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Hans Fallada, l’écriture et la vie

Hans Fallada et sa machine à écrire dans la propriété de Carwitz (nord de l’Allemagne)

Hans Fallada et sa machine à écrire dans la propriété de Carwitz (nord de l’Allemagne), © picture-alliance / dpa | Bifab; picture alliance / dpa | Bernd Wüstneck

02.02.2022 - Article

Traduite en anglais et en français il y a une dizaine d’années, adaptée au cinéma, l’œuvre de l’écrivain allemand Hans Fallada a été l’une des belles (re)découvertes littéraires de ces dernières années. 75 ans après sa mort, portrait d’un boulimique de l’écriture.

Le 5 février 1947, il y a 75 ans, Hans Fallada (1893-1947) décédait à 53 ans à Berlin. Il venait d’achever « Seul dans Berlin » (« Jeder stirbt für sich allein »), portrait en miniature de la société allemande et de ses travers sous le régime nazi. L’écrivain Primo Lévi, survivant d’Auschwitz, a décrit ce roman comme « l’un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie ». Traduit en plus d’une vingtaine de langues, dont le français depuis une décennie, il a été l’une des redécouvertes littéraires de ces dernières années. Luk Perceval l’a porté sur les planches en 2014, et Vincent Perez à l’écran deux ans plus tard. « Seul dans Berlin » a couronné une œuvre d’observateur génial de la société. Mais aussi une vie tourmentée à laquelle l’écriture apportait sa stabilité.

Hans Fallada, de son vrai nom Rudolf Ditzen, est né le 21 juillet 1893 à Greifswald dans une famille aisée, dans l’Empire de Guillaume II. Le père, magistrat, avait des ambitions pour son fils. Mais Rudolf Ditzen était un enfant souffreteux et psychologiquement instable. Après un accident de vélo en 1909, il passa de longs mois à l’hôpital. Il y découvrit les livres, et ce fut une révélation. Mais le reste de sa scolarité fut chaotique, et marquée en 1911 par la tragédie d’un double suicide raté avec un ami dont il fut le seul rescapé. Rudolf Ditzen suivit alors un apprentissage. Il débuta une vie de travailleur agricole dans le Mecklembourg. Puis il s’installa à Berlin. Il y fut vite happé par une addiction à l’alcool et à la morphine qui ne le quittera plus. 

« Je ne crois pas que l’on devienne écrivain »

 Il se mit à écrire, et publia son premier roman, « Der junge Goedeschal » en 1920. Son père l’aida financièrement, mais exigea la publication sous pseudonyme. Ainsi naquit Hans Fallada. « Je ne crois pas que l’on devienne écrivain. On l’est dès le départ. Mais il peut falloir du temps pour le reconnaître. Moi, par exemple, j’ai écrit mon premier vrai roman à 37 ans », dira-t-il.  

L’écriture devient le centre de sa vie, que ce soit comme journaliste ou comme écrivain. Plusieurs romans sont publiés, jusqu’à un premier succès, « Et puis, après ? » (« Kleiner Mann, was nun ? », aussi traduit sous le titre « Quoi de neuf, petit hom

Tournage de l’adaptation cinématographique du roman de Hans Fallada, « Seul dans Berlin » en 2015
Tournage de l’adaptation cinématographique du roman de Hans Fallada,  »Seul dans Berlin«  en 2015© picture alliance / dpa | Jens Trenkler

me ? »). Comme dans tous ses romans, Hans Fallada y raconte la vie des petites gens dans la société allemande des années 1920 et 1930, dans un langage simple et imagé.  

La vie des petites gens broyées par les crises

Il met ici en scène les déboires d’un jeune comptable, Johannes Pinneberg, frappé par la crise économique de 1929. Incarnation du travailleur honnête de la petite bourgeoisie berlinoise, il tombe dans le chômage et la misère, pour finalement trouver le bonheur dans un repli sur la vie familiale. Trois ans plus tard, Fallada décrira dans « Wolf unter Wölfen » (« Loup parmi les loups ») les ravages de la crise de l’hyperinflation de 1923 en Allemagne. 

Les romans se succèdent. En 1929, Hans Fallada épouse Anna Margarete Issel. Le couple a trois enfants. Après le succès de « Et puis, après ? », il achète une maison à Carwitz, au bord d’un lac du Mecklembourg. Il trouve enfin dans ce cadre idyllique, dans la vie familiale et dans l’écriture, un pôle de stabilité psychique.

Durant la guerre, Hans Fallada continue à publier, y compris des livres pour enfants. Mais en 1944, il divorce. Lors d’une dispute qui tourne mal, il tire un coup feu. Il est incarcéré. En prison, il écrit « Der Trinker », livre qui évoque son parcours jalonné d’addictions. Puis, il rencontre Ursula Losch, qui pâtit du même mal que lui, et l’épouse.  

Peu après la guerre, le poète expressionniste Johannes R. Becher, devenu un membre important du SED, le Parti socialiste unifié de la future RDA, lui suggère de s’installer à Berlin-Est. Il l’aide à intégrer la rédaction du journal « Tägliche Rundschau », le soutient financièrement et mise sur son talent pour écrire la chronique de la société allemande sous le Troisième Reich. Fin 1946, Hans Fallada rédige en quelques semaines « Seul dans Berlin ». Avant d’être hospitalisé en raison de ses addictions, et de succomber à un arrêt cardiaque.
A.L.

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