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Nouvelles perspectives sur l’histoire du design allemand

Chaîne stéréo RK 5 Sensit, Karl Clauss Dietel, Lutz Rudolph, VEB Gerätebaude Limbach-Oberfrohna (récepteur) et VEB Statron de Fürstenwalde (hauts-parleurs), 1967

Chaîne stéréo RK 5 « Sensit », Karl Clauss Dietel, Lutz Rudolph, VEB Gerätebaude Limbach-Oberfrohna (récepteur) et VEB Statron de Fürstenwalde (hauts-parleurs), 1967 , © Musée des arts décoratifs, Collections nationales d’art de Dresde. Photo: Gunter Binsack

26.10.2021 - Article

À Dresde, une exposition retrace pour la première fois l’histoire du design allemand fracturée entre l’Est et l’Ouest de 1949 à 1989. Au-delà de la dimension politique de l’esthétique industrielle, elle dévoile des similarités. Et balaie maints clichés.

Deutscher Werkbund (1907), école du Bauhaus (1919-1933) : au début du XXe siècle, l’Allemagne devient une référence sur la scène mondiale du design. Mais à partir de 1949, le pays est divisé entre l’Est et l’Ouest. Les designers se trouvent immergés dans des visions du monde très différentes. Dès lors, on a pris l’habitude, à l’Ouest, de considérer le design ouest-allemand comme le design allemand tout court. Un cliché qu’une exposition présentée à Dresde nous invite aujourd’hui à réviser.

Elle s’intitule « Le design allemand 1949-1989. Deux pays, une seule histoire », et se visite jusqu’au 20 février 2022 à la Kunsthalle, dans le bâtiment Lipsius des Collections nationales d’art de Dresde. On y découvre près de 400 objets, qui ouvrent des perspectives nouvelles sur l’histoire du design allemand.

Est et Ouest sur un pied d’égalité

Fauteuil avec dossier refermable (Senftenberger Ei) dessiné par Peter Ghyczy, 1968, VEB site de synthèse de Schwarzheide, vers 1971
Fauteuil avec dossier refermable (« Senftenberger Ei ») dessiné par Peter Ghyczy, 1968, VEB site de synthèse de Schwarzheide, vers 1971 © Musée des arts décoratifs, Collections nationales d’art de Dresde. Photo: Gunter Binsack

Le projet est né d’une collaboration de deux musées allemands qui n’étaient pas du même côté du Rideau de fer avant 1989 : le Musée des arts décoratifs de Dresde et le Musée Vitra Design de Weil-am-Rhein. Sa nouveauté consiste à présenter le design de la RDA et celui de la République fédérale sur un « pied d’égalité ». L’exposition ne cloisonne pas les productions des deux États mais les présente indistinctement. Ainsi, le design est-allemand ne témoigne pas seulement de l’influence de la propagande politique. Il révèle aussi une qualité de création et une recherche fonctionnelle méconnues.

« Il ne s’agit pas de comparer les traditions créatives », explique Thomas A. Geisler, le directeur du Musée des arts décoratifs de Dresde. Il s’agit de « montrer les éléments qui s’entrecroisent ou se reflètent mutuellement, ainsi que les ruptures ». « Jusqu’à présent, on a surtout insisté sur les différences, mais il existe beaucoup de points communs », abonde Mateo Kries, directeur du musée Vitra Design.

Plus de convergences qu’on ne le croit

En effet, de Bonn à Berlin, le design allemand a pris des voies parfois divergentes, mais souvent aussi des chemins parallèles entre 1949 et 1989. L’exposition l’illustre chronologiquement en quatre chapitres. Elle commence par décrypter l’instrumentalisation du design en tant qu’outil de propagande politique et d’affirmation d’une identité culturelle. Simultanément, les pièces exposées illustrent l’existence de nombreux parallèles entre l’Est et l’Ouest quant à la place du design.

Le deuxième chapitre (1949-1960) montre que les designers ont d’abord puisé dans leurs racines communes, et qu’ils ont répondu à des besoins similaires au-delà des oppositions de systèmes : il s’agissait de produire industriellement pour des logements modernes, et d’affirmer à travers le produit une culture de progrès.

Les visions ont commencé à diverger entre l’Est et l’Ouest à partir de la construction du mur de Berlin (1961). En effet, c’en était fini de la porosité du Rideau de fer. Dès lors, le design a connu une période faste des deux côtés du mur, mais portée par des valeurs différentes : la société de consommation en République fédérale, la planification et les grands ensembles de logements en préfabriqué en RDA.

Une dernière étape (1973-1989) s’est ouverte avec l’arrivée au pouvoir d’Erich Honecker en RDA (1971) et avec les conséquences de la crise pétrolière en République fédérale (1973). Des deux côtés du mur, les designers ont exploré de nouvelles voies, et souvent renoué avec des productions plus artisanales. En RDA, il s’agissait de simplifier les procédés et de faciliter les réparations dans le cadre d’une économie déjà sur le déclin. À l’Ouest, le « Nouveau Design allemand » entendait renouveler l’esthétique et l’expérience du consommateur.

Des pièces cultes

Des pièces cultes sont à découvrir parmi les 390 meubles, luminaires, œuvres graphiques, vêtements de mode, textiles, bijoux et véhicules qui sont exposés à Dresde. On trouve, par exemple, la petite mobylette Simson S50 emblématique de la RDA à partir de 1975, des fauteuils en forme d’œuf avec dossier refermable de Peter Ghyczy ou encore des jouets thérapeutiques de Renate Müller.

A.L.

Deutsches Design 1949-1989. Zwei Länder, eine Geschichte
(Le design allemand 1949-1989. Deux pays, une seule histoire)
Exposition au musée de la Kunsthalle, dans le bâtiment Lipsius des Collections nationales d’art de Dresde jusqu’au 20 février 2022

En savoir plus (en allemand/ anglais)

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