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Exposition : les chemins que l’Histoire n’a pas empruntés

Réparation du Mur de Berlin, au niveau de la Bernauer Straße, 1962

Réparation du Mur de Berlin, au niveau de la Bernauer Straße, 1962, © picture alliance / ASSOCIATED PRESS

16.12.2022 - Article

La Révolution pacifique de 1989, l’échec de l’attentat contre Hitler, le déclenchement de la Première Guerre mondiale étaient-ils inéluctables ? Quels autres scénarios étaient possibles ? C’est ce que propose de découvrir une exposition très originale à Berlin.

Avant d’être une exposition, c’est une expérimentation. Pour la toute première fois, une exposition historique s’interroge sur les chemins… que l’histoire n’a pas empruntés. Intitulée « Roads not Taken. Ou : cela aurait pu se passer autrement », elle revisite 14 moments clés de l’histoire allemande des 19e et 20e siècles et dévoile les scénarios qui ne sont pas réalisés. Elle est présentée du 9 décembre 2022 au 24 novembre 2024 au Musée historique allemand, à Berlin.

De 1989 à 1848

Le parcours commence en 1989 avec la révolution de velours en RDA. Il se termine en 1848, date du premier essor de la démocratie en Allemagne. Les événements de l’automne 1989 introduisent le propos. Pendant plusieurs semaines, des manifestations pacifiques se sont déroulées tous les lundis à Leipzig, aboutissant à la chute du mur de Berlin au soir du 9 novembre 1989.

Pourquoi la police est-allemande n’a-t-elle pas réprimé ces manifestations qui grossissaient d’une semaine à l’autre ? À certains moments, la tension a été très forte. Cela aurait pu se produire. C’était peut-être même le scénario le plus probable : quelques semaines plus tôt, en juin 1989, la RDA avait été le premier État à soutenir l’écrasement des manifestations de la place Tian'anmen, à Pékin. Un scénario comparable aurait pu se produire à Leipzig ou à Berlin. C’est que montre l’exposition, documents à l’appui.

« Notre intention n’est pas de raconter une histoire alternative ou fictive », souligne l’historien Dan Diner, commissaire de l’exposition. « Il s’agit de faire ressortir plus clairement les événements réels […]. Percevoir les différents possibles nous permet de mieux comprendre la réalité telle qu’elle s’est produite. »

Tous les scénarios évoqués ont été reconstitués sur la base de sources matérielles existantes. Il peut s’agir de pièces de monnaies déjà frappées pour un événement qui n’a finalement pas eu lieu, de brouillons de discours qui n’ont pas été prononcés, de lettres jamais envoyées ou d’objets de toutes sortes.

Refaire l’histoire pour la comprendre

« C’est une exposition qui fait exactement ce que les historiens font : ils essaient de s’imprégner d’une situation historique, puis ils se demandent pourquoi les choses se sont passées comme elles l’ont fait », abonde Raphael Gross, directeur du Musée historique allemand. « J’espère que cette exposition encouragera [le public] à engager une réflexion sur l’histoire allemande des 19e et 20e siècle, et une réflexion sur l’histoire tout court. »

14 situations historiques sont analysées, dont l’échec du vote de défiance contre le chancelier Willy Brandt dans le contexte de l’Ostpolitik (1972), la construction du mur de Berlin (1961), la note de Staline proposant la réunification et la neutralisation de l’Allemagne (1952), les débuts de la Guerre froide et la division allemande (1948-49), l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler, la nomination d’Hitler à la chancellerie par le président Hindenburg (1933), le choix d’une politique de déflation sévère par le chancelier Brüning face à la crise de 1929, la proclamation de la République de Weimar (1918), le déclenchement de la Première Guerre mondiale (1914) ou encore l’échec de la Révolution de 1848. Autant de moments-clés. Autant de tournants.

Une approche immersive

Vue de l’exposition, Gamestation „Automne 89 – Dans les rues de Leipzig”
Foto: David von Becker© Musée historique allemand /David von Becker

L’exposition réunit près de 500 tableaux, dessins, sculptures, documents, pièces de monnaies, photos, publications, affiches, citations, vidéos et extraits audio sur 1000 mètres carrés. Des scénographies réalisées par un cabinet spécialisé les complètent. Elles permettent un vrai voyage dans le temps.

Enfin, le visiteur peut se plonger directement dans la révolution de 1989 grâce à un jeu intitulé « Automne 89 – Dans les rues de Leipzig ». Également accessible en ligne sur le site du Musée historique allemand, ce roman graphique permet de revivre les manifestations pacifiques en RDA dans la peau de différents personnages qui y ont assisté.

Le cours de l’histoire n’est pas écrit : tel est le message de l’exposition. L’histoire est le résultat de la manière dont ses acteurs ont tranché des dilemmes, exercé leur responsabilité ou manié la question de la culpabilité. « Au-dessus de tout », indique le Musée historique allemand, « et c’est ce qui rend cette exposition actuelle, se pose la question de la marge de manœuvre de l’individu. Les décisions individuelles peuvent changer le cours de l’histoire. »
A.L.

Roads not Taken. Oder: Es hätte auch anders kommen können
Roads not Taken. Ou : cela aurait pu se passer autrement
Exposition au Musée historique allemand, à Berlin, du 9 décembre 2022 au 24 novembre 2024

En savoir plus (en allemand et anglais)

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