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Interview janvier 2016 : La Provence "Nos deux pays doivent partager leurs savoir-faire respectifs"  

21.03.2018 - Article

"Nos deux pays doivent partager leurs savoir-faire respectifs"

Nouvel ambassadeur de la République fédérale d'Allemagne en France -il a pris ses fonctions en septembre dernier-, Nikolaus Meyer-Landrut était en visite hier à Marseille où il a rencontré le sénateur-maire LR Jean-Claude Gaudin, après s'être rendu le matin sur le site d'Airbus Helicopters à Marignane. L'occasion de faire le point avec lui sur l'actualité internationale, à commencer par le délicat dossier des migrants. Mais pas seulement...

La crise des migrants ébranle les fondations de l'Europe. Comment l'Allemagne appréhende-t-elle ce véritable séisme ?

Même si les raisons sont parfois différentes, la question de l'accueil et l'intégration des migrants se pose souvent dans les mêmes termes, en France et en Allemagne. Et si nos deux pays ne sont pas capables de montrer que ça peut marcher, qu'il est possible non seulement d'accueillir des migrants mais également de les intégrer, nous ne parviendrons jamais à convaincre les autres pays de l'Union européenne, notamment les plus réfractaires. C'est pourquoi la France et l'Allemagne doivent travailler ensemble et partager leur savoir-faire respectif. La France, par exemple, a un système de formation linguistique exemplaire. Nous allons donc suivre son exemple en accélérant notre apprentissage de l'allemand. En revanche, nous sommes plus avancés que vous dans le domaine de la formation professionnelle et la France peut s'inspirer de notre expérience. L'accueil des migrants paraît compliqué, or ce n'est rien par rapport au défi que constitue leur intégration. Mais pour réussir, il faut également améliorer les contrôles aux frontières extérieures de l'Europe. La Méditerranée est l'une de ces frontières et là encore, l'expérience de la France et de la région provençale, particulièrement exposée, peut être précieuse.

Il n'est pas fréquent qu'un ambassadeur d'Allemagne se rende à Marseille. Quelle vision les Allemands ont-ils de la ville et de sa région ?

La Provence est l'une des trois régions que les Allemands identifient, avec Paris-Ile-de-France et la Bretagne, mais pour eux, elle constitue davantage une destination touristique qu'un partenaire économique. C'est pourquoi des réussites comme Airbus Helicopters demandent à être valorisées en Allemagne. Marseille y est certes connue pour son histoire millénaire et le fait qu'elle constitue une grande ville portuaire, mais pour les Allemands, les seuls vrais grands ports sont ceux de la mer du Nord. Alors effectivement, la Provence ne figure pas pour l'instant dans le haut de la liste des régions étrangères que visent les investisseurs allemands, mais j'entends bien y remédier.

Qu'allez vous leur dire ?

Ma mission est d'expliquer la diversité française et les opportunités qu'offrent des régions comme la Provence en matière de collaboration économique. Mais nous avons affaire à deux mondes très différents. Pour convaincre le patronat allemand, il faut avant tout montrer des success stories. D'autre part, même si la France offre une très grande diversité de territoires, elle reste perçue à l'extérieur comme se résumant à Paris et la région parisienne. Nous devons donc faire venir en Provence des journalistes, des investisseurs et des entrepreneurs allemands, mais aussi activer tous les leviers locaux. Ce sera notamment l'une des missions de notre consul général à Marseille, Rolf Friedrich Krause.

Quels sont les points forts que vous allez mettre en exergue pour convaincre vos compatriotes ?

Le meilleur atout de Marseille et de sa région reste bien évidemment son climat exceptionnel. Mais au-delà du cliché, elle dispose d'une main-d'oeuvre qualifiée, d'un bassin de consommateurs très important et d'une ouverture côtière sur d'autres pays, notamment le Maghreb et l'Afrique. Elle occupe aussi une position géographique très intéressante entre deux zones de forte activité économique que sont le nord de l'Italie et la Catalogne, en Espagne. Mais pour être pris en compte par les investisseurs allemands, ces atouts demandent un discours de circonstance : il ne faut pas que les entrepreneurs et les décideurs locaux s'inscrivent dans la morosité ambiante mais au contraire, montrent une réelle dynamique régionale, avec des exemples concrets.

Comme celui d'Airbus Helicopters ?

Effectivement, c'est l'un des meilleurs. Il s'agit d'une entreprise importante qui est également l'un des plus grands employeurs de la région. Et elle est de surcroît en lien direct avec le site aéronautique allemand de Donauwörth. C'est donc un formidable vivier d'échanges entre nos deux pays. Mais il faut aller plus loin car si la majorité des Allemands connaissent Airbus, c'est seulement pour ses avions et son site de Toulouse ; beaucoup moins pour sa filiale hélicoptères. Or Marignane est un site qui permet non seulement de développer une stratégie d'apport complémentaire mais aussi et surtout d'attirer les regards sur toute la région.

Philippe Gallini

Avec l'aimable autorisation de la quotidienne « La Provence »

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