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Prix du livre allemand : les six romans finalistes

Les six finalistes de l‘édition 2022 du Prix du livre allemand

Les six finalistes de l‘édition 2022 du Prix du livre allemand, © vntr.media / Prix du livre allemand

23.09.2022 - Article

Les six romans finalistes pour le Prix du livre allemand ont été dévoilés cette semaine. Le nom du vainqueur sera dévoilé le 17 octobre prochain. Un avant-goût.

Ils ne sont plus que six en lice. Le jury de la Fondation pour la culture du livre et la promotion de la lecture de l’Association des éditeurs et libraires allemands a dévoilé cette semaine les romans finalistes de l’édition 2022 du Prix du livre allemand.

Il s’agit de « Dschinns  » de Fatma Aydemir, de « Nebenan » de Kristine Bilkau, de «  Lügen über meine Mutter » de Daniela Dröscher, de «  Trottel » de Jan Faktor, de « Blutbuch » de Kim de l’Horizon et de «  Spitzweg » de Eckhardt Nickel (voir détails ci-dessous). Ils ont été retenus parmi 233 titres, dont vingt avaient été présélectionnés début septembre.

Selon Miriam Zeh, présidente du jury, les six romans finalistes ont convaincu par leur singularité esthétique. Ils reflètent la variété de la littérature germanophone contemporaine d’un point de thématique et stylistique.

Les auteurs nominés, ajoute-t-elle, « décrivent des réalités sociales et des fantasmes, ils arpentent le centre et les marges, ils explorent la tristesse et le comique dans une langue brillante et avec une grande créativité formelle. Ils prennent position à travers leurs livres, ils ouvrent des débats et ils se montrent simultanément ouverts au dialogue. »

« La littérature germanophone contemporaine », rapporte Miriam Zeh, « bruisse des grandes questions de notre époque, telles que celle des origines et de l’identité, ou celle des formes et de l’avenir du vivre ensemble. [Les auteurs] peuvent les situer dans la province allemande ou autrichienne aussi bien qu’à Kaboul ou à Pyongyang, dans la vision d’une dystopie ou dans la réalité historique de Berlin-est à la veille de la chute du Mur ».

Parmi les 233 romans envoyés, le jury a « sélectionné des récits épiques, des cascades poétiques de créativité linguistique ». Mais son choix s’est aussi porté sur « des expérimentations formelles qui rompent avec les formes classiques et réalistes du roman. »

Le Prix du livre allemand, doté de 25 000 €, sera décerné le 17 octobre à Francfort-sur-le-Main.

A.L.

Les auteurs, les romans et les commentaires du jury :

« Dschinns », de Fatma Aydemir (Carl Hanser Verlag, 2022)

Commentaire du jury :
Hüseyin Yilmaz a été travailleur immigré de la première génération en Allemagne de l’Ouest. Après s’être épuisé à la tâche pendant trente ans, il meurt au moment de prendre sa retraite et de réaliser son rêve: vivre dans son propre appartement à Istanbul. Sa mort réunit dans l’appartement la famille en partie divisée, chacun et chacune apportant ses peurs, ses espoirs et son désespoir. Fatma Aydemir dévoile les secrets de famille avec tact et sensibilité. Les perspectives des différents membres de la famille montrent que malgré les différences entre les générations, ils se retrouvent sur au moins un point: le sentiment de n’être chez eux nulle part. Dschinns pose des questions d’identité, de genre et d’origine, parle de racisme et de discrimination, tout en abordant une partie de l’histoire récente de l’Allemagne encore largement absente de la littérature aujourd’hui.

Biographie :
Fatma Aydemir, née à Karlsruhe en 1986, vit à Berlin. Elle est chroniqueuse et rédactrice pour le journal Tageszeitung (taz). Son premier roman « Ellbogen  », paru chez Hanser en 2017, a obtenu les prix Klaus Michael Kühne et Franz Hessel. En 2019, elle a édité avec Hengameh Yaghoobifarah l’anthologie « Eure Heimat ist unser Albtraum ». Son deuxième roman, « Dschinns  » (Hanser, 2022) a été récompensé par le prix Robert Gernhardt.

