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A l’époque du mur de Berlin, Picasso et son double

Pablo Picasso, « Massacre en Corée », Musée national Picasso-Paris,

Pablo Picasso, « Massacre en Corée », Musée national Picasso-Paris,Mathieu Rabeau, © Succession Picasso/VG Bild-Kunst, Bonn 2021, Photo: bpk/ RMN-Grand Palais /

18.01.2022 - Article

Une exposition du musée Ludwig de Cologne compare la perception de Pablo Picasso (1881-1973) dans les deux Allemagne au temps de la Guerre froide. Un concept original qui dévoile de multiples facettes du maître espagnol.

On n’en finit pas de (re)découvrir Picasso. Génie précurseur de l’art contemporain ou artiste engagé, « homme à femmes » ou vedette du marché de l’art, le maître espagnol ne cesse d’inspirer ouvrages, films et expositions. Le musée Ludwig de Cologne a choisi une manière originale de l’aborder. Jusqu’au 30 janvier, il présente sa réception dans chacune des deux Allemagne à l’époque de la Guerre froide. Exposé à ce double miroir, Picasso révèle toute la palette de sa personnalité et différentes facettes de son génie.

Il n’est pas excessif de le dire : il y eut un Picasso de la République fédérale, et un Picasso de la RDA. L’un et l’autre ont été utilisés comme étendard et objet de projection par le régime politique. La RDA socialiste se préoccupait peu d’art moderne. Mais elle était très sensible à l’engagement de Picasso au sein du Parti communiste français (PCF) et des mouvements pacifistes. Inversement, la République fédérale jetait un regard suspicieux sur cet engagement. Mais elle glorifiait l’inventivité formelle et la prolixité du peintre, sculpteur et Dessinateur.

L’exposition rassemble quelque 150 œuvres, affiches, catalogues, coupures de presse, lettres, films et documents. Ils révèlent une perception en miroir inversé. Comment regarder l’art contemporain après le nazisme ? Vu de l’Ouest, il fallait le décharger de toute visée politique. Vu de l’Est, au contraire, il convenait de l’intégrer dans le combat politique.

Au miroir de la division Allemande

C’est ce dont témoigne la réception de la toile « Le charnier ». Peinte vers 1944-1945, elle montre un empilement de corps et serait inspirée par les images de la libération des camps de concentration nazis par les Alliés. En RDA, elle fut interprétée en termes politiques comme une représentation de la barbarie fasciste. En République fédérale, elle fut sacralisée, mais en tant que « requiem ». La réception du tableau « Guernica », qui illustre le bombardement de la ville espagnole éponyme par la légion nazie Condor, révélera une fracture similaire au milieu des années 1950.

Foulard desssiné pour la délégation française du festival mondial de la Jeunesse à Berlin-est, 1951, Fondation du Musée historique allemand, Berlin
Foulard desssiné pour la délégation française du festival mondial de la Jeunesse à Berlin-est, 1951, Fondation du Musée historique allemand, Berlin © Succession Picasso/VG Bild-Kunst, Bonn 2021, Photo: bpk/Musée historique allemand/Sebastian Ahlers

A l’Est, en 1949, l’écrivain Bertolt Brecht fit imprimer la « combative colombe de (s)on ami Picasso » sur le rideau du Berliner Ensemble. Cinq ans plus tard, il se servit aussi du dessin du peintre pour la création d’un foulard de la délégation française du festival mondial de la jeunesse de Berlin-est. Il en fit une affiche. Elle fut bannie des rues de Berlin-ouest…

L’exposition réserve quelques surprises. On apprend, par exemple, que l’œuvre de Picasso a autant divisé le public à l’est qu’à l’ouest. On découvre aussi qu’elle a parfois été censurée – des deux côtés.

En 1952, par exemple, le Sénat de Berlin-ouest a interdit une exposition de dessins de Picasso qui était présentée dans d’autres villes. Officiellement, il était question de « de problèmes de transport ». Mais la correspondance entre les commissaires d’exposition révèle que l’orientation politique de Picasso constituait le nœud du problème. Inversement, il arriva à la RDA de saisir l’ouvrage d’un collectionneur consacré à Picasso. Motif : il ne rassemblait que des  « travaux formalistes de cet artiste révolutionnaire espagnol ».

A.L.

Der geteilte Picasso. Der Künstler und sein Bild in der BRD und der DDR
(Picasso divisé. L’artiste et son image en République fédérale et en RDA)
Jusqu’au 30 janvier au
Musée Ludwig de Cologne

En savoir plus

Site web de l'exposition (en allemand)

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