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Dix lieux méconnus qui ont vu les grandes heures de la démocratie en Allemagne

Le château d'Hambach (Rhénanie-Palatinat)

Le château d'Hambach (Rhénanie-Palatinat), © picture alliance | Chromorange/Monika Wirth

15.06.2021 - Article

Le Bundestag vient de donner son feu vert : une fondation va voir le jour pour mettre en valeur les lieux qui ont jalonné de l’histoire de la démocratie en Allemagne. Retour sur dix d’entre eux, du château d’Hambach à l’Eglise Saint-Nicolas de Leipzig.

Le Bundestag a approuvé la création d’une nouvelle fondation dont la mission sera de mettre en valeur les lieux qui jalonné l’histoire de la démocratie en Allemagne.

Le projet s’inscrit dans la continuité d’initiatives prises depuis quelques années. Il s’agit, selon le gouvernement allemand, d’offrir des « exemples positifs » et concrets, susceptibles d’inciterles contemporains à prolonger cette histoire. « La démocratie doit être façonnée, vécue et élaborée en permanence », souligne le concept-cadre adopté par les députés.

L’initiative entend ainsioffriraux citoyens une perspective complémentaireau travail de mémoire et « à la confrontation avec le totalitarisme nazi et la dictature de la RDA ».

A cette occasion, nous vous proposons de découvrir quelques-uns de ces lieux parfois méconnus où s’est écrite l’histoire de la démocratie Allemande.

Le château d’Hambach

Le château d’Hambach est souvent décrit comme le berceau de la démocratie en Allemagne.

Du 27 mai au 1er juin 1832, dans cette petite localité du Palatinat rhénan, alors intégré au Royaume de Bavière (et aujourd’hui situé en Rhénanie-Palatinat), il a été le théâtre d’un rassemblement de masse de l’opposition bourgeoise libérale. 20.000 à 30.000 personnes ont afflué à la « Fête d’Hambach ». L’événement est considéré par les historiens comme l’un des points culminants du mouvement démocratique national face aux efforts de Restauration qui ont suivi le congrès de Vienne.

A la Fête d’Hambach, les discours enflammés se sont succédé. Les orateurs ont exalté l’unité nationale, la liberté et le respect des droits du citoyen. La présence de ressortissants de pays voisins, notamment des Français et des Polonais, a donné une dimension européenne à la manifestation. Les participants ont affirmé la solidarité entre les peuples européens, en particulier avec les Polonais. Ils souhaitaient la restructuration de l’Europe selon le principe de l’autodétermination de peuples libres et égaux.

Aujourd’hui, le site héberge une exposition permanente intitulée « Hinauf, hinauf zum Schloss! » qui retrace l’histoire de la démocratie en Allemagne. Plus d'informations et visite virtuelle (en allemand)

Le cimetière des morts de mars (Märzgefallenen)

24 février 1948 : à Paris, la Monarchie de Juillet est renversée et la IIe République proclamée. Au sein de la Confédération germanique, cela encourage les démocrates et les libéraux qui souhaitent une Constitution de portée nationale et un droit électoral démocratique.

Le 18 mars 1848, à Berlin, des ouvriers, des artisans et des apprentis, désargentés et souvent jeunes, dressent des barricades pour réclamer l’amélioration de leur condition et des droits civiques. Les combats sont sanglants et font 255 victimes civiles.

Ces « morts de mars » (Märzgefallene) sont enterrés dans un parc populaire du quartier de Friedrichshain. Le lieu, devenuun cimetière, demeure jusqu’à aujourd’hui un témoignage du Printemps des peuples européens et de leurs aspirations à la démocratie. A la fin de l’année 1918, des victimes de la Révolution y ont également été inhumées.

Depuis, le cimetière a subi des aménagements successifs (portail d’entrée en 1925, 1948, puis sous la RDA). Il est aujourd’hui un mémorial, un site de recherche et un lieu d’exposition. Plus d'informations

L’Eglise Saint-Paul de Francfort

Cette ancienne église luthérienne de Francfort-sur-le-Main, construite entre 1789 et 1833, est un éminent lieu de mémoire pour la démocratie allemande. Du 18 mai 1848 au 31 mai 1849, elle a vu siéger la toute première assemblée parlementaire librement élue et représentant toute l’Allemagne.

