Bienvenue sur les pages du Ministère fédéral des Affaires étrangères

Bonn consacre une rétrospective au cinéaste Rainer Werner Fassbinder

„LOLA“, avec les acteurs Armin Mueller-Stahl et Barbara Sukowa.

« LOLA », avec les acteurs Armin Mueller-Stahl et Barbara Sukowa., © DFF – Institut et musée du cinéma allemand, Francfort-sur-le-Main/ Archives Karl-Heinz Vogelmann. Photo: Karl-Heinz Vogelmann

22.09.2021 - Article

Le musée de la Bundeskunsthalle, à Bonn, retrace la vie et l’œuvre de l’artiste, que l’on a souvent dépeint comme l’« enfant terrible » du nouveau cinéma allemand. Il en dévoile une facette méconnue : l’infinie rigueur de ce bourreau de travail.

Il a laissé des films cultes et des personnages fascinants (Maria Braun, Effi Briest, Lale Andersen, Petra von Kant). Mais aussi une réputation de vouloir « choquer le bourgeois » par une critique sociale sans fard. Et l’image d’un « enfant terrible » aussi foisonnant d’idées que désordonné. Considéré comme l’une des étoiles du nouveau cinéma allemand des années 1960-1970, Rainer Werner Fassbinder (1945-1982), divise encore les esprits 40 ans après sa mort. Le musée de la Bundeskunsthalle, à Bonn, lui consacre aujourd’hui une vaste rétrospective. Il dévoile une autre facette du personnage.

La « méthode » Fassbinder

Le scénario de Fassbinder pour le film « LILI MARLEEN »
Le scénario de Fassbinder pour le film « LILI MARLEEN » (DFF – Institut et musée du cinéma allemand, Francfort-sur-le-Main/ Archives des manuscrits de Fassbinder)© Juliane Maria Lorenz-Wehling / Rainer Werner Fassbinder Foundation

L’exposition s’intitule « La Méthode Rainer Werner Fassbinder. Une rétrospective ». Elle se visite jusqu’au 6 mars 2022. On y découvre que le débordement créatif et les excès du cinéaste allemand se conjuguaient, contre toute attente, à une façon de travailler extrêmement structurée, méthodique et rigoureuse. « Il était tellement concentré », rapporte ainsi son ancienne monteuse Juliane Maria Lorenz-Wehling, aujourd’hui présidente de la Rainer Werner Fassbinder Foundation, « qu’il savait exactement ce qu’il voulait dès l’étape du tournage ». Pour aucun de ses films, il n’a réalisé plus de trois prises d’une même scène. Et les scènes étaient montées dès le lendemain.

« Pour ce qui est de réaliser des films ou de travailler en général, je suis un homme très ordonné », avouait d’ailleurs Fassbinder lui-même au détour d’une interview. Les 850 lettres, affiches, plans de tournage, photographies, objets personnels, costumes, scénographies et extraits de films exposés le confirment. La minutie y est omniprésente, de la méticulosité des plans de scènes aux idées notées à la volée à toutes heures du jour et de la nuit,  jusqu’aux régimes de paiement des acteurs. Fassbinder, bourreau de travail, ne prenait jamais de vacances.

Un bourreau de travail entouré d’un « clan »

Pour Susanne Kleine, l’une des commissaires de l’exposition, la « méthode Fassbinder  » peut se résumer ainsi : « Il avait des images dans la tête, et il travaillait ensuite de manière très structurée à les mettre en œuvre ». « Sinon », ajoute-t-elle, « il n’aurait jamais pu réaliser une telle œuvre ». Fassbinder a à son actif 45 films réalisés de 1966 à 1982, 26 films produits ou coproduits, 21 rôles dans des films d’autres cinéastes, 19 rôles dans ses propres films, 14 pièces de théâtre écrites et 25 mises en scène, quatre pièces radiophoniques et 37 scénarios. Il n’avait pas terminé le tournage de son prochain film qu’il débutait déjà la préparation du suivant.

D’ailleurs, il épuisait aussi ses acteurs, dont il cherchait à tirer la sève la plus authentique. Il avait réuni autour de lui une troupe de comédiens fidèles qui l’ont suivi de film en film : Hanna Schygulla, Irm Herrmann, Barbara Valentin, Eva Mattes, Ingrid Caven, Harry Baer, Karlheinz Böhm, Günter Lamprecht ou Walter Sedlmayr. Ce clan était pour Fassbinder, fils de parents divorcés, élevé par une mère malade et souvent absente, une sorte de famille de substitution.

Il en est résulté des films incontournables. Le réalisateur a immortalisé Hanna Schygulla sous les traits de Maria Braun (« Le mariage de Maria Braun »), d’Effi Briest (d’après le roman éponyme de Theodor Fontane) et de Lale Andersen (« Lili Marleen »), Barbara Sukowa en Lola (« Lola, une femme allemande ») et Margit Carstensen en Petra von Kant (« Les larmes amères de Petra von Kant  »). Il a adapté le roman d’Alfred Döblin « Berlin Alexanderplatz  » sous la forme d’une série télévisée et gravé sur la pellicule le traumatisme que fut pour la République fédérale le terrorisme de la Fraction Armée Rouge dans « L’automne allemand ». Néanmoins, il a dû attendre la veille de sa mort prématurée, le 10 juin 1982, à 37 ans, pour remporter l’Ours d’or de la Berlinale avec « Le secret de Veronika Voss » ( 1982).

A.L.

« Methode Rainer Werner Fassbinder. Eine Retrospektive »
(La méthode Rainer Werner Fassbinder. Une rétrospective)
à visiter à la Bundeskunsthalle de Bonn jusqu’au 6 mars 2022

En savoir plus (en allemand/ anglais)

Retour en haut de page