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Six romans en quête de prix

[De g. à dr.] Les auteurs Antje Rávik Strubel, Norbert Gstrein, Monika Helfer, Mithu Sanyal et Thomas Kunst, cinq des six finalistes du Prix du livre allemand 2021

[De g. à dr.] Les auteurs Antje Rávik Strubel, Norbert Gstrein, Monika Helfer, Mithu Sanyal et Thomas Kunst, cinq des six finalistes du Prix du livre allemand 2021, © picture alliance/dpa | Sebastian Gollnow

15.10.2021 - Article

Le Prix du livre allemand 2021 sera décerné lundi 18 octobre, à quelques jours de l’ouverture  de la Foire du livre de Francfort. Le jury a retenu six finalistes parmi un record de 230 candidats, dont un quart de premiers romans. Qui sont-ils ?

Selon le journaliste Knut Cordsen, porte-parole du jury, « les six romans finalistes témoignent de la richesse thématique et formelle de la littérature germanophone contemporaine, qui raconte des histoires avec une grande maîtrise et une joie communicative. Les titres nominés ont en commun une réflexion sur l’écriture, dont ils explorent les possibilités et les limites. Ces sont si œuvres d’art […], avec des sujets et des styles très différents. »

Norbert Gstrein, « Der zweite Jakob  » (Carl Hanser, 2021)

Né au Tyrol en 1961, déjà lauréat de nombreux prix littéraires, l’écrivain autrichien Norbert Gstrein poursuit dans « Der zweite Jakob » sa longue réflexion sur la narration, son manque de fiabilité et ses inévitables oublis. Le héros est un comédien qui se voit contraint, le jour de ses 60 ans, de rendre des comptes sur un drame de sa vie à lui-même et à sa sœur. « Le roman », écrit le jury, « démontre de main de maître que la complexité d’une vie, empreinte d’échecs, de honte et de culpabilité, ne se laisse pas réduire à une simple intrigue. Norbert Gstrein a encore haussé d’une marche son art virtuose de la narration. »

Monika Helfer, « Vati  » (Carl Hanser, 2021)

L’écrivaine autrichienne Monika Helfer part, dans  «  Vati », sur les traces de son père. Ce roman est un essai sur la possibilité de raconter l’histoire d’une vie et de comprendre nos origines. Un roman quasi-initiatique pour son autrice, à l’écriture économe. Lorsque le père revient mutilé de la guerre, il rencontre la mère de Monika Helfer et prend la direction d’un foyer pour personnes mutilées dans une région de montagne. Il se met à y vivre avec et pour les livres qu’il ne cesse d’accumuler. Mais déjà se dessine ce qui arrivera après la mort de la femme aimée : une profonde absence et un silence pesant qui marquera la vie des enfants. « Vati  », note le jury, « est un livre d’une tristesse remplie de tendresse, qui parvient à l’équilibre parfait entre le sentiment et la clarté formelle ».

Christian Kracht, « Eurotrash » (Kiepenheuer & Witsch, 2021)

Les six romans finalistes du Prix du livre allemand 2021
Les six romans finalistes du Prix du livre allemand 2021© vntr.media

Né en Suisse en 1966, traduit en 30 langues, le romancier Christian Kracht est l’une des grandes voix de la littérature contemporaine de langue allemande. L’auteur-narrateur, dandy globetrotter, se rend chez sa mère au bord du lac de Zurich. Malade et usée, droguée au cocktail médicaments-vodka-presse people, elle incarne à ses yeux une forme de déchéance. Mais les voilà partis pour un road-movie à travers la Suisse qui se transforme en exercice mémoriel habile et parodique. « Eurotrash » est « un roman du souvenir écrit sur le mode de l’autofiction, raffiné, tragicomique et tissé dans une narration étonnamment sensible », souligne le jury. « Il explore la relation mère-fils dans toute sa subtilité psychologique. Il ouvre le couvercle d’un univers familial peuplé d’ombres qui surgissent du passé. L’auteur réussi le tour de force rare de faire briller une poésie littéraire complexe dans une grande virtuosité stylistique. »

Thomas Kunst, « Zandschower Klinken » (Suhrkamp, 2021)

Né en 1965 à Stralsund, sur les rives de la Baltique, installé à Leipzig, le romancier et poète Thomas Kunst a déjà remporté plusieurs prix littéraires. Son dernier-né « Zandschower Klinken » raconte une histoire familiale à tiroirs où l’amertume se mêle à la fantaisie sur fond de saut dans l’utopie. En pleine crise existentielle, le personnage principal, Bengt Claasen, se retrouve dans un village provincial du nord-est de l’Allemagne. Les habitants trompent une réalité qui ne les satisfait pas par des fantaisies obsessionnelles. Ils voient leur village transformé en Zanzibar, leur étang en océan, et ils structurent cet univers parallèle par des rituels. C’est un roman, écrit le jury, qui « charrie la liberté par sa radicalité formelle. » Un roman « qui fait respirer plus librement. »

Mithu Sanyal, « Identitti » (Carl Hanser, 2021)

Née à Düsseldorf en 1971, Mithu Sanyal décrit dans ce premier roman l’histoire d’une jeune blogueuse et étudiante ébranlée par un scandale : les origines indiennes de la professeure Saraswatis, la vedette de l’université, sont… un fake ! Sans jamais dénoncer, le roman fait dialoguer entre elles les différentes positions, apparemment contradictoires, que l’affaire suscite. Sous la plume de l’autrice, même les débats les plus enlisés finissent par faire éclater une puissante joie d’échanger et une capacité à modifier son point de vue. «  Identitti », loue le jury, « réussit la quadrature du cercle : un roman discursif immensément jouissif et rempli d’énergie, dont la lecture est très instructive tout en étant très divertissante. »  

Antje Ravik Strubel, « Blaue Frau  » (S. Fischer, 2021)

Née à Potsdam en 1974, la romancière Antje Ravik Strubel raconte d’une manière bouleversante les expériences de la violence faites par une jeune femme tchèque dans l’Europe contemporaine, de son village natal à Helsinki en passant par Berlin. Dressant un panorama ample, « Blaue Frau » est à la fois un roman européen et un roman sur les rapports entre l’est et l’ouest du continent. C’est aussi une œuvre qui démêle les magistralement les fils de l’abus de pouvoir. La figure mythique de la « femme bleue » relie le récit à la narratrice, et ouvre une réflexion sur l’écriture.

Le Prix du livre allemand est doté de 25 000 €.

En savoir plus (en allemand/français/anglais) et/ou regarder la retransmission en direct de la cérémonie (le 18.10 à 18 heures)

Site de la Foire du livre de Francfort (20-24.10) (en allemand/ anglais)

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