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Gerhard Richter ou la réinvention perpétuelle de l’image

Infatigable, Gerhard Richter. L’artiste allemand a fêté en début de semaine ses 90 ans

Infatigable, Gerhard Richter. L’artiste allemand a fêté en début de semaine ses 90 ans, © picture alliance / dpa | Oliver Berg

08.02.2022 - Article

Il n’aime pas la lumière. Mais il est l’un des peintres les plus reconnus et acclamés de notre époque. L’artiste allemand Gerhard Richter fête ce mercredi son 90e anniversaire. Portrait d’un peintre caméléon, explorateur en perpétuelle réinvention.

Ses œuvres rayonnent dans les plus grands musées du monde. Elles s’arrachent à prix d’or sur le marché de l’art. Et elles le placent régulièrement en tête du Kunstkompass, classement annuel des artistes contemporains les plus populaires au monde. Mais Gerhard Richter reste d’une modestie et d’une discrétion à toute épreuve. Artisan minutieux d’une œuvre exigeante et protéiforme, l’artiste allemand estime que c’est à ses toiles qu’il revient de parler, et non à lui. Il ne juge même pas utile de les commenter. « Les bonnes images demeurent incompréhensibles », dit-il. Il fête ce mercredi ses 90 ans.

Né le 9 février 1932 à Dresde, Gerhard Richter a été formé à l’Académie des Beaux-Arts de Dresde. Dès 1961, se sentant étouffé par le réalisme socialiste qui prévalait en RDA, il est passé à l’Ouest. Il a quitté la Saxe peu avant la construction du mur de Berlin pour reprendre ses études à l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf. Il y a ensuite enseigné la peinture pendant plus de vingt ans, de 1971 à 1993.

Une exploration passée par une large palette de styles

Son œuvre fascine par sa palette stylistique étendue. Mais elle possède un fil rouge : une réflexion ininterrompue sur l’image et ses possibilités. Expérimentateur jamais satisfait, Gerhard Richter est passé par des phases successives pour esquisser des réalités à travers l’image.

« Je n’obéis à aucune intention, à aucun système, à aucune tendance ; je n’ai ni programme, ni style, ni prétention. J’aime l’incertitude, l’infini et l’insécurité permanente », expliquait-il il y a quelques années. Il a ainsi épousé successivement une myriade de styles différents sans perdre ni en cohérence, ni en force. À chaque nouveau tournant, son travail a dévoilé une nouvelle vision de la peinture et de l’histoire de l’art.

La célèbre bougie (« Kerze ») peinte par Gerhard Richter en 1982
La célèbre bougie (« Kerze  ») peinte par Gerhard Richter en 1982© picture alliance / dpa | Uli Deck

C’est au début des années 1960 qu’il émerge dans le monde de l’art. Ses « photo-peintures », toiles réalistes qu’il réalise à partir de photos prises par lui-même ou trouvées à la presse, attirent l’attention. Elles se veulent une alternative au pop art américain et à l’art informel européen. Et une réaffirmation de la valeur de la peinture comme medium artistique, en opposition à Marcel Duchamp. Richter se voit comme « l’héritier d’une immense, fantastique et féconde culture de la peinture que nous avons perdue, mais à laquelle nous sommes redevables ». Ses grandes toiles représentant des paysages à la nature sublimée l’inscrivent dans la continuité du romantisme allemand.

Une rupture se produit à la fin des années 1960. Richter le perfectionniste au trait classique abandonne la peinture figurative pour l’abstraction. Durant les années 1970, il expérimente grilles colorées et monochromes. Ses « Nuanciers » aux surfaces uniformes, aux rectangles parfaits et aux couleurs lisses ordonnées de manière aléatoire, abandonnent toute figuration, tout geste, tout message.

L’artiste poursuit ce travail dans les années 1980 sur un mode plus lyrique : nuances, puissance du geste, aplats de couleurs acides animant des toiles en très grand format de contrastes surprenants.

Grands formats abstraits

À partir des années 1990, il met au point une technique qui devient sa marque de fabrique : il étale la peinture encore fraîche à l’aide d’une grande planche en bois ou d’un racloir en métal. Après avoir appliqué plusieurs couches, il racle en larges mouvements verticaux et horizontaux. Des jeux de superpositions créent des effets de matière insolites. La couleur s’accroche à la toile au gré du hasard.

Des constantes apparaissent : grandes toiles abstraites, utilisation des séries, confrontation avec l’histoire de l’art, exploration des limites de la vision. En 1999, Gerhard Richter crée le grand format «  Schwarz. Rot. Gold » (Noir. Rouge. Or) pour le bâtiment du Reichstag qui voit s’installer le Bundestag à Berlin. En 2014, il crée le cycle « Birkenau » à partir de photos prises secrètement dans le camp d’extermination d’Auschwitz.

L’artiste caméléon ne s’arrête jamais. En 2007, il crée un immense vitrail pour la cathédrale de Cologne. En 2020, il crée à nouveau trois vitraux pour l’abbaye de Tholey, en Sarre. Trois vitraux abstraits et colorés qui diffusent la lumière comme un kaléidoscope.

Aujourd’hui, Gerhard Richter a cessé de peintre. Mais il poursuit sa recherche artistique à travers le dessin. Le musée de l’Albertinum, à Dresde, lui consacre à l’occasion de ses 90 ans une exposition très personnelle, qu’il a lui-même imaginée. Elle réunit jusqu’au 1er mai une quarantaine de travaux inspirés par sa famille ou par des paysages familiers, le cœur de son œuvre. D’autres expositions sont prévues à Berlin, Munich et Zurich.
A.L.

En savoir plus sur l'exposition consacrée à Gerhard Richter au musée de l'Albertinum de Dresde (en allemand/ anglais)

 

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