Bienvenue sur les pages du Ministère fédéral des Affaires étrangères

« À l’ouest rien de nouveau » est en lice pour plusieurs Oscars

La première adaptation allemande de ce classique de la littérature pacifiste sorti de la plume d’Erich Maria Remarque 

La première adaptation allemande de ce classique de la littérature pacifiste sorti de la plume d’Erich Maria Remarque , © Netflix/Zumapress/picturealliance

07.02.2023 - Article

Le film pacifiste allemand « À l’ouest rien de nouveau » est nominé pour neuf Oscars et est même en lice pour obtenir un prix dans la catégorie « Meilleur film ». Une interview avec le réalisateur Edward Berger.

Il n’existait il y a peu encore que des adaptations en anglais du roman pacifiste « À l’ouest rien de nouveau » d’Erich Maria Remarque. Le réalisateur Edward Berger a osé le pari d’une adaptation allemande et le résultat est saisissant. Le film est disponible depuis fin octobre 2022 sur la plateforme de diffusion en flux Netflix.

Pour certains, cette nouvelle version est un drame pacifiste réussi, tandis que certains détracteurs critiquent l’invention de toutes pièces de nouvelles intrigues par le réalisateur ou encore l’abandon de certains personnages et de scènes essentielles. « À l’ouest rien de nouveau » figure cette année parmi les favoris à l’« Oscar du meilleur film international ». Jusqu’au bout, il faisait déjà figure de favori aux Golden Globes, qui ont été décernés en janvier dernier, mais il n’y a finalement remporté aucun prix.

Edward Berger : « ce film est plus actuel que jamais »

Le réalisateur Edward Berger
Le réalisateur Edward Berger© Netflix/Zumapress/picturealliance

Le roman d’Erich Maria Remarque publié en 1929 esquisse le portrait d’une génération qui quitte l’école pour le front, emplie d’euphorie, avant d’être happée par la machinerie de guerre assassine de la Première Guerre mondiale.

Aujourd’hui, 100 ans plus tard, le réalisateur Edward Berger estime que ce sujet est tout autant d’actualité qu’à l’époque. Dans un contexte de montée du populisme et du nationalisme, il est même plus actuel que jamais.

Dans une interview accordée à la Deutsche Welle, il raconte que les évolutions politiques en Europe et dans le monde soulevaient chez lui des inquiétudes lorsqu’il a commencé à tourner le film il y a trois ans. « Le Brexit au Royaume-Uni, un gouvernement de droite en Hongrie, un glissement vers la droite aux États-Unis, en France et en Allemagne ainsi qu’une poussée de l’extrême-droite dans de nombreux pays d’Europe : les piliers garantissant la paix, tels que l’UE, qui nous avaient permis pendant 70 ans de vivre en toute insouciance étaient soudainement ébranlés. »

Il n’aurait auparavant jamais pu s’imaginer entendre des chefs d’État ou des élus du peuple prononcer des discours de haine. « Ces paroles se propagent dans les rues. Dans le métro, alors que je me rendais au travail, j’entendais des propos tels qu’ils auraient pu être formulés en Allemagne dans les années 1930. Il s’agissait de phrases telles que : ‘Nous devons plaquer Angela Merkel contre le mur’. »

Cette renaissance du populisme et du nationalisme a été sa principale motivation pour réaliser le film « À l’ouest rien de nouveau ».

« Il était temps de faire un film nous rappelant que le contexte d’avant-guerre, avant la Première Guerre mondiale de 1914 à 1918, n’était peut-être pas si différent, que nous étions de nouveau arrivés là où nous avions déjà été, alors que nous étions convaincus qu’une telle situation ne se reproduirait plus jamais. »

Le roman « À l’ouest rien de nouveau » d’Erich Maria Remarque connut en 1929 l’un des plus grands succès de l’histoire littéraire allemande. Cette œuvre fut adaptée pour la première fois au cinéma en 1930, aux États-Unis, et le film remporta deux Oscars. Le livre fut adapté pour la deuxième fois en 1979 et en voici la troisième version. Le film d’Edward Berger est la première adaptation d’« À l’ouest rien de nouveau » en langue allemande.

Pourquoi réaliser une version allemande en ce moment même ?

Le film raconte l’histoire d’un jeune soldat au cours de la Première Guerre mondiale. Il est incarné par l’Autrichien Felix Kammerer
Le film raconte l’histoire d’un jeune soldat au cours de la Première Guerre mondiale. Il est incarné par l’Autrichien Felix Kammerer© Netflix/Zumapress/picturealliance

Pourquoi si tard ? « Dans les films américains et britanniques, il y toujours des héros, indique Edward Berger, alors que dans un film de guerre allemand, il ne peut y avoir de héros ».

« Les États-Unis furent entraînés dans la Première Guerre mondiale et l’Angleterre ne fit que se défendre. La mémoire collective de la population, mais aussi des réalisateurs ayant grandi dans ces pays est donc toute autre.

 »Toute décision est régie par des émotions. J’ai grandi en Allemagne, un pays dans lequel les récits de guerre ne sont pas tissés autour d’émotions tels que la fierté et la gloire, comme c’est le cas peut-être en Angleterre ou aux États-Unis, mais autour d’émotions telles que la culpabilité, la honte et la responsabilité vis-à-vis de l’histoire. Il est donc absolument naturel que cette version d’‘À l’ouest rien de nouveau’ soit en tout point différente des anciennes versions américaine et britannique.« 

Dans les films de guerre américains, il est permis de tuer un Allemand parce qu’il représente le mal. Dans les films de guerre allemands en revanche,  »tout décès est malsain« .

