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Paula Modersohn-Becker, un visage de la modernité à (re)découvrier
Tombe de l’artiste allemande Paula Modersohn-Becker, ornée d’une sculpture signée Bernhard Hoetger. L’Allemagne célèbre cette année les 150 ans de cette pionnière de l’expressionnisme, décédée tragiquement à 31 ans © picture alliance/dpa | Sina Schuldt
Brême était son cocon, Paris son eldorado. Paula Modersohn-Becker, météore de la modernité picturale dans les années 1900, a été un trait d’union entre l’Allemagne et la France. Son 150e anniversaire offre l’occasion de découvrir une artiste audacieuse.
Le 2 juin 1927, les journaux de Brême (nord de l’Allemagne) rapportaient une première mondiale : l’inauguration d’un musée consacré à une artiste féminine. Paula Modersohn-Becker (1876-1907), pionnière de l’expressionnisme allemand, était décédée vingt ans plus tôt à 31 ans. Ayant peu vendu et exposé ses toiles, elle était restée méconnue. Le milieu de l’art la découvrait. Un siècle plus tard, elle est célébrée à travers le monde. L’un de ses autoportraits vient d’atteindre le prix de 1,27 million d’euros lors d’une vente aux enchères à Berlin. L’année 2026 marque son 150e anniversaire. Elle fournit l’occasion de la redécouvrir, notamment à travers plusieurs expositions qui ouvrent leurs portes ce dimanche 8 février.
Paula Modersohn-Becker et Edvard Munch
Dresde, ville natale de l’artiste, confronte son œuvre à celle de son contemporain Edvard Munch (1863-1944). L’exposition, présentée du 8 février au 31 mai à l’Albertinum, s’intitule « Paula Modersohn-Becker et Edvard Munch. Les grandes questions de la vie ». A travers 150 tableaux, dessins et sculptures, elle explore la quête commune de réponses aux interrogations de l’existence sur l’être humain, sa dignité et sa vulnérabilité.
Edvard Munch et Paula Modersohn-Becker élaborent des réponses artistiques parallèles reposant sur la création d’images expressives. Ils mettent en scène la naissance et la mort, la maternité, la maladie, la sexualité, la force de la nature. Ils réinterprètent ces questions fondamentales à une époque de progrès technique, marquée par l’industrialisation, l’invention de nouveaux modes de vie et une exigence accrue d’émancipation.
Paris
Paris a joué un rôle déterminant dans la genèse du langage artistique de Paula Modersohn-Becker. Capitale des arts de ce 20e siècle naissant, la Ville Lumière exerce une force d’attraction irrepressible sur la jeune artiste allemande. Elle y effectue quatre séjours et y passe près de deux ans entre 1900 et 1907. Elle se lie d’amitié avec des artistes tels que l’écrivain Rainer Maria Rilke avec lequel elle fait de longues promenades à Fontainebleau et à Chantilly. Elle peindra de lui un portrait célèbre.
A Paris, Paula Modersohn-Becker s’affirme comme une artiste d’avant-garde. Elle étudie à l’Académie Colarossi. Elle découvre la modernité picturale : Gauguin, Matisse, Seurat, les Fauves, les nabis Maurice Denis et Vuilllard, et surtout Cézanne, qui lui fait l’effet d’un coup de tonnerre.
A leur contact, elle forge son langage personnel : formes simplifiées, palette expressive, attention à la figure humaine, peinture du corps féminin incarné, sans idéalisation, de l’enfance sans miévrerie, du visage dans sa présence picturale pure. Elle est la première femme à réaliser des auto-portraits nus ou en pied. Peints comme une forme d’auto-affirmation artistique, ils seront sa marque de fabrique.
Worpswede
Quand elle n’est pas à Paris, Paula Modersohn-Becker vit à Worpswede. Elle rejoint une colonie d’artistes dans ce village situé à 25 km au nord de Brême à la fin des années 1890. Elle y rencontre son mari, Otto Modersohn, et son amie Clara Westhoff, future femme de Rilke.
Volontaire, indépendante, audacieuse, elle fait dans cet écrin de nature ses premiers pas en tant qu’artiste à une époque où embrasser une telle carrière était presque impossible pour les femmes, exclues des académies d’art. Elle goûte à l’harmonie avec la nature et à des formes de vie avant-gardistes (végétarisme, culture de la nudité). Beaucoup de motifs de ses toiles sont inspirés de Worpswede.
Nombreuses expositions dans la région de Brême
Brême et Worpswede sont le centre des manifestations organisées autour de son 150e anniversaire. Plusieurs expositions y ouvrent leurs portes ce 8 février.
Le musée Paula Modersohn-Becker de Brême retrace les grandes étapes de sa vie, et la genèse de sa personnalité de femme et d’artiste. A travers 70 toiles et travaux sur papier, il montre comment, dès sa formation, elle s’engage sur une voie artistique personnelle, libre et indépendante. Il dévoile aussi des oeuvres de jeunesse méconnues. L’exposition, intitulée « Becoming Paula. London, Berlin, Worpswede, Paris. Les 150 ans de Paula Modersohn-Becker », est à voir jusqu’au 13 septembre.
A Worpswede, quatre musées consacrent à Paula Modersohn-Becker des expositions parallèles jusqu’au 1er novembre. Le musée Barkenhoff s’intéresse à son art innovant de la peinture de portrait. L’exposition « je suis / tu es. Représentations de l’humain » explore la rupture radicale qu’elle ouvre dans l’histoire du genre, notamment à travers la Jeune fille au collier de perles, et confronte son regard à celui d’autres artistes, y compris contemporains.
« Comment les artistes se positionnent-ils face aux personnes qu’ils représentent ? » est la question qui inspire l’exposition « Respect ! » à la Grosse Kunstschau. Proximité, distance, empathie, observation : elle retrace la réflexion menée par Paula Modersohn-Becker sur la condition des femmes issues de milieux paysans ou de l’orphelinat de Worpswede, qu’elle a souvent peintes.
La Haus im Schluh propose un pas de côté : elle dévoile que Paula Modersohn-Becker s’est aussi aventurée dans le domaine du design textile à Worpswede. L’exposition « APPLIQUÉ. Femme + Design » présente quelques-unes de ses réalisations, dont un tapis pictural Art nouveau intitulé Pommier.
Enfin, la Worpsweder Kunsthalle s’intéresse à l’œuvre de Paula Modersohn-Becker comme source d’inspiration pour l’artiste française Inès Longevial, fascinée par l’artiste allemande.
Dans la région, il faut encore noter l’exposition « Paula Modersohn-Becker. Les paysages » (jusqu’au 24 mai) au musée Otto Modersohn de Fischerhunde, et la présentation de 19 œuvres de Paula Modersohn-Becker à la Bremer Kunsthalle.
Un documentaire sur ARTE, ainsi que la sortie d’un film sur Paula Modersohn-Becker sont également programmés cette année.
A.L.