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Des copistes et des muses : la place des femmes au cours des siècles revisitée

Feuillet issu d'un graduel en deux tomes, Cologne, Couvent Sankt Klara, vers1360, Cologne, Musée Wallraf-Richartz & Fondation Corboud, M 5 (Détail)

Feuillet issu d'un graduel en deux tomes, Cologne, Couvent Sankt Klara, vers1360, Cologne,  Musée Wallraf-Richartz & Fondation Corboud, M 5 (Détail) , © Cologne, WRM, Collection graphique, Stanislaw Rusch

02.11.2021 - Article

Il faut revoir nos préjugés sur la place des femmes dans les sociétés du passé. Deux expositions à Cologne et à Berlin nous y invitent cet automne. La première montre le travail des moniales copistes. La seconde questionne les représentations de la femme dans l’art.

C’est désormais un fait acquis : depuis l’aube de l’humanité, les hommes n’ont pas été les seuls à écrire l’histoire. Ni même à écrire tout court. Mais il est des bastions que l’on aurait crus imprenables, et qui se révèlent bien plus accessibles aux femmes qu’on ne l’aurait imaginé. C’est le cas du métier de copiste, auquel le musée Schnütgen de Cologne consacre une belle exposition jusqu’au 30 janvier 2022. Il s’y révèle que les monastères du Moyen Âge ne regorgeaient pas seulement de moines copistes. Les femmes aussi excellaient dans l’art de la ronde et de l’enluminure.

L’exposition, intitulée « De main de femme. Manuscrits du Moyen Âge des collections de Cologne », présente 31 manuscrits copiés par des moniales. Ils datent de l’époque de Charlemagne, vers 800 apr. J.C., de la fin du XIIIe siècle et du début du XVIe siècle. Ils ont été copiés dans des couvents en France et en Allemagne, à Chelles, à Cologne, à Nuremberg ou encore en Basse-Saxe.

Un métier d’habileté

Psautier du couvent de bénédictines à Lamspringe, dernier quart du 13e siècle, Cologne, Kolumba, Inv. 2017/0294, fol. 4v–5r
Psautier du couvent de bénédictines à Lamspringe, dernier quart du 13e siècle, Cologne, Kolumba, Inv. 2017/0294, fol. 4v–5r © Cologne, Kolumba, Photo: farbanalyse

Contrairement aux études universitaires, la formation et le métier de copiste étaient ouverts aux femmes. Les apprenties étaient formées dans les ateliers des couvents et des écoles cathédrales qui avaient besoin de copier missels et recueils de prières. L’art de la copie et de l’enluminure demandaient à la fois de très bonnes aptitudes intellectuelles et une grande discipline.

Les manuscrits exposés témoignent ainsi de la grande habileté technique et artistique des moniales, qu’il s’agisse de peintures en couleurs, du dessin des personnages ou des signes parfois à peine visibles qui servaient de signature. Les copistes formaient des lignes bien droites et des caractères réguliers. Certaines signaient de leur nom : Girbalda, Eusebia ou Loppa. Mais c’était plutôt rare car cela supposait une grande confiance en soi. La plupart du temps, les moniales ne signaient pas leurs copies.

Place des femmes

Antiphonaire d'Anna Hachenberch, Cologne, probablement du couvent Sankt Cäcilien, Anna Hachenberch et les frères de St. Michael am Weidenbach, vers 1520– 1530, Musée Schnütgen, Inv. C 44a, fol. 5v–6r
Antiphonaire d'Anna Hachenberch, Cologne, probablement du couvent Sankt Cäcilien, Anna Hachenberch et les frères de St. Michael am Weidenbach, vers 1520– 1530, Musée Schnütgen, Inv. C 44a, fol. 5v–6r© Musée Schnütgen. Photo Rheinisches Bildarchiv, Köln / M. Mennicken

Les distinguer des œuvres des copistes masculins a donc été un parcours du combattant, expliquent les commissaires de l’exposition. Mais il était exclu de partir du principe qu’une copie non signée était forcément l’œuvre d’un homme. « Ce n’est pas le cas », explique Harald Horst, l’un des deux commissaires. « Il y avait beaucoup plus de couvents de femmes que de monastères d’hommes ».

L’existence de femmes copistes à différentes époques témoigne de la place que les femmes pouvaient occuper dans la société. C’est également le cas de la représentation des femmes en peinture. Le Sujet fait l’objet d’une attention particulière d’un autre musée : le musée Bode de Berlin.

Depuis le 30 octobre, l’institution située sur l’Île aux musées, propose six parcours thématiques à travers ses riches collections. 62 œuvres allant du IVe au XVIIIe siècle permettent d’explorer la façon dont les artistes ont représenté les femmes. On y découvre les histoires qui se cachent derrière les portraits, l’identité des héroïnes et les raisons pour lesquelles elles figurent sur la toile. La présentation met particulièrement en avant les différents rôles joués par les femmes (déesse, héroïne, prostituée, sainte, reine ou encore académicienne). Elle est également consultable sous la forme d’un catalogue.

A.L. 

« Von Frauenhand. Mittelalterliche Handschriften aus Kölner Sammlungen  »
« De main de femme. Manuscrits du Moyen Âge des collections de Cologne »
Exposition au musée Schnütgen de Cologne, en coopération avec la Bibliothèque archiépiscopale de la cathédrale et du diocèse de Cologne. À visiter jusqu’au 30 janvier 2022

« Der zweite Blick. Frauen »
« Le deuxième regard. Femmes »
Six parcours à travers les collections du musée Bode de Berlin.

En savoir plus :

Musée Schnütgen de Cologne (en allemand)

Musée Bode de Berlin (en allemand/ anglais)

 

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