Edward Berger ressert une histoire ancienne en y apportant de nouveaux éléments

« À l’ouest rien de nouveau » se joue sur le front allemand face à la France au cours de la Première Guerre mondiale
 »À l’ouest rien de nouveau«  se joue sur le front allemand face à la France au cours de la Première Guerre mondiale© Netflix/Zumapress/picturealliance

En réponse aux critiques affirmant que son film ne se tient que vaguement au roman, contrairement aux versions de 1930 et 1979, Edward Berger répond :  »Erich Maria Remarque a lui-même affirmé un jour : ‘un livre est un livre. Et lorsqu’il est adapté sous forme de film, il s’agit d’un nouveau support.«  Les réalisateurs peuvent et doivent s’accorder certaines libertés. Il assure que son film vient en fait réinterpréter le récit.  »La Première Guerre mondiale remonte à plus de 100 ans. Notre perspective à ce sujet est aujourd’hui tout à fait différente.« 

Edward Berger et son équipe ont bien entendu essayé de s’orienter sur le récit et les personnages du roman. Mais le réalisateur s’intéresse particulièrement aux conflits internes du protagoniste, Paul Bäumer, et il a recentré son film autour de cet aspect.

 »Le jeune Paul Bäumer est plein d’entrain lorsqu’il part à la guerre. Il est convaincu que sa candeur et sa jeunesse le hisseront en héros. Il remarque toutefois très rapidement que tout ce qu’il a appris en grandissant en Allemagne est absolument dénué de valeur dans la bourbe de la guerre. Il perd son âme et se transforme en machine à tuer. Il lui est parfaitement impossible de retourner un jour d’où il est venu.«  Voici le résumé d’Edward Berger du thème principal du roman, dans lequel il cite indirectement la préface d’Erich Maria Remarque :  »Ce livre n’est pas une accusation ni une profession de foi ; il essaie seulement de dire ce qu’a été une génération brisée par la guerre – même quand elle a échappé à ses obus.« 

Son protagoniste devient en effet de plus en plus brutal au cours du film et, de jeune recrue pleine d’enthousiasme, il se transforme en soldat traumatisé par la guerre.  »Si l’on ne laisse pas sa vie dans une guerre, c’est pour le moins son âme qu’on y perd« , affirme également Edward Berger.

Une nouvelle intrigue avec Daniel Brühl dans la peau de Matthias Erzberger

Le réalisateur et son équipe ont en outre ajouté une nouvelle intrigue au récit, dans laquelle Daniel Brühl incarne l’homme politique social-démocrate Matthias Erzberger. Il met en avant l’absurdité bureaucratique de la guerre et permet de situer l’histoire dans le temps.

Pour Edward Berger, Matthias Erzberger, qui signa l’armistice entre la France et l’Allemagne à Compiègne, dans une forêt en bordure de Paris, après l’abdication de l’empereur allemand en 1918, représente un personnage essentiel de l’histoire allemande.  »Nous avons aujourd’hui la chance de savoir par l’histoire jusqu’où la signature de cet armistice a mené. Nous savons aujourd’hui que l’armée a ensuite fait de Matthias Erzberger un bouc-émissaire, afin de lui faire porter la responsabilité de la défaite.«  Il fut assassiné par des nationalistes deux ans plus tard.

Les négociations de l’armistice servent également dans le film à démontrer que le conflit ne s’est pas tu à la fin de la guerre.

La Première Guerre mondiale ne fut que le début.  »17 millions de soldat avaient déjà perdu la vie jusqu’alors. Et 15 ans plus tard seulement, cette folie empira encore. Erich Maria Remarque ne disposait pas encore de cette perspective lorsqu’il rédigea son roman avant la Seconde Guerre mondiale.« 

En lice pour les Oscars

Erich Maria Remarque a intégré à son roman l’expérience qu’il a lui-même connue pendant la guerre
Erich Maria Remarque a intégré à son roman l’expérience qu’il a lui-même connue pendant la guerre© picture alliance/dpa

​​​​​​​Lors de la cérémonie des Golden Globes,  »À l’ouest rien de nouveau«  n’a finalement remporté aucun prix. C’est à  »Argentina, 1985«  qu’a été décerné le  »Golden Globe du meilleur film en langue étrangère« . En raison du tournage de son nouveau film portant sur l’élection du pape à Rome, Edward Berger n’a pu se rendre à la cérémonie. Il s’y trouvait en excellente compagnie avec des acteurs tels que Ralph Fiennes, Stanley Tucci, John Lithgow ou encore Isabella Rossellini.

À présent, il peut escompter remporter plusieurs Oscars à la fois :  »À l’ouest rien de nouveau«  est en effet nominé dans les catégories  »Meilleur film« ,  »Meilleur film international« ,  »Meilleure photographie« ,  »Meilleur son« ,  »Meilleur scénario adapté« ,  »Meilleure musique de film« ,  »Meilleurs décors« ,  »Meilleurs effets visuels«  et  »Meilleurs maquillages et coiffures« .

© deutschland.de

Retour en haut de page