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L’Eglise Saint-Paul de Francfort, berceau de la démocratie, va devenir un lieu de mémoire

Symbole fort dans l’histoire allemande, l’Église Saint-Paul va devenir un lieu national de mémoire, dans le cadre d’une volonté de mieux valoriser les hauts lieux de l’histoire de la démocratie en Allemagne

Symbole fort dans l’histoire allemande, l’Église Saint-Paul va devenir un lieu national de mémoire, dans le cadre d’une volonté de mieux valoriser les hauts lieux de l’histoire de la démocratie en Allemagne, © Picture alliance/Zoonar.com/Boris Breytman

17.09.2021 - Article

L’Eglise Saint-Paul de Francfort a vu siéger en 1848/1849 le premier Parlement allemand démocratiquement élu. Le gouvernement fédéral souhaite en faire un lieu de mémoire national. La commission d’experts vient de débuter ses travaux.

C’est une date phare dans l’histoire de la démocratie en Europe. L’année 1848 a fait souffler un vent de liberté sur le continent et attisé les révolutions. En Allemagne, elle a vu émerger le premier Parlement démocratiquement élu et la première Constitution démocratique. L’Eglise Saint-Paul de Francfort/M., théâtre de cet élan démocratique, en demeure jusqu’à aujourd’hui le symbole. Le gouvernement allemand souhaite mettre en valeur ce « berceau de la démocratie allemande » en le transformant en un lieu de mémoire national.

Il s’agit « d’oser plus d’histoire de la démocratie », a expliqué la ministre adjointe à la Culture, Monika Grütters, paraphrasant un slogan du chancelier Willy Brandt (1969-1974). L’ancienne église luthérienne, construite entre 1789 et 1833, va subir une rénovation en vue d‘accentuer sa dimension mémorielle. Il est également prévu d’édifier à proximité une « Maison de la démocratie ». Ce sera un lieu d’éducation et d’information sur la démocratie en Allemagne dont la vocation sera à la fois de renforcer l’adhésion des Allemands à la démocratie et d’accueillir un débat critique.

Une commission d’experts vient d’être nommée pour élaborer un projet. Elle a débuté ses travaux il y a quelques jours. Elle présentera des propositions concrètes d’ici à 2023, date à laquelle sera célébré le 175e anniversaire de la Révolution de 1848. Son travail  s’inscrit dans une volonté plus large de mettre en valeur les lieux qui ont vu les grandes heures de la démocratie en Allemagne. Le gouvernement allemand vient de créer une fondation à cette fin.

« Berceau de la démocratie allemande »

La Révolution de 1848 reste une césure majeure dans l’histoire démocratique allemande. La convocation d’un Assemblée nationale allemande à Francfort avait été de longue date l’une des principales revendications du mouvement pour l’unité nationale et la démocratie que les gouvernements des différents Etats allemands avaient ignorée. La pression de la Révolution de mars 1848 ne leur offrit plus de choix. Ils décidèrent de convoquer des élections pour élire une « Assemblée nationale allemande constituante ».

L’Église Saint-Paul de Francfort/M. a vu siéger le premier parlement allemand en 1848/49
L’Église Saint-Paul de Francfort/M. a vu siéger le premier parlement allemand en 1848/49© picture-alliance / akg-images | akg-images

Cette assemblée fut la première de l’histoire allemande à résulter du suffrage universel (masculin) et libre. Elle se constitua en l’Eglise Saint-Paul de Francfort le 18 mai 1848. Le lieu fut choisi parce qu’il était le seul de la ville à pouvoir accueillir une assemblée aussi nombreuse. Sa nef ronde surmontée d’une coupole culminant à 30 mètres de hauteur, avec des sièges disposés en hémicycle et ses 20 colonnes ioniennes, pouvait accueillir jusqu’à 2000 personnes. L’Assemblée nationale devait compter en théorie 649 députés. Elle en comptera finalement 587 en raison des boycotts électoraux. Mais 809 représentants du peuple au total participeront à ses débats en un an.

Le travail de l’Assemblée nationale allemande, présidée par le député libéral Heinrich von Galgan, fut dense. Il culmina dans la rédaction de la première Constitution démocratique. Ce texte était le plus libéral, démocratique et social jamais écrit en Allemagne à l’époque. Et il a laissé des traces profondes dans l’Histoire : les rédacteurs de la Constitution de la République de Weimar en 1919 et de la Loi fondamentale de la République fédérale en 1948/49 s’en sont inspirés.

L’Assemblée nationale adopta le 21 décembre 1848 un catalogue de « droits fondamentaux du peuple allemand ». C‘était une première. Y figuraient l’égalité de tous les citoyens devant la loi, l’abolition des privilèges, les libertés personnelles et politiques (liberté d’opinion, de réunion, de la presse, libre circulation, liberté du commerce, etc.) ainsi que l’abolition de la peine de mort. Ces droits furent ensuite intégrés à la Constitution proprement dite, votée le 28 mars 1849.

Malheureusement, la Révolution finit par échouer. En avril 1849, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV refuse au nom du droit divin la couronne d’Empereur des Allemands que lui propose l’Assemblée nationale. Les forces politiques favorables à la restauration et à la monarchie reprennent l’ascendant. L’Assemblée nationale allemande de Francfort se dissout peu à peu en mai 1849, emportant sa Constitution avec elle.

A.L.

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