Bienvenue sur les pages du Ministère fédéral des Affaires étrangères

La Fuggerei d’Augsbourg, un étonnant voyage dans le temps

Fondée en 1521, la Fuggerei est la plus ancienne cité sociale du monde

Besucher gehen durch die Fuggerei. Die Fuggerei gibt es seit 500 Jahren und sie gilt als älteste Sozialsiedlung der Welt., © picture alliance/dpa | Stefan Puchner

25.06.2021 - Article

Fondée par Jakob Fugger « le Riche » le 23 août 1521, la Fuggerei d’Augsbourg est la plus ancienne cité sociale au monde. Son credo (« aider les pauvres à s’aider eux-mêmes ») et son exemple ont fait des émules dans le monde entier. Elle fête cette année son 500e anniversaire.

Un appartement de 60 mètres carrés doté de tout le confort moderne pour un loyer de moins d’un euro par an : un rêve ? Non, cela n’a rien d’une utopie. C’est la réalité vécue depuis 500 ans par 150 habitants pauvres de la ville d’Augsbourg (Bavière) : les résidents de la Fuggerei.  Ce lotissement de 67 petites maisons aux façades ocre, garni d’une fontaine, d’une église et d’un bunker rappelant les aléas de l’histoire, est la plus ancienne cité sociale au monde. Une « ville dans la ville » qui fait le bonheur de ses habitants et de 200.000 touristes par an. Fondée par le marchand et banquier Jakob Fugger dit « le Riche » (1459-1525), la Fuggerei fêtera le 23 août prochain son 500e anniversaire.

La Fuggerei, la plus ancienne cité sociale au monde

Les résidents de la Fuggerei jouissent d'un niveau de loyer imbattable : 0,88 euros par an et trois prières par jour
Les résidents de la Fuggerei jouissent d'un niveau de loyer imbattable : 0,88 euros par an et trois prières par jour© picture-alliance/ dpa | Karl-Josef Hildenbrand

L’histoire de cet ensemble étonnant commence au début du XVIe siècle. Jakob Fugger est le descendant d’une famille souabe de tisserands, commerçants et banquiers qui a fait fortune à Augsbourg en trois générations. Proche des Habsbourg, il est considéré comme le banquier le plus brillant de son temps. Il fait la prospérité de ville. Mais c’est aussi un visionnaire et un homme pieux. Il veut s’inscrire dans la tradition caritative du catholicisme et assumer sa responsabilité vis-à-vis de ses contemporains.

En 1514, il a l’idée d’acheter des terrains pour réaliser un projet pionnier de cité sociale. Il veut faire un « exemplum », comme en témoigne une inscription à l’entrée de la Fuggerei : il veut créer un ensemble novateur susceptible d’inspirer d’autres fondateurs. Les premières bâtisses s’édifient dès 1516. Les premiers habitants s’installent dans 52 maisonnettes à deux étages en 1523.

Le banquier Fugger a créé une fondation : la Fürstlich und Gräflich Fuggersche Stiftungs-Administration. Elle est chargée de réaliser et gérer le projet. Elle fera en réalité bien plus, surmontant les aléas de l’histoire tels que l’intégration de la ville libre d’Augsbourg au royaume de Bavière. Elle gère toujours la Fuggerei aujourd’hui en veillant scrupuleusement au respect des vœux du fondateur…

Un loyer immuable depuis… 1523

De fait, ce qui fascine en arpentant les rues de la cité, c’est l’impression de continuité. Ici, le passé semble se prolonger naturellement dans le présent. Malgré la vie qui y sourd de partout, une forme d’éternité plane sur la Fuggerei.

Les conditions d’admission, par exemple, n’ont jamais changé. La cité est réservée aux citoyens pauvres de la ville d’Augsbourg de religion catholique, quelle que soit leur origine. Les mendiants sont exclus.

La philosophie du projet est, en effet, d’aider les pauvres à « s’aider eux-mêmes ». Jakob Fugger voulait leur offrir les conditions d’une vie décente pour qu’ils puissent reprendre pied dans la vie par leurs efforts et leur travail. Dans les premiers temps, beaucoup de résidents de la cité (artisans, ouvriers etc.) utilisaient d’ailleurs l’une des pièces de leur logement comme atelier ou lieu de travail.

