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L’Allemagne rend hommage à la mémoire des victimes de l'Holocauste
Le Bundestag a commémoré cette semaine le 81e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz et honoré la mémoire de toutes les victimes de la barbarie nazie. Tova Friedman, rescapée de l‘Holocauste, a prononcé le discours de commémoration en présence du président allemand, Frank-Walter Steinmeier (g.) et du chancelier Friedrich Merz (dr.). © picture alliance / epd-bild | Christian Ditsch
81 ans après la libération du camp d’extermination d’Auschwitz, le 27 janvier 1945, l’Allemagne a honoré la mémoire des victimes de la barbarie nazie. Les survivants disparaissent. L’antisémitisme progresse. Plus que jamais, la transmission est essentielle.
Le 27 janvier 1945, l’Armée Rouge libérait le camp de concentration et d’extermination nazi d’Auschwitz. Ils n’y trouvèrent plus que 7 000 détenus étiques. Entre 1940 et 1945, la barbarie nazie y avait assassiné plus de 1,1 million d’hommes, de femmes et d’enfants. Tous exterminés en raison de leur religion, de leur origine ethnique, de leur engagement politique, de leur orientation sexuelle ou encore de leur handicap.
Depuis 30 ans, le 27 janvier est ainsi devenu en Allemagne une journée dédiée à la commémoration de l’Holocauste et de ses victimes, dont six millions de juifs. À l’heure où les survivants s’éteignent et où l’antisémitisme progresse, la nécessité de la mémoire et de la transmission se conjugue plus que jamais au présent.
La mémoire, cœur battant de notre identité démocratique
« La confrontation avec les crimes nazis est une tâche permanente, un travail continu sur la mémoire culturelle de l'Allemagne et du monde », a souligné lundi le ministre adjoint à la Culture , Wolfram Weimer. « La mémoire est davantage qu'un regard sur le passé. Elle est le cœur battant de notre identité démocratique. Si nous oublions qui nous avons été, et ce que les Allemands ont fait, nous perdons la boussole qui nous indique ce que nous voulons être. »
Comme tous les ans, la cérémonie officielle de commémoration s’est déroulée au Bundestag, en présence du président fédéral, Frank-Walter Steinmeier, et du chancelier, Friedrich Merz. La psychologue américano-polonaise Tova Friedman, rescapée d’Auschwitz à l’âge de six ans, a pris la parole devant les députés allemands.
Elle a décrit en termes poignants son expérience : le meurtre de sa grand-mère par les S.S. devant ses yeux dans le ghetto de Tomaszów Mazowiecki, la déportation à cinq ans, la séparation d’avec sa mère, qui lui avait demandé de ne pas pleurer car « les enfants faibles ne survivent pas ». Et finalement, son attente de la mort dans l’antichambre de la chambre à gaz aux côtés d’autres enfants nus, affamés, gelés. Tova Friedman échappera par miracle à la mort, probablement en raison d'un défaut technique de la chambre à gaz.
À 87 ans, Tova Friedman a aujourd’hui une longue vie de psychologue et de travailleuse sociale aux États-Unis et en Israël derrière elle. Mais elle est inquiète. « J'ai quitté Auschwitz avec l'idée que je n'aurais plus jamais à avoir peur d'être juive », a-t-elle déclaré devant le Bundestag. Or, aujourd’hui, « mon petit-fils doit cacher son étoile de David sur le campus. Ma petite-fille a été contrainte de quitter sa résidence universitaire pour échapper aux menaces. » On entend des paroles antisémites à New York, Paris, Amsterdam, Londres et « probablement aussi Berlin ». Et partout dans le monde, les Juifs se sentent à nouveau sans protection, attaqués et haïs.
Tova Friedman, rescapée : « l'antisémitisme n'a pas disparu, il s'est adapté »
Et la rescapée de constater avec amertume : « L'antisémitisme n'a pas disparu, il s'est adapté », a-t-elle. Il se cache désormais souvent derrière un « nouveau langage antisioniste » et se propage à une vitesse effrayante sur les réseaux sociaux. Tova Friedman s’est alors adressée aux responsables politiques allemands. Elle les a exhortés à intensifier la lutte contre l'antisémitisme.
Elle-même s’est promis de poursuivre son travail d’information jusqu’à sa mort. Avec son petit-fils, Aron Goodman, elle a lancé une chaîne sur Tiktok. Elle raconte son histoire et son expérience. Elle est aujourd’hui suivie par 500 000 personnes. Le jeune homme se félicite de ce succès. « Nous voulons être visibles », explique-t-il. Il faut dire la vérité aux gens sur l’Holocauste avant qu’elle puisse être déformée.
La transmission de la mémoire se réinvente à travers de nouveaux formats
La recrudescence de l’antisémitisme, mais aussi la disparition progressive des survivants inspirent de plus en plus d’initiatives de ce genre. Les survivants ne sont plus que 196 600 à travers le monde, selon une estimation de la Jewish Claims Conference. Mais les médias modernes offrent de nouvelles possibilités pour perpétuer la transmission.
Il y a quelques jours était ainsi présentée la plateforme éducative « Shoa Stories ». Créée à l’initiative de la Maison d’Anne Frank à Amsterdam et de l’Université Hébraïque de Jérusalem, elle rassemble près de 10 000 courtes vidéos de témoignages publiées sur TikTok par une vingtaine de lieux de mémoire et musées. Le site du camp de concentration de Buchenwald, le Musée du Ghetto de Varsovie en Pologne et le Musée de l’Holocauste de Los Angeles font partie des participants. La plateforme s’adresse aux jeunes mais également aux enseignants. Elle propose de nombreux contenus pédagogiques.
À Essen, c’est l’association Zweitzeugen qui a eu une idée originale pour éviter que les voix des survivants s’éteignent. Elle a eu l’idée d’inviter des personnalités à s’approprier et à parrainer l’histoire d’un(e) survivant(e) pour ensuite prendre sa place devant la caméra et révéler dans une courte vidéo ce que signifie à ses yeux la responsabilité sociale. Les vidéos sont publiées sous la forme d’une campagne sur les réseaux sociaux. La comédienne Iris Berben et le journaliste sportif Marcel Reif ont été parmi les premiers à se prêter au jeu. « Être un Zweitzeuge [néologisme forgé à partir de »zweit « (deuxième) et »Zeuge« (témoin)] », explique l’association, « cela veut dire considérer que les expériences des témoins directs n’appartiennent pas à un passé révolu, et les intégrer dans sa manière de penser et d’agir ».
A.L.