Les députés de ce Parlement de Francfort ont élaboré une « Constitution pour l’Empire allemand ». Voté en mars 1849, ce texte instituait une monarchie constitutionnelle et comprenait un catalogue de droits fondamentaux. Aux prémices de l’histoire constitutionnelle allemande, il a influencé les rédacteurs de la première Constitution démocratique allemande, celle de la République de Weimar. L’actuelle Loi fondamentale de la République fédérale en porte encore l’empreinte.

De 1852 jusqu’à sa destruction à la suite d’un bombardement en mars 1944, l’église Saint-Paul a retrouvé sa fonction première de lieu de culte. Elle a été le premier édifice de la vieille ville de Francfort à être reconstruit, dès 1948. Aujourd’hui, elle est utilisée pour de nombreux événements officiels et pour la remise de prix littéraires prestigieux. Sa rénovation est en discussion, de même que la construction d’un lieu d’exposition annexe baptisé « Maison de la démocratie ». La réflexion doit prendre fin en 2023, pour le 175e anniversaire de la Révolution de 1848.

Le lieu de mémoire de Rastatt

Rastatt, dans le Bade-Wurtemberg, a été un théâtre important de la révolution de 1848/49. L’insurrection des soldats badois ralliés à la Constitution du Parlement de Francfort y a débuté, dans la cour d’honneur du château, le 9 mai 1849. Puis, les insurgés en ont fait leur quartier général pendant le siège de la ville, à l’été 1849, avant d’y être jugés par une cour martiale prussienne après leur capitulation, le 23 juillet.

Le château résidentiel de Rastatt héberge aujourd’hui un lieu de mémoire dédié aux mouvements pour la liberté dans l’histoire allemande, qui est une antenne des archives fédérales. Le site a été créé à en 1974 à l’initiative de l’ancien président allemand Gustav Heinemann. L’exposition permanente, intitulée « Wir sind das Volk » (litt. : « Le peuple, c’est nous »), retrace l’histoire des mouvements pour la liberté au XIXe siècle et à l’époque de la RDA (1949-1989) à l’aide de documents historiques, visuels, cinématographiques et sonores. Plus d'informations

Weimar

Outre au classicisme allemand, le nom de Weimar (Thuringe) a longtemps été associé à une République mal aimée. A un dramatique échec de la démocratie ayant fait le lit du nazisme. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Les commémorations du centenaire de la naissance de la République de Weimar (1918-1933) ont relancé l’intérêt pour cette parenthèse démocratique, qui fut innovante à de nombreux égards. Le public comme les spécialistes jettent ainsi un regard neuf sur la Constitution de la République de Weimar et sur ses institutions démocratiques. Les pères de la République fédérale et de sa Loi fondamentale s’en sont inspirés, soit pour en tirer des enseignements, soit pour poursuivre la tradition démocratique qu’elle avait inaugurée.

C’est dans ce contexte qu’a vu le jour la « Maison de la République de Weimar – Forum de la démocratie ». Elle a été inaugurée le 31 juillet 2019 à proximité immédiate du Théâtre national, à l’occasion du centenaire de l’adoption de la Constitution de Weimar. Elle propose une exposition historique, une salle de cinéma et un café. Elle doit s’agrandir par la construction d’un nouveau bâtiment à l’horizon 2022. Plus d'informations

Le Couvent de Herrenchiemsee

Du 10 au 23 août 1948, le couvent des chanoines augustins sur l’île de Herrenchiemsee (Bavière) a accueilli une réunion majeure d’experts chargée de rédiger une première version du projet de Constitution de la future République fédérale d’Allemagne. La Convention constitutionnelle de Herrenchiemsee a ainsi discuté en détail de la situation de l’Allemagne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et des moyens d’ancrer la démocratie dans un futur Etat ouest-allemand. Ces débats ont préparé le terrain aux rédacteurs de la Loi fondamentale, qui ont siégé du 1er septembre 1948 au 23 mai 1949 au sein du Conseil parlementaire. Aujourd’hui, une exposition retrace l’histoire de la Loi fondamentale dans les salles mêmes où s’est tenue la convention constitutionnelle de Herrenchiemsee.

La Maison fédérale, à Bonn

Ce bâtiment à angles droits et façades blanches, situé à Bonn en bordure du Rhin, est l’un des symboles du nouveau départ pris par la démocratie allemande après 1945. Il a vu la rédaction et la proclamation de la Loi fondamentale en 1948/1949. Le premier Bundestag de la République fédérale y a tenu sa séance constitutive le 7 septembre 1949. L’édifice est ensuite devenu le siège officiel du Bundestag et du Bundesrat. Il a occupé cette fonction jusqu’au déménagement du Parlement à Berlin, en 1999.

