selfie ?

Plusieurs questions sont abordées. Et d’abord, qu’est-ce qu’un selfie ? L’exposition retrace l’histoire du phénomène et les conditions techniques de son émergence. La commercialisation du premier téléphone portable muni d’un objectif photographique a donné le coup d’envoi en 1999. Le terme « selfie  » est apparu dès 2002. En 2013, il était désigné « mot de l’année » par le English Oxford Dictionary. Le public s’est donc emparé très vite de cette innovation. Cela n’a rien d’étonnant, comme le montre l’exposition : elle prolonge la longue tradition de la peinture de portraits. Le peintre Rembrandt (1606-1669) aurait été « un maître du selfie » s’il avait vécu au XXIe siècle, affirmait en 2019 le quotidien allemand « Frankfurter Rundschau ».

Néanmoins, le selfie a ses revers (et ses détracteurs). Il est accusé de renforcer le narcissisme par la mise en scène de soi, de créer une dépendance, de favoriser le harcèlement sexuel et de provoquer des accidents, parfois mortels, dans la recherche du cliché le plus spectaculaire.

Le selfie au-delà du culte de soi

Mais l’exposition nous invite à dépasser cette condamnation d’un simple miroir narcissique. La pratique contemporaine du selfie revêt d’autres dimensions, montre-t-elle. C’est, par exemple, un nouvel outil de communication dans un contexte bouleversé par la technologie. Ainsi, l’industrie du tourisme va jusqu’à intégrer la qualité ou l’originalité des paysages dans les voyages proposés aux vacanciers. Cette pratique à double tranchant porte même un nom : l’« instagramabilité ». Les responsables politiques ne sont pas en reste. Ils savent bien, eux aussi, le profit qu’ils peuvent tirer d’un selfie. Beaucoup utilisent ces clichés sur leurs affiches électorales afin de suggérer leur proximité avec les électeurs.

Le célèbre selfie d'un réfugié aux côtés de la chancelière Angela Merkel en 2015 a fait le tour du monde. Extrait de l'exposition Toujours moi. Fascinant selfie, à Leipzig
Le célèbre selfie d'un réfugié aux côtés de la chancelière Angela Merkel en 2015 a fait le tour du monde. Extrait de l'exposition « Toujours moi. Fascinant selfie », à Leipzig© picture alliance/dpa/dpa-Zentralbild | Waltraud Grubitzsch

Un selfie a, par ailleurs, fait le tour du monde : c’est celui d’un réfugié syrien tout juste arrivé en Allemagne avec la chancelière Angela Merkel, en 2015. La scène avait été immortalisée par un photographe de presse. Elle a immédiatement symbolisé la culture d’accueil des Allemands aux yeux du monde. Et, simultanément, elle a suscité les critiques les plus virulentes des opposants, qui ont accusé ce cliché d’être un « appel d’air » pour les candidats à l’immigration. On ne peut mieux résumer la puissance politique d’un selfie. La photo est exposée à Leipzig aux côtés d’autres selfies célèbres.

L’exposition se tourne, par ailleurs, du côté de l’art. C’est une autre manière d’explorer la complexité du « phénomène selfie  ». En effet, les artistes se sont très tôt emparés de l’appareil photo pour prolonger l’art traditionnel de l’autoportrait. Le photographe anglais Joseph Byron a, par exemple, ouvert la voie dès 1910 en s’immortalisant, l’appareil photo tenu à bout de bras. En 1967, ce fut au tour d’un jeune cinéaste allemand, Adolf Winkelmann, de générer ce qu’on appellerait aujourd’hui du « buzz  ». Sa faute ? S’être filmé lui-même avec sa caméra en arpentant les rues de Kassel (Allemagne).

Quant au numérique, les artistes du monde entier en ont très vite exploré les vastes possibilités. Ils l’ont fait à des fins de promotion, mais aussi pour appeler à la tolérance, à l’ouverture à l’Autre et au respect des droits de l’Homme. Ainsi, l’exposition revient sur le selfie posté par l’artiste dissident chinois Ai Weiwei depuis sa prison en 2009. Le cliché, publié sur Twitter, avait touché un très grand nombre de personnes à travers le monde. Il avait suscité une vague mondiale de solidarité.

A.L.

« Ich immer. Faszination Selfie »
Exposition au Zeitgeschichtliches Forum de Leipzig jusqu’en janvier 2022.
(Musée actuellement fermé en raison des restrictions sanitaires)

Plus d'informations (en allemand)

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