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Stefan Zweig, le désespoir d’un Européen

L’écrivain autrichien Stefan Zweig, vers 1920

L’écrivain autrichien Stefan Zweig, vers 1920, © picture-alliance / IMAGNO/Photoarchiv Setzer-Tschie | Franz Xaver Setzer

24.02.2022 - Article

« À soixante ans, il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble. Et les miennes sont épuisées par de longues années d’errance. » Ce sont les dernières lignes de Stefan Zweig.

Il y a 80 ans, le 23 février 1942, le célèbre écrivain autrichien était retrouvé mort aux côtés de sa seconde épouse, Lotte, dans leur maison de Petropolis, près de Rio de Janeiro. Dans sa lettre d’adieu, il ajoutait, amer : « Ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est détruite elle-même ».

Une vie marquée par les soubresauts de l’histoire

Les écrivains Hermann Bahr et Romain Rolland en visite chez Stefan Zweig à Salzbourg, au début de l’année 1923
Les écrivains Hermann Bahr et Romain Rolland en visite chez Stefan Zweig à Salzbourg, au début de l’année 1923. Musée du théâtre autrichien, Vienne, Autriche© picture-alliance / IMAGNO/Österreichisches Theatermuseum | Anonym

Cet Européen ardent avait été poussé à l’exil par la montée du nazisme. Fils d’un industriel viennois, né « juif par hasard » selon ses propres termes, il avait quitté Salzbourg pour Londres dès 1934. Il y avait épousé Lotte et pris la nationalité britannique. Puis les tempêtes de l’histoire l’avaient contraint en 1940 à chercher des rivages plus lointains. Ce fut New York, puis l’Argentine, le Paraguay et finalement le Brésil, où il tenta de commencer une nouvelle vie. Pendant ce temps, ses œuvres avaient beau compter parmi les plus lues de la littérature mondiale de l’Entre-deux-guerres, elles se voyaient interdites en Allemagne. Et bientôt soumises à un Autodafé.

À 60 ans, c’était la seconde fois que Stefan Zweig voyait ses espoirs s’effondrer. La seconde fois qu’il était victime des soubresauts de l’histoire. En 1914, déjà, le pacifiste convaincu qu’il était avait assisté désabusé à l’éclatement de la Première Guerre mondiale. Lui, l’homme de lettres cosmopolite, le voyageur infatigable, le passionné de littérature française, le grand ami de Romain Rolland, le traducteur de Paul Verlaine et d’Émile Verhaeren, le biographe de Fouché et de Marie-Antoinette ne pouvait que se désoler devant les ravages d’un poison qu’il abhorrait : le nationalisme.

Regain d’intérêt

Adaptation de la célèbre nouvelle de Stefan Zweig « Le joueur d’échecs » par Luggi Waldleitner en 1960, avec Mario Adorf et Curd Jürgens
Adaptation de la célèbre nouvelle de Stefan Zweig « Le joueur d’échecs » par Luggi Waldleitner en 1960, avec Mario Adorf et Curd Jürgens© picture-alliance / dpa | Rauchwetter

Cette conscience douloureuse, son autobiographie, Le monde d’hier. Souvenir d’un Européen (1942) l’a portée jusqu’à nous. Et à quatre-vingts ans de distance, elle semble aujourd’hui susciter un regain d’intérêt, tout comme les œuvres de Stefan Zweig en général. On ne compte plus, actuellement, les articles, ni les numéros hors-série qui lui sont consacrés. Pas plus que les nouvelles éditions ou les adaptations d’œuvres devenues des classiques (Brûlant secret, La Confusion des sentiments, Le Joueur d’échec).

En Allemagne aussi, des ouvrages et des adaptations des livres de Stefan Zweig témoignent de cette curiosité qui peut avoir plusieurs raisons. La première est l’entrée des œuvres de Zweig dans le domaine public il y a dix ans, 70 ans après sa mort. Mais on peut aussi penser que nombre de lecteurs relisent aujourd’hui les œuvres de l’homme de lettres comme un avertissement, à une époque où le monde semble parfois prendre des chemins imprévisibles tandis que l’Europe peine à affirmer son unité.

A.L.

 

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