Sa construction remonte aux années 1930-1933. Chargé de bâtir une Académie pédagogique en bordure du Rhin, l’architecte, Martin Witte, avait opté pour un style sobre, éloigné de la monumentalité qui sera privilégiée par les nazis. En 1949, son confrère Hans Schwipperta agrandi l’édifice en un temps record. Il a dû rester fidèle au style d’origine, la sobriété étant préférée pour incarner la jeune République fédérale à d’autres de ses idées plus novatrices.

Désertée par les parlementaires allemands depuis l’an 2000, la Maison fédérale héberge aujourd’hui une exposition intitulée « Notre Loi fondamentale ». Plus d'informations

Le site de Petersberg

Le site historique de Petersberg, où se tiennent toujours de nombreuses rencontrent nationales et internationales
Le site historique de Petersberg, où se tiennent toujours de nombreuses rencontrent nationales et internationales© picture-alliance / dpa | Oliver Multhaup

Hôtel de luxe construit en 1892 sur les hauteurs de Petersberg, près de Königswinter, ce vaste complexe a été le témoin des défis qu’a dû relever la jeune République fédérale après 1949 pour trouver sa place dans le concert des démocraties occidentales.

La Haute Commission Alliée en Allemagne avait choisi d’y établir son siège en septembre 1949, après la fondation de la République fédérale. Ce luxueux hôtel en altitude, symbole de pouvoir, fut le théâtre des relations entre les Alliés et Konrad Adenauer. Le nouveau chancelier, impatient d’obtenir l’assouplissement du statut d’occupation imposé à son pays, obtint gain de cause par la signature de l’Accord de Petersberg, signé le 22 novembre 1949. Peu à peu, l’Allemagne allait retrouver les pans de sa souveraineté et s’intégrer dans le bloc des démocraties occidentales.

Depuis 1954, le gouvernement fédéral utilise l’hôtel de Petersberg pour loger ses hôtes officiels. Il le rachète à la fin des années 1970 et le fait rénover de fond en comble. Outre l’accueil des hôtes de marque, le site de Petersberg sert à l’organisation de maintes conférences, par exemple sur l’Afghanistan ou sur le climat. Sa situation à 336 mètres d’altitude présente l’avantage qu’il est facile d’en sécuriser l’accès. Plus d'informations

La Place de l’insurrection du 17 juin 1953

Le 16 juin 1953, les ouvriers qui travaillent sur la Stalinallee, à Berlin-est, se mettent en grève pour de meilleures conditions de travail. Le mouvement de révolte se répand comme une traînée de poudre dans toute l’Allemagne de l’Est, mais est vite réprimé par le régime socialiste. En 2013, à l’occasion du 60e anniversaire de l’événement, le ministère allemand des Finances a rebaptisé « Place de l’insurrection du 17 juin 1953 » la place qui borde son entrée sur la Leipziger Strasse. Il y a installé un lieu d’information et une exposition sur l’aspiration à la liberté et à l’autodétermination sous le régime de la RDA. Au total, 70 lieux répartis dans toute l’Allemagne commémorent l’insurrection du 17 juin 1953 à Berlin-Est.

L’Eglise Saint-Nicolas de Leipzig

Cette église du XIIe siècle a été le théâtre des « manifestations du lundi », d’où est partie la Révolution pacifique qui a abouti à la chute du mur de Berlin, à l’automne 1989.

A partir du 4 septembre, tous les lundis, semaine après semaine, elle a vu affluer plus nombreux les Allemands de l’Est qui aspiraient à plus de libertés. Ils étaient 20.000 à la fin septembre, puis plus de 70 000 le 9 octobre, 120 000, puis 200 000, 300 000. D’autres villes ont peu à peu rejoint la contestation. Pas une goutte de sang ne sera versée jusqu’à la chute du mur de Berlin, au soir du 9 novembre 1989.

A.L.

Plus d’informations :

Le concept approuvé par le Bundestag pour la création d'une fondation regroupant les « Lieux de la démocratie » (en allemand)

Les lieux de la démocratie allemande : carte interactive (en allemand)

Exposition en ligne « La voie de la démocratie » du Forum allemand d'histoire contemporaine (en allemand)

LeMO : le musée vivant de l'histoire allemande en ligne (en allemand)

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