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Exposition : Markus Lüpertz, faiseur de dieux

Orléans accueille jusqu’au 4 septembre une vaste exposition consacrée à l’artiste néo-expressionniste allemand Markus Lüpertz

Orléans accueille jusqu’au 4 septembre une vaste exposition consacrée à l’artiste néo-expressionniste allemand Markus Lüpertz, © Photo Andrea Stappert; © Luc Bertrand ©ADAGP 2022

10.03.2022 - Article

Jusqu’au 4 septembre, Orléans et son musée des Beaux-arts invitent le public à découvrir l’une des grandes signatures de l’art allemand d’après-guerre : Markus Lüpertz. Plus d’une centaine de sculptures, de toiles et de dessins est exposée.

Chapeau et barbichette blanche, costume trois pièces à pochette et canne à pommeau en argent : on repère de loin sa silhouette de dandy. Bohème, stylé, voire excentrique et provocateur, Markus Lüpertz est un personnage. Mais ce « prince de l’art » est surtout l’un des peintres allemands les plus influents de l’après-guerre. Il est considéré comme l’un des grands représentants du néo-expressionnisme aux côtés de Georg Baselitz ou de Jörg Immendorff. Après une rétrospective de son œuvre à Paris en 2015, c’est au tour d’Orléans de proposer au public une plongée dans son univers créatif.

Dialogue avec les maîtres et rencontre du public 

Markus Lüpertz, Le Berger, 1986
Markus Lüpertz, Le Berger, 1986 © Luc Bertrand ©ADAGP 2022

L’exposition est présentée au musée des Beaux-arts et à l’Hôtel Cabu jusqu’au 4 septembre. Elle réunit près de 130 toiles, dessins et petites sculptures. Son titre, « Markus Lüpertz, faiseur de dieux », se réfère à la puissance créatrice affirmée du peintre allemand. Mais il renvoie aussi à un volet spécifique du projet : onze sculptures monumentales de l’artiste sont dispersées au Parc Pasteur et dans l’espace public d’Orléans. 

Markus Lüpertz a suivi le cheminement des habitants pour choisir les lieux où montrer ses œuvres. Ses personnages monumentaux dialoguent avec l’histoire de la ville, avec son urbanisme et avec ses sculptures historiques. Ils invitent à la rencontre, à pousser la porte musée des Beaux-arts et de l’Hôtel Cabu. Là, le public entre dans la « fabrique » de l’œuvre. Les tableaux et dessins de Markus Lüpertz s’y déploient dans un dialogue avec les collections classiques du Musée. 

Une voix singulière née en réaction à la primauté de l’image du Pop Art 

L’univers créatif de Markus Lüpertz est un monde dans lequel les œuvres s’engendrent et se répondent mutuellement. Elles émergent souvent sous la forme de séries, comme les séquences d’un film. « Une toile naît toujours de celle qui la précède », explique l’artiste. « Un sentiment d’inachevé vous pousse alors à créer autre chose. C’est comme une chaîne qui se perpétue, un processus qui s’autonourrit et vous amène à la prochaine tentative. » 

Né en 1941 en Bohême, formé à l’école d’art de Krefeld et à l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf, l’artiste a, dès ses débuts en 1961, a creusé son propre sillon. Il a exploité sa créativité et son imagination pour s’émanciper des courants de l’époque, l’expressionnisme abstrait et le pop art. Il a développé une peinture réfléchie, fondée sur la mise à l’épreuve permanente de ses limites. 

Dès 1964, il a suscité l’attention par ses « peintures dithyrambiques ». Le terme est emprunté à Nietzsche et à ses écrits sur les rites dionysiaques. La peinture de Markus Lüpertz entend affirmer sa puissance créatrice en s’émancipant du sujet et en imposant aux objets une construction. Le peintre choisit un motif ordinaire (une tente, un poteau électrique, un escargot, des traces de pneus). Puis il le dépasse en utilisant divers principes de la représentation figurative. Il simplifie la forme, isole le motif de son contexte ou grossit un détail. Il pousse l’objet vers sa monumentalité. 

L’œuvre se construit comme « une chaîne » 

Tout au long de son œuvre, Markus Lüpertz instaure ainsi un dialogue singulier entre figuration et abstraction, peinture et sculpture, passé et présent. En 1981, il découvre Maillol et se lance dans la sculpture. Elle lui ouvre les portes d’un univers sans barrière entre les arts. Les sculptures s’extraient du tableau pour envahir l’espace et perpétuer la « chaîne » que l’artiste construit d’œuvre en œuvre. 

L’artiste revisite aussi les figures mythologiques et les thèmes antiques. Il emprunte son iconographie aux maîtres anciens, de Poussin à Goya et Courbet. Il prélève des fragments de leurs tableaux, et les réinsère dans un contexte nouveau selon le procédé du collage. Il rompt délibérément la quête classique d’un équilibre parfait et harmonieux dans la représentation humaine. Les motifs sont déformés, les corps fragmentés. 

Markus Lüpertz est d’ailleurs intarissable sur l’histoire de l’art. Il a enseigné la peinture à Karlsruhe de 1974 à 1986. Puis, il a été pendant vingt ans (1988-2009) recteur de l’Académie des Beaux Arts de Düsseldorf, l’une des plus prestigieuses écoles d’art d’Allemagne.

Arcadie

Dans ses œuvres les plus récentes, il se nourrit de références à l’Antiquité. Le cycle « Arcadies », débuté en 2013, développe la vision de l’Arcadie, lieu primitif et idyllique chantée par les poètes grecs et latins, peuplé de bergers vivant en harmonie avec la nature. Ici encore, Markus Lüpertz rompt la vision classique des scènes mythologiques. D’œuvre en œuvre, il retisse par l’imagination un paradis perdu.

A.L.

Markus Lüpertz, le faiseur de dieux
Exposition au Musée des Beaux-arts d’Orléans, à l’Hôtel Cabu, dans le centre-ville et au Parc Pasteur, du 5 mars au 4 septembre 2022

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