« Nebenan », de Kristine Bilkau (Luchterhand Literaturverlag, 2022)

Commentaire du jury :
Julia, artiste céramiste, est heureuse en amour, mais souffre de ne pas avoir d’enfants. Astrid, mère de trois fils adultes, aimerait cesser d’exercer son métier de médecin. À travers le destin de deux femmes dans la province du nord de l’Allemagne, Kristine Bilkau se penche avec talent sur les abîmes que recèlent des vies en apparence banales. La force de ce roman au style subtil réside dans les détails et les moments de bascule. Il nous emmène dans une histoire de cliniques de fertilité et de mères disparues, de décors abandonnés et de décharges illégales, d’immobilisme et de changement. Les lecteurs, comme les personnages, voient régulièrement le sol se dérober sous leurs pieds, mais apprennent aussi qu’on ne peut pas réussir sa vie sans faire confiance ; un autre thème au cœur de Nebenan.

Biographie :
Kristine Bilkau, née en 1974, a fait des études d’histoire et de langue et littérature américaines à Hambourg et La Nouvelle Orléans. Son premier roman, « Die Glücklichen », a obtenu plusieurs prix : le prix Franz Tumler, le prix Klaus Michael Kühne, ainsi que le prix d’encouragement de la ville de Hambourg, et a été traduit en plusieurs langues. Avant « Nebenan », elle a publié aux éditions Luchterhand «  Eine Liebe, in Gedanken ». Kristine Bilkau vit avec sa famille à Hambourg. 

« Lügen über meine Mutter  », de Daniela Dröscher (Verlag Kiepenheuer & Witsch, 2022)

Commentaire du jury :
Région du Hunsrück (Rhénanie-Palatinat), au milieu des années 1980. La vie d’une femme dans la province allemande. D’une fille de réfugiés silésiens qui attendait plus de sa vie, mais dont le mari carriériste contrôle tout : les finances du ménage, les disputes quotidiennes, ainsi que son surpoids, qui fait honte à sa fille. La façade de la petite famille en pleine ascension sociale se fissure définitivement lorsque la mère, dans un acte désespéré de légitime défense, dilapide son héritage et met son mari à la porte. Daniela Dröscher raconte cette microsociologie littéraire, entrecoupée de passages plus théoriques, du point de vue de la petite fille. Et le récit du malheur de sa mère ne prendra fin qu’avec le début de l’histoire dont elle sera elle-même l’héroïne, lorsqu’elle fondera sa propre famille.

Biographie :
Daniela Dröscher, née en 1977, a grandi en Rhénanie-Palatinat et vit à Berlin. Elle est l’autrice de plusieurs romans et nouvelles, d’essais et de textes pour le théâtre. Après des études de lettres, de philosophie et de langue et littérature anglaises à Trèves et Londres, avant d’obtenir un doctorat en sciences de la communication à l’université de Potsdam. Son premier roman, «  Die Lichter des George Psalmanazar » est paru en 2009 chez Berlin Verlag ; elle a ensuite publié un recueil de nouvelles, « Gloria », un roman, « Pola », et un récit autobiographique, «  Zeige deine Klasse », chez Hoffmann & Campe. Elle a entre autres obtenu le prix Anna Seghers.

«  Trottel  », de Jan Faktor (Verlag Kiepenheuer & Witsch, 2022)

Commentaire du jury :
Le roman de Jan Faktor lie la grande Histoire à l’histoire individuelle en décrivant le parcours d’un marginal entre Prague et Berlin, un ouvrier du réalsocialisme que l’on retrouve écrivain en plein travail de deuil littéraire. Car au cœur du roman se trouve la perte d’un fils. Jan Faktor réussit le tour de force consistant à faire rire avec une histoire sur le deuil. Ses sarcasmes visent aussi bien la RDA que l’Allemagne contemporaine, le monde de la littérature et, surtout, la « crétinerie » avouée de son narrateur. Le tout donne un roman picaresque provocant, parfois dérangeant, qui pose la question de savoir « si un idiot peut être heureux dans la vie », et se livre à une critique aussi sévère qu’utile de notre société.

