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Exposition : la vie d’ici vue par ceux d’ailleurs

Gernot Huber, Baha Targün, un mégaphone à la main, devant la porte de l'usine Ford, des grévistes sont au second plan. Série La grève chez Ford, Cologne, 1970

Baha Targün, un mégaphone à la main, devant la porte de l'usine Ford, des grévistes sont au second plan. Série « La grève chez Ford », Cologne, 1970, © Gernot Huber

22.06.2021 - Article

Quel regard une famille issue de l’immigration porte-t-elle sur sa vie en Allemagne ? Pour la première fois, une exposition présentée au musée Ludwig de Cologne s’appuie sur des clichés privés pour documenter la vie des travailleurs immigrés en Allemagne de 1955 à 1989.

C’est leur histoire. Et ce sont eux qui en parlent le mieux. Soixante ans après la signature de l’accord de recrutement de main-d’œuvre entre l’Allemagne et la Turquie, le 30 octobre 1961, le musée Ludwig de Cologne a choisi une voie originale pour nous faire pénétrer dans la vie de ces quelque 2,6 millions de travailleurs immigrés (« Gastarbeiter ») qui ont contribué à façonner l’Allemagne contemporaine. Jusqu’au 3 octobre, il expose quelque 500 clichés qui racontent la vie quotidienne de ces étrangers en Allemagne. La plupart sont des photos privées prises par les immigrés eux-mêmes. Une première riche d’enseignements sociologiques.

L’exposition (« Sur place : des photos racontent la migration ») raconte le parcours de 16 photographes amateurs issus de l’immigration, vivant dans la région de Cologne et la Ruhr. Ces photos privées sont complétées par des documents sonores et des interviews. Elles offrent des tranches de vie saisissantes. Elles déchirent l’épaisseur du temps pour ressusciter un passé proche. Un passé heureux, le plus souvent. Quand prend-on des photos sinon dans les circonstances souriantes de l’existence ?

Tranches de vie sur la pellicule

Ali Kanatlı (au premier plan, à droite) avec des amis dans un parc de Cologne, 1965
Ali Kanatlı (au premier plan, à droite) avec des amis dans un parc de Cologne, 1965© Ali Kanatlı/DOMiD-Archiv, Köln

Il faut écouter les histoires de famille entre deux patries. En 1965, Ali Kanatli pose dans un parc de Cologne situé en bordure du Rhin avec trois amis. L’ambiance est festive et détendue. On aime montrer que l’on vit bien, que la vie est belle. Mais est-elle toujours rose ?

La même année, Onur Dülger pose fièrement devant son foyer de travailleurs de Cologne-Buchheim. Il est en costume de marié et semble être parvenu à un certain statut social. Mais il est seul avec sa nouvelle épouse. La famille de sa fiancée l’a rejetée « parce qu’elle voulait épouser un étranger ». Et le couple n’a pas encore d’appartement à lui.

L’envers du décor

A l’époque, la plupart des travailleurs immigrés peinent à accéder au parc privé de logements, plus confortable. Il faut attendre les années 1970 pour qu’ils commencent à manifester pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Des grèves éclatent alors dans toute l’Allemagne pour la hausse des salaires et de meilleures conditions de travail.

L’exposition montre à travers un bref documentaire comment s’est déroulé l’un de ces conflits : la grève d’ouvriers de l’automobile à Neuss. Elle présente aussi les clichés de photographes professionnels, dont une série de Gernot Huber sur la grève dans les usines Ford en 1973.

Les professionnels (Chargesheimer, Candida Höfer, Ulrich Tillmann, Christel Fromm, Gernot Huber, Günay Ulutuncok) montrent ce que les immigrés ne photographient pas, par omission ou intention. Le dénuement et l’exiguïté de leurs appartements, par exemple, même si on les devine, parfois. Les rangées de maisons ouvrières délabrées dans la fumée des cheminées d’usine…

Les photographes amateurs, eux, préfèrent se photographier en train de déjeuner sur l’herbe, ou à la table d’un repas de famille joyeux. Vision idyllique ? Concentré d’espoirs attachés à la nouvelle patrie ? Volonté d’embellir la vie pour ceux qui sont restés au pays ? Ou sélectivité de l’attention et de la mémoire ? C’est leur histoire. Ce sont eux qui en parlent le mieux.

A.L.

« Vor Ort: Fotogeschichtenzur Migration »
(« Sur place : des photos racontent la migration »)
Exposition au Musée Ludwig de Cologne du 19 juin au 3 octobre 2021

Plus d'informations (en allemand/ anglais)

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