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L’Allemagne à l’heure du printemps… des livres

Le roman Gentzen oder: Betrunken aufräumen. Kalkülroman de Dietmar Dath est l’un des cinq nominés pour le Prix de la Foire du livre de Leipzig dans la catégorie « Littérature »

Le roman «  Gentzen oder: Betrunken aufräumen. Kalkülroman  » de Dietmar Dath est l’un des cinq nominés pour le Prix de la Foire du livre de Leipzig dans la catégorie « Littérature », © picture alliance/dpa | Marijan Murat

15.03.2022 - Article

C’est l’heure des festivals de lecture en Allemagne. À Cologne, Lit.Cologne a ouvert ses portes hier soir. À Leipzig, deux festivals se sont organisés spontanément après l’annulation de la Foire du livre. Le Prix de la Foire du livre sera toutefois décerné jeudi.

C’est la saison des bourgeons … jusque dans les librairies. Les sorties littéraires se bousculent. Et l’habitude veut que les auteurs viennent rencontrer leur public dans les foires et les festivals. Mais cette année encore, la pandémie change la donne. En Allemagne, les salons du printemps ont pris des décisions différentes. À Cologne, le festival de lecture Lit.Cologne a ouvert ses portes mardi soir avec une manifestation de solidarité avec l’Ukraine. À Leipzig, en revanche, la Foire du livre a été annulée pour la troisième année consécutive. Elle conserve toutefois son célèbre prix. Et deux festivals de lecture se sont spontanément organisés pour permettre aux auteurs de rencontrer les lecteurs.

Lit.Cologne

À Cologne, le festival Lit.Cologne accueille du 15 au 26 mars près de 180 événements. De grandes signatures sont attendues dont les Prix Nobel Abdulrazak Gurnah (2021) et Orhan Pamuk (2006), l’auteur de polars danois Jussi Adler-Olsen, les écrivains Christian Kracht et Navid Kermani et le philosophe Wolfram Eilenberger. Après une édition annulée (2020) et une édition virtuelle (2021), le festival entend renouer avec le public, moyennant un protocole sanitaire. Avant la pandémie, Lit.Cologne, l’un des plus grands festivals de lecture d’Europe, accueillait quelque 100 000 visiteurs par an.

Leipzig lit… quand même !

À Leipzig, le renoncement des grandes maisons d’édition a conduit à l’annulation de la Foire du livre. Mais des auteurs et des éditeurs ont pris la relève, bien décidés à faire valoir la place de la ville de Saxe dans le paysage littéraire du Printemps.

Deux festivals de lecture sont organisés du 18 au 20 mars. Ils s’intitulent « Buchmesse PopUp  » et « #weiter:lesen22  ». Ils sont financés grâce aux billets d’entrée, à des dons et à des sponsors. Le premier rassemble une soixantaine de maisons d’édition et une cinquantaine d’auteurs. La littérature portugaise, qui devait être l’hôte de la Foire du livre, en est l’invitée d’honneur. Le second réunit une soixantaine d’auteurs de sept pays. Les amoureux des livres en allemand les retrouveront toute la semaine sous les hashtags #leipzigliesttrotzdem et #leipzigliestweiter.

La tradition sera donc respectée, qui fait rimer l’arrivée du printemps avec le plaisir de tourner les pages. Reste à savoir quel livre choisir dans la foison de nouvelles parutions. Par chance, l’attribution du Prix de la Foire du livre de Leipzig a été maintenue. Elle aura lieu jeudi 17 mars. Quinze ouvrages (cinq romans, cinq essais et cinq traductions) figurent parmi les finalistes. Ils ont été sélectionnés parmi 441 ouvrages de 169 maisons d’édition.

Cinq romans en quête d’un prix

« Les œuvres nominées se distinguent par leur exceptionnelle maîtrise artistique du langage, sans laquelle elles ne pourraient traiter leur sujet », a indiqué le jury. Comme à l’accoutumée, les jurés de Leipzig ont privilégié l’audace et le goût de l’expérimentation. La sélection finale dans la catégorie « Littérature » réserve ainsi plusieurs surprises, telles que la nomination d’un roman pour moitié traduit de l’hébreu ou celles d’autrices d’origine turque (Emine Sevgi Özdamar) et russe (Katerina Poladjan).