Biographie :
Jan Faktor, né à Prague en 1951, s’installe en 1978 à Berlin-Est, où il travaille en tant qu’éducateur en école maternelle et serrurier. Il découvre dans les années 1980 le « Dictionnaire inverse de l’allemand contemporain », dont il se sert pour ses textes de poésie expérimentale. Jusqu’à 1989 il est presque exclusivement actif dans la scène littéraire off. Il cofonde en 1989/90 le journal du Neues Forum.

« Blutbuch  », de  Kim de l’Horizon (DuMont Buchverlag, 2022)

Commentaire du jury :
Le hêtre rouge (Blutbuche) du jardin symbolise à la fois l’origine et le point de fuite dans la vie de  Kim, le personnage principal non-binaire de ce roman. Il fut planté à la naissance de la grand-mère – la grand-mer Großmeer, ainsi qu’on l’appelle en allemand de Berne. Une mer écrasante, où Kim menace de se noyer, même si elle exerce également une fascination magique sur l’enfant. À mesure que la grand-mère, atteinte de démence, commence à perdre son savoir et sa domination, Kim développe un nouveau langage pour décrire les identités et les corps, les origines et les influences. Et de même qu’il ne peut y avoir de chemin direct dans tout ça, la forme du roman ne peut être linéaire. Il est donc expérimental, audacieux, un instant brusque ou cru, pour aussitôt redevenir tendre et profond, en multipliant les points de vue surprenants. Un roman très émouvant.

Biographie :
Kim de l’Horizon, né(e) en 1992 dans la région de Berne, a fait des études de littérature germanophone, de cinéma et de théâtre à Zurich, avant d’étudier à l’Institut littéraire suisse de Bienne. Il suit actuellement un Master transdisciplinaire à la Haute École d’Art de Zurich. Il est également membre du collectif e0b0ff et de la rédaction du magazine littéraire delirium, lauréat(e) du concours Treibhaus- und OpenNet des Journées littéraires de So-leure, du concours de poésie Textstreich, du prix d’encouragement pour jeunes dramaturges 2020 et d’un concours de courts métrages de la Hannoversche Allgemeine Zeitung. Publications dans divers magazines littéraires.

« Spitzweg », d’Eckhart Nickel (Piper Verlag, 2022)

Commentaire du jury :
Eckhart Nickel réalise avec son roman Spitzweg l’exploit de transformer une histoire d’amitié entre deux camarades de classe en une réflexion magistrale sur la relation entre l’art et la vie. Il aborde de grandes questions esthétiques en considérant ses lecteurs et lectrices comme ses élèves, rendant ainsi compréhensibles des discours complexes. Avec une grande maîtrise de la langue et beaucoup d’ironie, il joue dans Spitzweg avec une érudition exagérée, des constructions de phrases alambiquées et un vocabulaire aux accents archaïques. Malgré sa profondeur philosophique, le roman est très rythmé, et certains passages sont carrément comiques. Un vrai plaisir de lecture, qui nous montre comment parler de culture avec intelligence et humour.

Biographie :
Eckhart Nickel, né à Francfort en 1966, a fait des études de lettres et d’histoire de l’art à Heidelberg et New York. Membre du quintette littéraire pop « Tristesse Royale » (1999), il a publié un premier recueil de nouvelles, « Was ich davon halte », en 2000. Nickel a dirigé avec Christian Kracht la revue littéraire Der Freund à Katmandou. Aujourd’hui il écrit principalement pour la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung (FAS), la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) et son magazine. Il a obtenu en 2019 le prix d’encouragement Friedrich Hölderlin de la ville de Bad Homburg.

Source : Prix du livre allemand

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