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Paris célèbre Georg Baselitz

Georg Baselitz, „Oberon“. Dans cet autoportrait hallucinatoire, l’artiste se représente en Oberon, roi des elfes, démultiplié en quatre têtes au regard vitreux et au cou démesurément long. Il souligne ici l‘influence néfaste des idéologies sur l‘art

Georg Baselitz, « Oberon ». Dans cet autoportrait hallucinatoire, l’artiste se représente en Oberon, roi des elfes, démultiplié en quatre têtes au regard vitreux et au cou démesurément long. Il souligne ici l‘influence néfaste des idéologies sur l‘art, © picture alliance / dpa | Boris Roessler

21.10.2021 - Article

Célèbre pour ses portraits renversés et ses sculptures aux contours abrupts, Georg Baselitz est, à 83 ans, l’un des artistes allemands contemporains les plus renommés. L’une des plus vastes rétrospectives jamais consacrées à son œuvre vient de s’ouvrir à Paris.

Monumentale et radicale, mais aussi novatrice et déconcertante : ainsi se présente l’œuvre de Georg Baselitz. Certains jugent son mode d’expression brutal et provocateur. D’autres saluent l’expressivité de recherches hors des sentiers battus et la réflexion constante sur l’histoire de l’art. Le peintre et sculpteur allemand, né en 1938 à Grossbaselitz (Saxe), ne laisse personne indifférent depuis 60 ans. Il est aujourd’hui l’un des artistes allemands les plus renommés à travers le monde. De nombreuses expositions lui sont consacrées, en particulier en France. Mais jamais une rétrospective aussi complète n’avait été présentée que celle qui vient de s’ouvrir au Centre Georges Pompidou, à Paris.

Rétrospective de six décennies de création

Georg Baselitz dans son atelier en 2013
Georg Baselitz dans son atelier en 2013© picture alliance / dpa | Alamode

Elle s’intitule « Georg Baselitz. La rétrospective » et se visite jusqu’au 7 mars 2022. Elle couvre six décennies de création dans tous les domaines (peinture, sculpture, gravure) depuis le début des années 1960. L’œuvre est abordée selon un parcours chronologique qui met en valeur ses périodes les plus marquantes.

De fait, s’il y a un trait distinctif chez Georg Baselitz, c’est l’élan créateur qui jamais ne se tarit et la pratique de la réflexion critique a posteriori sur l’œuvre créée.

Marqué par l’expérience de l’effondrement de l’Allemagne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Georg Baselitz (de son vrai nom Hans-Georg Kern) grandit en RDA. Il se forme à l’Académie des arts de Berlin-Est, puis à Berlin-Ouest. Déjà, il est en rébellion contre le réalisme socialiste imposé par le régime. A l’Ouest, il découvre l’avant-garde moderne et abstraite, puis l’expressionisme abstrait américain. C’est alors que débute sa quête d’une voie entre les défenseurs de l’art abstrait et les artistes figuratifs. Il s’intéresse aux surréalistes et aux artistes singuliers comme Antonin Artaud.

Enfant terrible de l’art allemand

A ses toiles et à ses sculptures, il a donné un but : attirer l’attention du spectateur sur le seul effort et la performance picturale. Sa première exposition à la galerie berlinoise Werner & Katz, en 1963, fait scandale et donne lieu à un procès retentissant, très médiatisé. Baselitz est accusé de peindre des toiles aux accents pornographiques. L’image de l’artiste provocateur ne le quittera plus.

Le travail de cet artiste érudit est une recherche permanente qui progresse dans un dialogue sans cesse approfondi avec l’histoire de l’art et avec ses maîtres. Dans les années 1960, par exemple, Baselitz s’intéresse aux maniéristes et à leur façon de déformer les corps. Peu à peu, son langage artistique se libère. En 1969, il commence à peindre ce qui deviendra l’une de ses marques de fabrique : de gigantesques portraits renversés.

Le thème de la famille et des paysages, alors récurrents dans son œuvre, lui ouvrent, par ailleurs, la porte d’une interrogation sur le passé allemand, sur les symboles politiques et sur la forme picturale. Il utilise des motifs récurrents : la croix, le portrait de sa femme Elke ou encore l’aigle sous diverses déclinaisons (sous forme de squelette, chutant en piqué, sous forme d’armoirie détournée). Il se livre à une tentative d’analyse et de libération du fardeau du passé allemand.

Artiste inclassable, il contribue ainsi depuis 60 ans au renouvellement du langage de la peinture et de la sculpture. Son évolution est passée par plusieurs cycles qu’illustre en détail l’exposition.

Ces dernières années, il a ainsi ouvert une nouvelle porte en engageant une réflexion sur la vieillesse. Il observe celle-ci à travers le prisme de la déchéance du corps, mais aussi via une interrogation sur sa place dans l’histoire de la peinture. Pour autant, son œuvre n’est pas terminée. A 83 ans, ce créateur insatiable ne semble pas près de raccrocher ses pinceaux.

A.L.

Baselitz. La rétrospective
Exposition au Centre Georges Pompidou du 20 octobre 2021 au 7 mars 2022

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