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Martin Walser, une vie pour l’écriture

Martin Walser (2015)

Martin Walser (2015), © picture alliance / dpa | Felix Kästle

22.03.2022 - Article

Écrivain prolifique à la plume incisive, observateur scrupuleux et caustique du microcosme petit-bourgeois, il est considéré comme l’un des grands romanciers allemands de l’après-guerre. Martin Walser aura 95 ans le 24 mars. Portrait.

Son dernier-né sort des cartons dans les librairies. « Das Traumbuch. Postkarten aus dem Schlaf  » (« Le livre rêvé. Cartes envoyées du monde du sommeil ») raconte les rêves qu’il a faits, pendant 25 ans, et notés au réveil. À bientôt 95 ans (il les aura jeudi 24 mars), Martin Walser ne craint ni le temps qui passe, ni la page blanche. La vieillesse a ceci « de grandiose », disait-il à 80 ans, « que c’est une terre vierge qui se déploie ». L’inspiration l’a toujours accompagné. Longtemps, il publié un livre par an avec la régularité d’un métronome. Il est considéré comme l’un des grands représentants de la littérature allemande de l’après-guerre. L’écriture est sa vie. Il écrira jusqu’à son dernier souffle, dit-il.

Il est l’une des dernières grandes voix d’une génération d’écrivains qui a marqué l’après-guerre. La génération de Günter Grass, Heinrich Böll, Max Frisch, Uwe Johnson, Wolfgang Koeppen ou Wolfgang Hildesheimer. Martin Walser a enchaîné les romans, les nouvelles, les pièces de théâtre, les poèmes et les essais avec l’élan d’un virtuose de la langue. Il a reçu tous les prix littéraires prestigieux à l’exception du Nobel. Il a suscité de bouillantes controverses. Mais il n’a jamais perdu ni la curiosité, ni l’envie d’écrire. Ses archives personnelles, léguées il y a peu aux Archives littéraires de Marbach, contiennent plus de 75 000 pages manuscrites. 

Observateur scrupuleux et mordant de la société 

Martin Walser au bord du lac de Constance, lieu où il est né et qu’il n’a pas quitté
Martin Walser au bord du lac de Constance, lieu où il est né et qu’il n’a pas quitté © picture alliance / dpa | Patrick Seeger

Ces livres décrivent la société de consommation et ses univers petits-bourgeois. Un milieu qu’il connaît bien puisqu’il y est né. Ses parents tenaient une auberge à Wasserburg, au bord du lac de Constance (Bade-Wurtemberg). Il a effectué sa scolarité à Lindau, obtenu son bac en 1950, puis étudié la littérature, l’histoire et la philosophie. Il a décroché son doctorat avec une thèse sur Kafka. En parallèle, il a été reporter pour la radio et la télévision. Son premier roman « Ehen in Philippsburg » (Des mariés à Philippsburg« ), paru en 1957, a d’emblée rencontré le succès. Il lui a valu le Prix Hermann Hesse. Et permis de s’installer comme écrivain indépendant. 

Un univers petit-bourgeois peuplé d’anti-héros 

Ainsi, voilà plus de soixante ans qu’il dissèque la société de consommation d’une plume précise, critique et souvent trempée dans l’encre de la satire. Engagé politiquement avec le mouvement étudiant contre la guerre du Vietnam, il est, dans ses textes littéraires, un observateur scrupuleux du réel. Il décrit l’existence sans fard. Il a une prédilection pour les personnages d’anti-héros, enfermés dans un rôle social ou dans les attentes que les autres projettent sur eux. Il ne cesse d’explorer les relations entre l’individu et les chaînes sociales et psychologiques qui entravent son épanouissement. 

Des controverses 

Son plus grand succès,  »Un cheval qui fuit«  ( »Ein fliehendes Pferd« ), date de 1978. En 1981, il reçoit le Prix Georg Büchner, distinction la plus prestigieuse du paysage littéraire germanophone. Puis en 1998, le Prix de la paix des libraires allemands. Il provoque alors une vive polémique en dénonçant ce qu’il appelle une  »instrumentalisation de l’Holocauste« . Ignatz Bubis, président du Conseil central des juifs d’Allemagne, le qualifie en retour d’ »incendiaire intellectuel« . 

Quatre ans plus tard, nouvelle controverse à propos de son livre  »Mort d’un critique«  ( »Tod eines Kritikers« , 2002). Martin Walser est accusé de s’y livrer à un règlement de comptes à peine voilé avec Marcel Reich-Ranicki,  »pape de la critique littéraire«  en Allemagne et rescapé du ghetto de Varsovie. Le journal  »Frankfurter Allgemeine Zeitung «  refuse d’en publier des extraits. Il accuse Martin Walser de jouer avec les clichés antisémites. 

L’écrivain répond. Et poursuit son œuvre. L’amour y occupe une place importante. Martin Walser l’éclaire sous toutes ses facettes, jusqu’à l’échec amoureux. En 2008, il raconte dans  » Ein liebender Mann «  l’amour d’un Goethe vieillissant pour la jeune Ulrike von Levetzow. En 2016, il s’interroge dans  »Ein sterbender Mann«  sur la possibilité de voir grandir la joie de vivre à l’approche de la mort. En 2021, il écrit dans  » Sprachlaub«  :  »Qui est toujours pressé est un idiot« . Les Archives littéraires de Marbach prévoient une grande exposition pour son centenaire. Mais inutile de se presser. Ce sera en 2027. 

A.L.

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