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Étude PISA sur l’éducation : un choc en Allemagne aussi
L’enquête PISA de l’OCDE révèle une chute des compétences des élèves de 15 ans, notamment en compréhension de l’écrit et en mathématiques. © picture alliance/dpa | Bernd Weißbrod
L’enquête PISA de l’OCDE révèle une chute des compétences des élèves de 15 ans, notamment en compréhension de l’écrit et en mathématiques. Les responsables éducatifs allemands appellent à poursuivre les réformes, en ciblant les inégalités dès le plus jeune âge.
« Dramatique », « inacceptable » : comme en France, la publication par l’OCDE des résultats de l’étude PISA provoque un choc en Allemagne. Dans les deux pays, comme dans une large partie de l’OCDE, les compétences des élèves de 15 ans ont fortement baissé ces trois dernières années, particulièrement en compréhension de l’écrit et en mathématiques. En Allemagne, les résultats sont les plus mauvais enregistrés depuis la création de l’étude PISA en 2000. Un élève sur quatre ne possède pas les acquis fondamentaux en sciences, un sur trois en compréhension de l’écrit et en mathématiques.
L’Allemagne et la France dans la moyenne de l’OCDE
D’après l’enquête, les situations allemande et française semblent relativement proches : les deux pays se situent dans la moyenne des pays de l’OCDE. Dans le détail, l’Allemagne affiche un score de 486 en sciences (France : 483, moyenne de l’OCDE : 482), de 465 en compréhension de l’écrit (France : 456, OCDE : 461), de 464 en mathématiques (France : 458, OCDE : 463) et de 498 en résolution de problèmes par la pensée computationnelle (France : 497, OCDE : 500).
Sur les deux rives du Rhin, le décrochage est net dans les trois compétences déjà testées en 2022. En Allemagne, le recul est 7 points en sciences (France : - 3, OCDE : - 3), de 15 points en compréhension de l’écrit (France : - 18, OCDE : - 14) et de 11 points en mathématiques (France : - 16, OCDE : - 9). Selon l’OCDE, un écart d’environ 20 points correspond à une année d’apprentissage.
Enfin, on observe dans les deux pays que les performances scolaires sont fortement corrélées à l’origine sociale.
La compréhension de l’écrit en chute libre, une tendance internationale
La chute des performances n’est cependant pas un phénomène spécifiquement allemand ou français. C’est une tendance internationale. « Dans les pays de l’OCDE, on estime désormais que 20 % des élèves de 15 ans sont peu compétents dans les trois principaux domaines d’évaluation, contre 16 % en 2022 », constate Mathias Cormann, secrétaire général de l’OCDE. Cela signifie, explique-t-il, que « ces élèves ne disposent pas des compétences fondamentales indispensables pour réussir dans la poursuite de leurs études, dans leur vie professionnelle et au quotidien ».
C’est en compréhension de l’écrit que la baisse est la plus marquée. Entre 2015 et 2025, les scores des élèves ont chuté de 28 points dans les pays de l’OCDE. Cela représente près d’une année et demi d’apprentissage. Pour Mathias Corman, c’est « une évolution particulièrement préoccupante au vu du rôle fondamental des compétences de ce domaine pour les apprentissages de l’ensemble du programme scolaire. » Il s’agit également d’acquis essentiels pour « trouver, évaluer, interpréter et analyser les informations dans notre monde de plus en plus placé sous le signe du numérique ».
Le secrétaire général de l’OCDE s’interroge sur les causes du phénomène, qui est selon lui une « tendance de long terme ». « L’essor du numérique, l’allongement du temps passé devant les écrans et le recul de la lecture pour le plaisir coïncident avec une diminution des résultats en littérature », observe-t-il. Et plus celle-ci est sévère, plus les compétences se réduisent simultanément en mathématiques et en sciences. Mais le phénomène n’est « pas inéluctable », souligne-t-il aussi. D’après l’enquête, plusieurs pays ont su tirer leur épingle du jeu.
En Allemagne, « trop d’élèves quittent l’école sans avoir acquis les fondamentaux »
En Allemagne, ces résultats ont provoqué comme en France un déluge de réactions. La ministre fédérale de l’Éducation, de la Famille, des Personnes âgées, des Femmes et de la Jeunesse, Karin Prien, a déploré une « situation dramatique ». « Un trop grand nombre de jeunes n’acquiert pas les compétences de base nécessaires à la poursuite de leur parcours éducatif », retient-elle. Et « la réussite scolaire est beaucoup trop dépendante de l’origine sociale ».
« Ces résultats sont inacceptables mais sans surprise », juge, pour sa part, Anna Stolz, présidente de la Conférence des ministres de l’éducation. De précédentes études avaient formulé des conclusions similaires.
Même constat sur le terrain. L’enquête PISA confirme « ce que les entreprises artisanales formant des apprentis observent depuis plusieurs années : trop d’élèves quittent l’école sans avoir acquis les fondamentaux nécessaires à la réussite de leur formation en apprentissage », a réagi la Fédération centrale de l’artisanat allemand (ZHD).
Cibler l’âge préscolaire et réduire les inégalités sociales
Alors, quels remèdes ? En Allemagne, où le choc de la première étude PISA, en 2000, avait servi de déclic à une profonde réforme du système éducatif, plusieurs responsables ont souligné que le pays « ne part[ait] pas de zéro » pour redresser la barre. « Contrairement au choc PISA de l’an 2000, nous avons aujourd’hui une stratégie », a déclaré Mme Prien.
Car l’école doit aussi trouver des réponses à des défis nouveaux tels que « les nouveaux usages des médias, l’accroissement de la souffrance psychologique des jeunes, l’intelligence artificielle, les changements démographiques et les besoins croissants en main-d’œuvre qualifiée », ajoute-t-elle.
La ministre veut cibler la prise en charge de la petite enfance, avant l’entrée à l’école primaire, pour éviter que les inégalités ne s’installent. Le gouvernement fédéral vient d’adopter un projet de loi pour renforcer la qualité des crèches et détecter plus tôt les difficultés. Il crée des normes de qualité pour les crèches. Il prévoit aussi d’évaluer le niveau de développement et les compétences linguistiques à l’âge de quatre ans, avec accompagnement de l’enfant à la clé si nécessaire.
De leur côté, les länder viennent de lancer des mesures pour consolider les compétences de base et offrir aux enfants un soutien plus précoce. Ils ont également adopté une feuille de route pour améliorer la qualité de l’enseignement. S’y ajoutent des programmes tels que le dispositif Startchance qui offre un soutien ciblé aux établissements accueillants des publics défavorisés.
Selon les responsables politiques et éducatifs, ces mesures vont dans le bon sens. Mais « la persévérance va être nécessaire jusqu’à ce qu’elles fassent effet », résume Mme Stolz.
A.L.
En savoir plus :
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