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L’Allemagne, une démocratie en crise ?
Selon une étude de la Fondation Bertelsmann, les Allemands disent massivement oui la démocratie. Mais ils jugent qu’en pratique, elle peut mieux faire. © picture alliance/dpa | Hauke Schröder
Montée de l’extrême droite, polarisation, mécontentements : faut-il craindre un effritement de la démocratie en Allemagne ? Non, répond une étude de la Fondation Bertelsmann. Au contraire, l’Allemagne reste une démocratie stable et résiliente.
Montée des extrêmes, impopularité des gouvernements, polarisation de l’opinion sur les réseaux sociaux : la démocratie libérale semble exposée à de nouvelles menaces. Y compris en Allemagne, pourtant réputée pour sa stabilité. Dans les temps troublés que nous vivons, ses citoyens ont-ils perdu le goût de la démocratie ? La démocratie allemande est-elle en crise ? Une vaste enquête publiée cette semaine par la Fondation Bertelsmann répond clairement par la négative. Rejetant tout alarmisme, elle montre que l’Allemagne est une démocratie ancrée et résiliente. Ce qui n’empêche pas des critiques sur son fonctionnement au quotidien.
Un très haut niveau de légitimité
L’étude s’appuie sur une enquête auprès de 5 000 personnes. Elle révèle à quel point la culture démocratique est ancrée en République fédérale. Les Allemands accordent une très grande légitimité à toutes les valeurs, institutions et règles de la démocratie : 91 % pour les élections, 83 % pour la sphère publique (liberté d’opinion et liberté de la presse), le Parlement et le gouvernement démocratiques, 82 % pour la séparation des pouvoirs, 81 % pour les droits civiques, 79 % pour la participation démocratique et 77 % pour les partis.
Et ces indicateurs ne sont pas en baisse. Au contraire. Les trois quarts d’entre eux sont en hausse (+ 2 à 5 points) par rapport à 2019, mettent en avant les auteurs de l’étude, Robert Vehrkamp et Michael Koß.
…mais un fonctionnement insatisfaisant
Alors pourquoi cette impression de crise ? C’est le principal enseignement de l’étude : il existe un profond décalage entre les attentes et la réalité. Les Allemands disent massivement oui à la démocratie. Mais ils jugent qu’en pratique, elle peut (nettement) mieux faire.
Ainsi, 65 % des sondés jugent les élections efficaces. Mais sur les autres aspects, le taux de satisfaction chute : 35 % pour l’application des droits civiques, 34 % pour la séparation des pouvoirs, 31 % pour le Parlement et pour la sphère publique, 21 % pour le gouvernement, 17 % pour les partis politiques et même 15 % pour la participation.
Une démocratie vivante et résiliente malgré les crises
Robert Vehrkamp, directeur et co-auteur de l’étude, met ces résultats en perspective. « De faibles niveaux de satisfaction à l’égard du fonctionnement de la démocratie ne suffisent pas à caractériser une crise », explique-t-il. « Ils ne deviennent problématiques que s’ils entament la légitimité même du système démocratique. Selon nos résultats, on en est très loin en Allemagne ».
L’étude fait en réalité apparaître une démocratie solide et vivante. La confiance des Allemands dans la démocratie est restée intacte malgré les mécontentements du quotidien et malgré la succession de crises internationales. C’est un puissant signe de résilience, soulignent les auteurs.
« La grande majorité des Allemands ne sont pas prêts à rejeter la démocratie en bloc sous prétexte qu’elle pourrait mieux fonctionner », souligne Michael Koß. « Un grand nombre d’entre eux semble donc conscient que la démocratie porte des exigences élevées ».
Avec Robert Vehrkamp, le politologue appelle donc à se garder de tout alarmisme. Et à se concentrer sur l’amélioration du fonctionnement démocratique.
A.L.