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L’exposition documenta, entre art et politique

Vue de l'exposition documenta. La politique et l'art, présentée au Musée historique allemand, à Berlin, jusqu'au 9 janvier 2022

Vue de l'exposition « documenta. La politique et l'art », présentée au Musée historique allemand, à Berlin, jusqu'au 9 janvier 2022, © David von Becker

18.06.2021 - Article

Une exposition du Musée historique allemand (DHM), à Berlin, dévoile l’histoire de la célèbre exposition allemande d’art contemporain documenta. Elle montre comment l’art a été, pour la jeune République fédérale, un moyen de faire de la politique.

Baromètre de la création artistique, elle transforme Kassel (Hesse) en capitale de l’art contemporain tous les quatre ou cinq ans. L’exposition documenta attire depuis plus de soixante ans l’élite de la scène artistique mondiale. Mais quelle est son origine ? Quelle a été son histoire ? C’est ce qu’explore le Musée Historique allemand (DHM) dans une exposition qui ouvre ses portes aujourd’hui à Berlin. Le visiteur découvre à travers près de 400 œuvres et documents les liens étroits qu’ont entretenu l’art et la politique dans la jeune République fédérale.

Wolfgang Mattheuer (1927–2004), Horizon, 1970, documenta 6, 1977 bpk / Nationalgalerie, SMB
Wolfgang Mattheuer (1927–2004), Horizon, 1970, documenta 6, 1977 bpk / Nationalgalerie, SMB© VG Bild-Kunst, Bonn 2021

L’exposition couvre les années 1955 à 1997, qui correspondent aux dix premières éditions de l’exposition documenta. Ses concepteurs ouvrent un double chemin pour revisiter le passé. Tout d’abord, ils montrent les œuvres : les travaux de Joseph Beuys, Hans Haacke, Seraphine Louis, Wolfgang Mattheuer, Jörg Immendorff, Willi Baumeister, Jackson Pollock, Klaus Staeck ou Andy Warhol. Ce versant artistique de l’exposition est le plus classique. Il offre un miroir des grandes évolutions de l’art.

Le volet le plus nouveau est socio-politique. En effet, l’exposition élargit la perspective en fouillant dans les archives. Et elle révèle des pans largement méconnus derrière le « mythe » de la documenta. On découvre y à travers quel point l’art subventionné a servi à asseoir les fondements politiques de la jeune démocratie ouest-allemande. Non sans ambiguïtés.

« Une histoire esthétique de la République fédérale »

Le président allemand Theodor Heuss lors de la première exposition de l'exposition documenta, en 1955. A sa gauche, Arnold Bode, documenta, 1955
Le président allemand Theodor Heuss lors de la première exposition de l'exposition documenta, en 1955. A sa gauche, Arnold Bode, documenta, 1955© documenta archiv, Photo: Erich Müller

Retour en 1955, date de la première édition. C’est, pour l’Allemagne, l’heure d’un nouveau départ, qu’incarne la jeune République fédérale, née en 1949. Il s’agit de rompre avec le nazisme. Ce qui est vrai sur le plan politique l’est aussi sur le plan artistique.

L’exposition documenta incarne ainsi la volonté de réhabiliter l’art moderne honni des nazis, et de le mettre en avant. Il s’agit, par ailleurs, de souligner par les moyens de l’art l’orientation du nouvel Etat et sa volonté d’intégration dans le bloc occidental. Les artistes est-allemands, par exemple, sont largement ignorés, à moins d’être passés à l’Ouest.

L’exposition documenta est en quelque sorte utilisée comme une vitrine de la façon dont la nouvelle République se voit. « A travers l’histoire de la documenta, on peut écrire une histoire esthétique de la République fédérale », résume Raphaël Gross, président du DHM.

Rupture et continuité

Mais il existe souvent un hiatus entre l’intention et la réalité. Dans cet interstice se trouvent les révélations les plus fortes de l’exposition. Car les commissaires n’ont pas hésité à gratter la peinture pour découvrir la réalité qui se cachait derrière les toiles lisses.

Ce qu’ils ont mis au jour recoupe ce qui s’est révélé dans maints autres domaines depuis quelques années : la rupture avec le nazisme n’a pas été aussi franche qu’on l’avait pensé. Sur le plan artistique, la volonté de renouvellement restait cantonnée : il y avait peu ou pas d’artistes juifs ou communistes dans les premières éditions de la documenta.

Mais le constat est aussi valable sur le plan politique. Sur les 21 experts artistiques qui ont fondé la documenta, dix avaient eu leur carte du parti nazi, le NSDAP, révèle l’exposition. « Il n’y a pas eu de nouveau départ », souligne M. Voss.

Au détour de ses cinq chapitres, l’exposition développe le cas du commissaire de la première édition de la documenta, Werner Haftmann. Ancien membre des SA et du NSDAP, il était recherché en Italie pour torture et meurtres à l’encontre de partisans italiens. Et sa volonté de cacher les détails de sa vie a eu des conséquences tangibles sur les jugements qu’il portait sur les artistes, montre l’exposition.

Les révélations de cette exposition ne resteront pas lettre morte. La ministre déléguée à la Culture, Monika Grütters, a annoncé le lancement d’une enquête pour approfondir le sujet. « Ce coup d’œil jeté derrière les coulisses montre que le travail de recherche sur la continuité avec le nazisme parmi le personnel des institutions culturelles allemandes demeure une priorité de la politique mémorielle », a-t-elle souligné.

A.L.

Documenta. Politik und Kunst
(« documenta. La politique et l’art »)
Exposition au Musée historique allemand (DHM) du 18 juin 2021 au 9 janvier 2022

Plus d’informations :

Musée historique allemand (DHM) (en allemand/ anglais)

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