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L’Allemagne ouvre le chantier de la réforme des retraites
Retraite complémentaire par capitalisation, report de l’âge du départ à la retraite: le gouvernement allemand a reçu cette semaine les recommandations d’une commission chargée de la réforme des retraites. © picture alliance / SvenSimon | Frank Hoermann / SVEN SIMON
Retraite complémentaire par capitalisation, report de l’âge du départ : le gouvernement allemand a reçu cette semaine les recommandations d’une commission sur la réforme des retraites. Il entend les mettre en œuvre intégralement, et sans attendre.
Ce mercredi 24 juin 2026 est une journée à marquer d’une pierre blanche. Il marque l’ouverture d’un chantier aussi épineux que nécessaire dans une Allemagne confrontée au défi du vieillissement : la réforme des retraites. La commission chargée de travailler sur le financement du système a remis son rapport au chancelier Friedrich Merz et à la ministre du Travail et des Affaires sociales, Bärbel Bas. Le gouvernement entend rapidement mettre en œuvre ses 33 recommandations, en intégralité.
Friedrich Merz voit dans ce rapport un ensemble de propositions « équilibré » pour mener « l’un des projets de réforme les plus difficiles de notre époque ». « Ne rien faire n’est pas une option », a-t-il plaidé. « Tous les éléments de ce paquet de réforme, je dis bien tous ses éléments doivent maintenant être mis en place rapidement ».
L’objectif est de stabiliser à long terme le financement des retraites, menacé de déséquilibre par la démographie. L’arrivée des générations nombreuses du babyboom à l’âge de la retraite fait croître le nombre de retraités, alors que le nombre de cotisants n’augmente pas. En 2040, explique la commission, le rapport entre le nombre de retraités et le nombre d’actifs cotisants pourrait être de un à deux. Le dilemme est donc le suivant : comment consolider le financement du système sans faire exploser les cotisations ?
« Transformer le système sans en détruire les fondations »
Avec leurs 33 recommandations, les membres de la commission ambitionnent « transformer le système sans en détruire les fondations ». Ils entendent garantir un niveau de pension équivalent à 70 % du salaire net. « La retraite est sûre », a martelé M. Merz. Le niveau des pensions serait non seulement préservé, mais il augmenterait au fil du temps. C’est une bonne nouvelle pour les jeunes : « ils percevront une meilleure retraite que les retraités actuels », a souligné Mme Bas.
Pour y parvenir, la commission propose un ensemble cohérent de mesures qui répartit l’effort entre toutes les catégories de la population. C’est la première fois qu’un projet global pour toutes les générations est sur la table, s’est félicitée Mme Bas. « Nous ne pouvons pas nous permettre de retirer ou de refuser telle ou telle mesure particulière », a confirmé M. Merz. Les recommandations de la commission « renforcent le contrat entre les générations ».
Contrat renforcé entre les générations
La principale innovation est la création d’une retraite complémentaire obligatoire par capitalisation. L’idée s’inspire du modèle suédois. « Le régime légal demeure le pilier majeur de notre système », a expliqué M. Merz. « Il s’agit de [le] renforcer en créant une retraite supplémentaire par capitalisation, obligatoire et individuelle ».
Les cotisations – obligatoires – seraient financées à égalité par les employeurs et les salariés à partir de 2031. Elles pourraient atteindre progressivement 2 % du revenu. Placées par un fonds souverain ou la Bundesbank, elles permettraient à terme d’augmenter les pensions. « À travers ce nouveau modèle de retraites nous organisons la participation de larges catégories de la population à l’augmentation de la richesse nationale », a mis en avant M. Merz. Un « facteur de transition » serait mis en place de 2032 au milieu des années 2040 pour garantir le niveau actuel des pensions aux actifs aujourd’hui proches de la retraite.
Une deuxième mesure clé serait le report de l’âge du départ à la retraite en fonction de l’augmentation de l’espérance de vie. Le calcul se ferait selon un rapport 2/3-1/3 : une année supplémentaire d’espérance de vie augmenterait la durée du travail de huit mois et la durée passée à la retraite de quatre mois. Selon cette règle, appliquée à partir de 2032, l’âge de la retraite atteindrait 67,5 ans en 2041. Selon la réglementation actuelle, il sera déjà de 67 ans à partir de 2031.
Augmentation du nombre de cotisants
Une troisième mesure emblématique est la suppression progressive du dispositif spécial destiné aux carrières longues (surnommé « retraite à 63 ans »). Depuis 2014, il ouvre droit à une retraite sans décote après 45 années de cotisations, même avant l’âge légal de départ à la retraite. Cela se traduit pour les retraités actuels à un départ à partir de 64,5 ans. La fin de ce dispositif très discuté ira de pair avec « un accès simplifié à la retraite » pour les personnes déclarées en invalidité après un examen médical.
Un quatrième ensemble de mesures vise à augmenter le nombre de cotisants au régime légal. Les « minijobs » exempts de cotisations sociales seraient abolis, sauf pour les étudiants. De plus, des catégories qui ne cotisent pas au régime légal, tels que les professions indépendantes, les responsables politiques et les directions exécutives de sociétés par actions, le rejoindraient.
Quant aux actuels retraités, ils seraient également mis à contribution. Si le système leur garantit un maintien du niveau des pensions à 48 % jusqu’en 2031, le calcul changerait à partir de 2032. Il ferait en sorte que le montant des retraites augmente moins vite que les salaires.
Le débat est maintenant sur la table. Les groupes parlementaires des partis de la coalition ont immédiatement apporté leur appui au projet et à sa mise en œuvre. Le patronat y voit également un progrès. La Confédération des syndicats allemands (DGB), en revanche, estime que la suppression du dispositif pour les carrières longues et le report de l’âge de départ ignore la réalité vécue par de nombreux salariés. La réforme des retraites s’annonce comme l’un des grands sujets politiques du second semestre 2026 en Allemagne.
A.L.
En savoir plus :
Gouvernement fédéral - Allocution du chancelier Friedrich Merz