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Margarethe von Trotta, l’énergie d’une pionnière

L’actrice et réalisatrice allemande Margarethe von Trotta fête cette semaine son 80e anniversaire

L’actrice et réalisatrice allemande Margarethe von Trotta fête cette semaine son 80e anniversaire, © picture alliance/dpa | Karl-Josef Hildenbrand

22.02.2022 - Article

Ses portraits de femmes sur grand écran et ses films sur l’époque contemporaine l’ont rendue célèbre. Pour beaucoup de cinéphiles, Margarethe von Trotta est une icône. La réalisatrice allemande fêtait lundi ses 80 ans.

Elle est née dans l’hiver berlinois en 1942, fille du peintre Alfred Roloff et d’une aristocrate balte. Elle a grandi à Düsseldorf dans l’Allemagne d’Adenauer. À 18 ans, elle a pris un billet pour Paris et découvert la Nouvelle Vague. Très tôt, le cinéma l’a attirée. Margarethe von Trotta a commencé comme comédienne. Mais c’est derrière la caméra qu’elle s’est pleinement réalisée à partir des années 1970. Cette pionnière est devenue une icône pour beaucoup. Elle fêtait lundi son 80e Printemps.

Volker Schlöndorff, son deuxième mari, a été le premier à lui proposer de coopérer à l’écriture de scénarii, puis à la réalisation. En 1975, ils ont tourné « L'Honneur perdu de Katharina Blum ». On attribue souvent la paternité du film à Volker Schlöndorff, mais il a été en réalité une œuvre commune.

Femme dans un univers d’hommes

Margarethe von Trotta, vers 1985. Une pionnière
Margarethe von Trotta, vers 1985. Une pionnière© picture-alliance / akg-images | akg-images

Il faut dire que les femmes étaient alors rares derrière la caméra. Le cinéma était un univers d’hommes. Margarethe von Trotta a été une pionnière. Curieuse, énergique et volontaire, elle ne se laissait pas impressionner. Elle a rapidement rencontré le succès.

Son premier film, « Le Second Éveil de Christa Klages », sorti en 1977, raconte l’histoire d’une femme devenant braqueuse de banque pour venir en aide à une garderie endettée. Le film a été présenté à la Berlinale dans le cadre du Forum du nouveau cinéma. Il a obtenu deux distinctions au Prix du cinéma allemand, entre autres récompenses.

« Soudain, se souvient Margarethe von Trotta, on réalisait : ‘Mon Dieu, c’est formidable ! Les femmes aussi savent tourner des films.’ » En 1981, elle réalise « Les années de plomb » un portrait croisé des sœurs Esslin, l’une journaliste et féministe, l’autre terroriste de la Fraction Armée Rouge (RAF). Le film remporte le Lion d’or à la Biennale de Venise. Il la propulse sur le devant de la scène du cinéma international.

Plus tard, elle marquera les esprits avec « Les années du mur » (1995), premier grand film sur la chute du mur de Berlin, et avec « Rosenstraße » (2003) sur le passé nazi.

Portraits marquants de personnalités feminines

À la fin des années 1970, l’Allemagne vit alors les heures sombres de l’Automne allemand, mais aussi l’émergence des revendications féministes. Margarethe von Trotta s’engage dans le combat pour la parité. Elle porte à l’écran des femmes qui luttent, souffrent ou vivent des relations complexes (« Les Sœurs », « L’Amie »). Elle développe un faible pour les femmes fortes et courageuses. Elle leur donne une voix à travers des portraits tout en sensibilité.

Le genre devient sa marque de fabrique. Sa carrière est jalonnée de grands portraits féminins. Elle peint la révolutionnaire Rosa Luxemburg (incarnée par Barbara Sukowa), la mystique médiévale Hildegard von Bingen (« Vision ») et, plus récemment, de la philosophe juive Hannah Arendt dévoilant la « banalité du mal » lors du procès du nazi Adolf Eichmann.

« Avec la signature qui vous est propre, vous ouvrez de nouvelles manières de voir, notamment de voir les grandes femmes de l’histoire universelle qui ont fait face aux ruptures et aux défis de leur époque avec intelligence, personnalité et volonté afin de changer les rapports sociaux et politiques », lui a écrit le président allemand, Frank-Walter Steinmeier dans ses vœux d’anniversaire.

Margarethe von Trotta a vécu à Berlin, Munich, Rome et Paris. Aujourd’hui, elle vit  entre Munich et Paris. L’énergie qu’elle met à poursuivre son œuvre est intacte. En 2018, le public a pu découvrir son documentaire sur Ingmar Bergman (« À la recherche d'Ingmar Bergman  »), l’un de ses modèles. Dans son dernier film, « Bachmann & Frisch » (2021/2022), elle raconte les méandres de la relation amoureuse entre la poétesse autrichienne Ingeborg Bachmann et l’écrivain suisse Max Frisch.

A.L.

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