Les cinq finalistes dans la catégorie « Littérature » sont les suivants :

  • Dietmar Dath, Gentzen oder: Betrunken aufräumen. Kalkülroman (Matthes & Seitz Berlin)
    Révélé par L’abolition des espèces (2008), auteur de plusieurs romans et essais, l’auteur, journaliste et traducteur Dietmar Dath emmène ses lecteurs sur les traces du génial mathématicien Gerhard Gentzen (1909-1945) en compagnie de deux personnages, Laura et Jan. Le lecteur pénètre dans un univers mental qui lui fait rencontrer non seulement Gentzen, mais aussi une quantité d’autres personnages célèbres, jusqu’au fondateur d’Amazon, Jeff Bezos. « Un vaste panorama de notre présent qui oscille entre l’autofiction et la science-fiction », note le jury. Il nous pose une double question : « comment pouvons-nous penser, et que devons-nous faire ? »
  • Tomer Gardi, Eine runde Sache (Literaturverlag Droschl)
    Auteur israélien et Berlinois d’adoption, lauréat du Prix allemand du livre audio en 2017, Tomer Gardi présente une réflexion sur l’expérience de l’étranger, l’identité et la vie d’artiste à travers le récit en miroir de deux destins. La première partie, écrite en allemand, fait voyager Tomer Gardi, transformé en personnage littéraire, dans une odyssée surréaliste. Il est accompagné d’un berger allemand, du roi des Elfes et même du roi des Aulnes. La seconde partie, traduite de l’hébreu par Anne Birkenhauer, raconte l’émigration du peintre indonésien Raden Saleh de Java en Europe au XIXe siècle. « Un feu d’artifice ! », estime le jury. Le livre traite de la « question de la liberté dans des styles et des genres différents, mais subtilement reliés ».
  • Heike Geißler, Die Woche (Suhrkamp Verlag)
    Révélée dès ses débuts avec le titre Rosa (2002), autrice de romans traduits en plusieurs langues, Heike Geißler présente un roman engagé pour une révolte radicale et intelligente face au monde, mêlant détente et joie de vivre. Les protagonistes du livre sont deux « princesses prolétaires ». Dès le début de l’ouvrage, elles annoncent la couleur : elles sont « des princesses qui ne figurent pas dans tous les livres. Mais attendez un peu que nous nous y immiscions, dans les livres » ! Les voilà parties sonner la révolte et réécrire les anciens contes de fées. Car quelque chose a déraillé dans le monde. D’anciennes sécurités disparaissent. « Quand la littérature engagée politiquement a autant d’humour, c’est un bonheur », applaudit le Jury.
  • Emine Sevgi Özdemar, Ein von Schatten begrenzter Raum (Suhrkamp Verlag)
    Ancienne comédienne originaire d’Istanbul, autrice de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre, traduite en douze langues, Emine Sevgi Özdemar présente un roman aux accents autobiographiques qui débute avec le coup d’État militaire en Turquie en 1971. L’armée emprisonne la vie des gens. Et leurs rêves. Les intellectuels craignent pour leur vie. La narratrice fuit en Europe, d’abord à Berlin, puis à Paris. Elle veut devenir comédienne et faire connaître la richesse culturelle de son pays. Elle finit par trouver, dans le dialogue avec des écrivains et des penseurs, un espace où l’art, la politique et la vie semblent conciliables. « Emine Sevgi Özdemar dresse un vaste panorama qui va de l’Empire ottoman à nos jours en passant par la scène théâtrale allemande, puis parisienne », commente le jury. « Son roman transforme les expériences d’une passeuse de frontières européenne en un espace poétique et esthétique rassemblant la mémoire ».
  • Katerina Poladjan, Zukunftsmusik (S. Fischer Verlag)
    Née à Moscou et Berlinoise d’adoption, autrice de textes pour le théâtre, d’essais et de romans dont « Hier sind Löwen » qui lui a valu le Prix Nelly Sachs (2021), Katerina Poladjan raconte le huis clos de quatre générations de femmes d’une même famille vivant au milieu des vastes étendues de la Sibérie. Le livre débute le 11 mars 1985. De la grand-mère à la petite-fille, toutes vaquent à leurs occupations quotidiennes. Elles sont pourtant à la veille d’une nouvelle ère. Mais aucune ne s’en doute. Un huis clos romanesque qui « esquisse avec beaucoup d’esprit un fin psychodrame et livre une analyse perspicace et pleine d’humour d’un changement d’époque, avec les grandes œuvres de la littérature russe pour toile de fond. »

A.L.

En savoir plus : Finalistes du Prix de la Foire du livre de Leipzig (en allemand/ anglais)

En savoir plus : salon du livre lit.Cologne (en allemand/ anglais)

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