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Les Cinq Sages confirment la perspective d’une croissance limitée en 2026
Après le gouvernement allemand et les instituts d’analyse de la conjoncture, le Conseil des experts pour l’analyse de l’évolution économique a lui aussi revu à la baisse les perspectives de croissance pour l’économie allemande. © picture alliance / CHROMORANGE | Christian Ohde
L’ombre de la guerre en Iran plane sur la croissance allemande. Le Conseil des experts pour l’analyse de l’évolution économique a revu ses prévisions à la baisse. Il pointe, par ailleurs, la charge que le vieillissement fait peser sur les épaules des jeunes générations.
L’Allemagne espérait une reprise économique en 2026. La guerre en Iran est en train de doucher ses espoirs. Après les instituts d’analyse de la conjoncture et le gouvernement fédéral, le Conseil des experts pour l’analyse de l’évolution économique (« Cinq Sages ») a à son tour révisé ses prévisions de croissance à la baisse. Il table sur une croissance de 0,5 % cette année et de 0,8 % en 2027, selon un rapport présenté cette semaine au gouvernement. Pour 2026, c’est 0,4 point de moins que sa prévision de l’automne dernier.
L’ombre de la guerre en Iran
La guerre en Iran est le premier obstacle à un sursaut de l’activité. La paralysie du détroit d’Ormuz, par lequel passe une grande partie des flux maritimes de pétrole, de blé et d’engrais, provoque la hausse des prix du pétrole et du gaz. L’envolée des prix des carburants est pour le moment tempérée en Allemagne par un rabais à la pompe. Mais elle pèse sur le pouvoir d’achat et sur la consommation des ménages. Elle renchérit aussi les coûts de production pour les entreprises. Ce faisant, elle décourage l’investissement.
À l’heure actuelle, l’activité est néanmoins soutenue par les investissements massifs consentis par le gouvernement, notamment dans les infrastructures et la défense.
Inflation
Mais le contexte favorise l’inflation. Selon les Cinq Sages, la hausse des prix devrait atteindre en moyenne à 3 % cette année, contre 2,2 % en 2025. Elle refluerait à peine (2,8 %) en 2027. Elle s’est déjà nettement accélérée ces dernières semaines puisqu’elle a atteint 2,9 % en avril.
Le Conseil des experts pour l’analyse de l’évolution économique a imaginé un scénario critique dans lequel le baril de pétrole grimperait à 120 $ le baril de mai à octobre, puis retomberait sous la barre des 100 $ au deuxième semestre 2027. Une telle hypothèse ferait fondre la croissance allemande comme peau de chagrin, rapporte-t-il. Le pays n’enregistrerait une hausse de son produit intérieur brut (PIB) que de 0,2 % en 2026 et de 0,5 % en 2027, avec une inflation de 3,5 % et 3,2 % respectivement.
Compétitivité
Si le contexte géopolitique fragilise la croissance par ses incertitudes, il n’est toutefois pas la seule cause du manque de dynamisme de l’économie allemande, ajoutent les experts. Le prix de l’énergie, la fiscalité, la bureaucratie et la lenteur des procédures freinent la compétitivité de l’industrie allemande à l’heure où les conditions économiques se durcissent pour les exportateurs : ralentissement de la croissance mondiale et des débouchés, taxes douanières américaines, concurrence exacerbée de la Chine.
Les conséquences du vieillissement sur les jeunes générations
À cela s’ajoute un autre frein structurel, que l’Allemagne partage avec d’autres pays européens dont la France : la charge croissante que le vieillissement fait peser sur les épaules des jeunes générations.
Les Cinq Sages l’analysent en détail. Ils parviennent à la conclusion que la hausse des cotisations sociales (chômage, accidents, rentraites, santé, dépendance) va progressivement continuer à grignoter le salaire brut des actifs.
Le taux de cotisation est aujourd’hui de 42,3 %, indiquent-ils. Il devrait grimper à 45,4 % dès 2030. Et atteindre près de près de 50 % en 2040. Cela signifie que près de la moitié du salaire brut serait consacré au financement de la protection sociale, amputant le pouvoir d’achat des salariés et augmentant le coût du travail pour les entreprises, au détriment de leur compétitivité.
Les Cinq Sages appellent donc à des réformes. « Pour amortir [la hausse] des cotisations, il est déterminant de limiter la hausse prévisible des dépenses de protection sociale sans renoncer à leur fonction protectrice », exhortent-ils.
Le rapport préconise une baisse des dépenses de santé (notamment un meilleur pilotage dans les hôpitaux et une réduction des dépenses pour les médicaments). Il suggère aussi une réforme de l’assurance-dépendance. Elle viserait à réduire les prestations au niveau recommandé par les experts et à supprimer les mesures peu ciblées.
Le gouvernement est déjà au travail. Il a récemment présenté une réforme du financement de l’assurance-maladie. Il prépare aussi d’ici à l’été un important paquet de réformes (dépendance, réduction de l’impôt sur le revenu pour les faibles et moyens revenus, retraites).
A.L.