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L’engouement pour le crypto-art

« Everydays – The First 5000 Days » sur le smartphone

« Everydays – The First 5000 Days » sur le smartphone, © Shutterstock

14.05.2021 - Article

L’art numérique a vécu dans l’ombre pendant des années, en Allemagne aussi. Désormais, le monde entier s’y intéresse. Mais de quoi s’agit-il ?

C’est un enrichissement pour le marché de l’art, une catastrophe pour le climat. On pourrait résumer ainsi l’engouement actuel pour le crypto-art. « Everydays – The First 5000 Days » est symptomatique de cette tendance : ce collage numérique du designer Mike Winkelmann, alias Beeple, a été vendu aux enchères chez Christie’s pour 69,3 millions de dollars. L’Américain est ainsi subitement devenu le troisième artiste vivant le plus cher au monde. En Allemagne, l’agitation autour du crypto-art n’est pas aussi vive, mais les prix y augmentent aussi.

Pourquoi maintenant ?

On peut se demander pourquoi, ou plutôt pourquoi maintenant ? Après tout, on pouvait voir des œuvres d’art réalisées avec des ordinateurs dès 1965 dans une galerie à Stuttgart. Par la suite, l’art numérique a connu nombre de transformations sous forme d’art médiatique ou de réseau. Il était exposé dans des musées et des festivals comme le Transmediale et collectionné depuis 1989 par le Centre d’art et des médias (ZKM) à Karlsruhe. Mais il n’était guère demandé sur le marché de l’art et n’intéressait que peu de collectionneurs et d’investisseurs en raison de sa reproductibilité numérique.

Les choses sont différentes pour le crypto-art parce qu’il est basé sur ce qu’on appelle les NFT (acronyme de Non-Fungible Token ou « jetons non-fongibles »), des pièces certifiées par la technologie de la blockchain, essentiellement connue grâce aux cryptomonnaies. Ces jetons sont en quelque sorte des bons numériques avec lesquels on peut acquérir des « objets » numériques comme de l’art ou de la musique. Contrairement à d’autres bons, les NFT sont uniques et ne peuvent être copiés. Celui qui détient le jeton correspondant s’identifie comme le propriétaire légal de l’œuvre qui lui est rattachée.

Un hit à Berlin

Jusque-là, le crypto-art était acheté et vendu sur des bourses spécifiques comme OpenSea ou SuperRare. La nouveauté, c’est que le marché de l’art classique, freiné par le coronavirus, s’y intéresse désormais. A côté de Christie’s, la König Galerie à Berlin en est un bel exemple. Elle est la première galerie commerciale à avoir fait entrer dans son catalogue toutes les formes de paiement par blockchain. Elle est en outre présente sur « Decentraland », un univers virtuel basé sur la blockchain et y a exposé en mars 2021 les œuvres d’artistes numériques comme Mario Klingemann ou Banz & Bowinkel.

Cet engouement pour le crypto-art a toutefois un inconvénient majeur : il faut une énorme capacité de calcul pour créer un NFT et, donc, une forte consommation d’électricité. C’est pourquoi le ZKM a annoncé sur son site Web qu’il n’achète plus de NFT basés sur la blockchain Ethereum, particulièrement complexe. Il préfère attendre l’avènement de blockchains moins nocives pour le climat.

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