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Jenny Erpenbeck, première Allemande lauréate du prestigieux Booker Prize

L’autrice allemande Jenny Erpenbeck

L’autrice allemande Jenny Erpenbeck, © picture alliance / NurPhoto | WIktor Szymanowicz

23.05.2024 - Article

Jenny Erpenbeck a reçu cette semaine à Londres le prestigieux Booker Prize. L’écrivaine berlinoise a été récompensée avec son traducteur Michael Hofmann pour le roman « Kairos », récit d’une histoire d’amour toxique sur fond d’effondrement de la RDA.

Jenny Erpenbeck et son traducteur anglais Michael Hofmann tenant le roman « Kairos », qui vient de recevoir l’international Booker Prize
Jenny Erpenbeck et son traducteur anglais Michael Hofmann tenant le roman « Kairos », qui vient de recevoir l’international Booker Prize© picture alliance / NurPhoto | WIktor Szymanowicz
Kairos, le dieu de l'occasion opportune, était avec elle. Kairos, c’est le titre du roman qui a valu à Jenny Erpenbeck de recevoir cette semaine à Londres l’International Booker Prize. L’autrice berlinoise est la première Allemande à remporter cette distinction dotée de 50 000 livres sterling, considérée comme la plus prestigieuse récompense littéraire du monde anglophone. Elle partage le prix avec son traducteur, Michael Hofmann. En 2015, elle avait déjà reçu l’Independant Foreign Fiction Prize, prédécesseur de l’International Booker Prize.

L’histoire d’une double décomposition

Kairos raconte l’histoire d’une liaison destructrice entre une jeune femme de 19 ans et un homme de 34 ans son aîné dans le Berlin-Est des années 1980. N’étant pas de la même génération, ils réagissent différemment à la dissolution de l’État est-allemand : Katharina veut embrasser une nouvelle vie quand Hans, qui fait partie de l’élite du pays, veut retenir le cours de l’histoire.

« C’est l’histoire privée d’un grand amour et de sa déchéance, mais c’est aussi l’histoire de la dissolution de tout un système politique », explique Jenny Erpenbeck. « Pour le dire simplement : comment quelque chose qui semble juste au début peut-il mal tourner ? » Méditation sur l'espoir et la déception, Kairos soulève des questions complexes sur la liberté, la loyauté, l'amour et le pouvoir.

Le jury a salué une « prose lumineuse ». Selon les jurés, « ce qui fait l’originalité [du livre], c'est qu’il est tout à la fois beau et inconfortable, personnel et politique ». L’œuvre « invite à faire le lien entre des développements politiques qui ont marqué une génération et une histoire d'amour dévastatrice, voire brutale, qui remet en cause la nature du destin et de l'action. »

Une « prose lumineuse » qui raconte l’Est de l’intérieur

Les lecteurs anglophones apprécient de longue date les romans de Jenny Erpenbeck. L’ancienne directrice d’opéra est plus connue à l’étranger que dans son pays. Elle est lue notamment en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Au total, ses livres sont traduits dans une trentaine de langues, dont le français (Je vais, tu vas, ils vont (Fayard), L’Enfant Sans Âge (Albin Michel)).

Ce qui fascine les lecteurs étrangers tient à ses talents de narratrice, mais aussi à la manière personnelle et authentique dont elle aborde l’histoire de l’Allemagne réunifiée. Née à Berlin-Est en 1967 dans une famille d’écrivains, autrice elle-même depuis 1999, Jenny Erpenbeck a grandi et vécu en RDA jusqu’à l’âge de 22 ans. Elle se considère encore comme une Allemande de l’est. Elle n’hésite pas à souligner les différences de vécu et de perception qui peut exister entre les deux parties du pays.

« Ce qui était familier est en train de disparaître. Le bon, le mauvais, ce qui nous est familier », écrit-elle dans Kairos. « La liberté n’a pas été offerte, elle avait un prix », expliquait-elle dans un essai paru en 2018. « Ce prix, c’était toute la vie que j’avais vécue jusqu’à présent. C’était le fait que ce l’on appelait encore présent hier appartenait désormais au passé… Désormais, la place de mon enfance était au musée. »

A.L.

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