Plus étonnant encore : la continuité demeure la règle en matière de loyer. Son calcul de celui-ci est immuable depuis 500 ans : chaque résident doit un Rheinischen Gulden par an et trois prières par jour pour le fondateur et pour sa famille. Au XVIe siècle, ce Gulden représentait à peu près le salaire hebdomadaire d’un ouvrier. Or, la Fuggerei ne connaît pas l’inflation. Aujourd’hui, il ne représente plus que… 0,88 euros.

Ce loyer annuel ne paie pas toutes les charges. Les résidents doivent s’acquitter de diverses factures (électricité, chauffage etc.). Ils rendent aussi de menus services à la collectivité : garde aux portes de la cité, entretien de la sacristie de l’église, jardinage. Reste qu’on trouve difficilement habitat meilleur marché…

Une « ville dans la ville » où a vécu l’arrière-grand-père de Mozart

La Fuggerei est une « ville dans la ville », sociale et conviviale.  Des fêtes et des activités sont régulièrement organisées pour ses locataires. De nombreux événements sont d’ailleurs programmés à partir de la fin août pour célébrer un demi-millénaire d’existence : un pavillon d’exposition sur les cités sociales d’hier, d’aujourd’hui et de demain, un débat sur les enjeux sociaux contemporains, une exposition et de nombreuses célébrations, etc.

Avec ses huit rues et ses maisons anciennes, la Fuggerei est loin d’être seulement un musée à ciel ouvert. Mais ses murs conservent 500 ans d’histoires collective et individuelles. La cité possède ainsi son église : le bâtiment a été construit après que l’église de la paroisse voisine s’est convertie à la Réforme, au XVIe siècle. Par le passé, le lieu a aussi possédé une école. Mais les familles ont aujourd’hui plutôt laissé la place aux personnes seules ou aux couples, même si la cité reste un exemple très réussi de cohabitation entre les générations. Enfin, tourisme oblige, la Fuggerei  possède désormais une brasserie à ciel ouvert (Biergarten) et plusieurs sites-musées.

Parmi ceux-ci se trouve la maison qui a abrité le plus illustre résident de la cité : la maître-maçon Franz Mozart (1649-1694). Grand-père de Leopold Mozart et arrière-grand-père du compositeur Wolfgang Amadeus Mozart, dont toute la famille paternelle était originaire d’Augsbourg. Issu d’une famille d’artisans d’art considérée, Franz Mozart ne fut sans doute pas admis à la Fuggerei parce qu’il était pauvre. On suppose qu’il y a exercé la fonction d’architecte de la Fondation. Une plaque rappelle sa mémoire sur la façade de la maison dans laquelle il a vécu de 1681 jusqu’à sa mort.

Alliance de tradition et de modernité

La Fuggerei a ainsi évolué avec le temps. Si elle est restée fidèle à l’esprit de son fondateur, elle s’est aussi adaptée aux exigences des époques qu’elle a traversées. Le visiteur peut visiter une maison-musée dans laquelle le mobilier ancien a été conservé. Mais, quelques rues plus loin, il découvre une maison témoin d’aujourd’hui équipée de tout le confort moderne : télévision, douche, lave-linge, cuisine équipée, etc. La porte extérieure débouche sur un petit jardin, et sur un local garni de nombreux vélos. Dans le couloir trône le portrait de Jakob Fugger.

Aujourd’hui, la Fuggerei est la plus ancienne cité sociale conservée au monde. Sa longue histoire n’a cependant pas été un long fleuve tranquille à l’abri des vicissitudes de l’histoire. Au contraire, elle a subi à plusieurs reprises de graves dommages, notamment lors de la Guerre de Trente ans et lors de la Seconde Guerre mondiale. Mais la Fuggerei a toujours su se reconstruire. Et ce fut à chaque fois un renouveau.

De ces épreuves, la Fuggerei a néanmoins gardé un témoin : son bunker. Construit pendant la Seconde Guerre mondiale, il a permis de préserver quelque 200 habitants du bombardement destructeur d’Augsbourg dans la nuit du 25 au 26 février 1944. Il est aujourd’hui, lui aussi, transformé en Musée.

A.L.

En savoir plus (en allemand et anglais) :

Site Internet de la Fuggerei (en allemand et anglais)

 

Retour en haut de page