Bienvenue sur les pages du Ministère fédéral des Affaires étrangères
Guerre au Moyen-Orient : quelles conséquences pour l’économie ?
Symbolbild zu Benzinpreisen. Eine Frau greift zu einer Zapfpistole an einer Zapfsaeule in , 03.03.2026. © picture alliance / ZUMAPRESS.com | NASA Earth
Blocage du détroit d’Ormuz, hausse du prix du pétrole, risque d’inflation : la guerre au Moyen-Orient frappe aussi l’économie. Risque-t-elle d’étrangler la reprise économique au moment où l’Allemagne reprend le chemin de la croissance ?
Quiconque a fait son plein d’essence ces derniers jours a pu le constater : les prix à la pompe sont en forte hausse. C’est une conséquence de la guerre au Moyen-Orient, qui a déstabilisé les cours du pétrole jusqu’à les faire flamber un temps au-delà des 100 dollars le baril. Le choc est douloureux pour le porte-monnaie des automobilistes. Il alimente aussi des craintes sur l’ampleur de l’impact économique du conflit. En Allemagne, où l’économie reprend le chemin de la croissance après deux années de récession et une année de quasi-stagnation, les instituts d’analyse de la conjoncture commencent à se pencher sur la question. La guerre au Moyen-Orient risque-t-elle d’étrangler la reprise ?
La croissance « freinée » mais « pas stoppée »
À Berlin, l’institut DIW résume la situation : « Dans l’ensemble, la reprise de l’économie allemande se trouve freinée, mais pas stoppée ». Le conflit pourrait coûter entre 0,1 et 0,2 point de croissance à l’Allemagne cette année, affirme-t-il. La hausse du produit intérieur brut (PIB) s’élèverait à environ 1,0 % en 2026 et 1,4 % en 2027, avec un taux d’inflation de 2,4 % et 2,3 % respectivement.
Le DIW juge vraisemblable l’hypothèse selon laquelle le choc sur les cours de l’énergie est passé. Il s’attend à ce que la hausse des prix ne dure pas. Il souligne, par ailleurs, que l’Allemagne est moins dépendante des énergies fossiles du Golfe persique aujourd’hui qu’elle ne l’était du gaz et du pétrole russe en 2022. En 2025, l’Allemagne a importé 6,1 % de son pétrole brut des pays du Golfe (l’Union européenne 13 %), contre 16,6 % de Norvège, 16,4 % des États-Unis et 13,8 % de Lybie, selon l’Office fédéral des statistiques (destatis).
Last but not least, argumente le DIW, « la consommation privée reste vigoureuse et les investissements de l’État et les investissements reprennent, d’abord dans la défense pour commencer, puis dans les infrastructures ».
La reprise soutenue par les investissements publics
L’institut Ifo partage cette analyse. « Indépendamment du choc pétrolier, la reprise devrait se poursuivre au cours de l’année, notamment parce que les investissements supplémentaires de l’État fédéral dans les infrastructures, la neutralité climatique et la défense vont s’étendre et stimuler la demande », souligne Timo Wollmershäuser, chef du département conjoncture de l’institut de Munich. Quant à l’inflation, elle devrait se cantonner à 2,5 % cette année, à condition que la hausse des prix de l’énergie ne dure pas.
Ainsi, la majorité des instituts se rejoint sur la perspective d’une croissance entravée, mais pas à l’arrêt en 2026. L’Ifo prévoit une croissance de 0,8 %, une estimation à mi-chemin entre celle de l’IWH de Halle (0,7 %) et celle du RWI de Essen (0,9 %).
Depuis la fin de l’année 2025, l’économie allemande a amorcé une reprise grâce à la politique budgétaire expansionniste menée, argue l’Ifo. « Sans le choc sur les prix de l’énergie, nous aurions légèrement révisé nos prévisions de croissance à la hausse pour les fixer à 1,0 % en 2026 ».
Oliver Holtemöller ajoute un autre motif d’optimisme : « la stabilisation des exportations est un facteur supplémentaire qui pourrait soutenir la conjoncture », avance-t-il. Le vice-président de l’institut IWH de Halle s’attend à ce que la politique douanière américaine ne cause pas de dommages supplémentaires à l’économie allemande. Et même si le site Allemagne reste aux prises avec des difficultés structurelles, la conjoncture économique reste solide au niveau mondial, plaide-t-il.
S’ils se veulent plutôt rassurants, les économistes gardent néanmoins en tête l’hypothèse d’un scénario moins favorable : et si les cours de l’énergie ne subissaient pas une flambée passagère mais une déstabilisation durable ? Cela affecterait davantage le portefeuille des consommateurs et les coûts de production des entreprises, tout en amplifiant le risque inflationniste. Une telle perspective pourrait ramener la croissance allemande à environ 0,6 % cette année, a calculé l’Ifo.
A.L.