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Sandra Hüller crève l’écran à la Berlinale
L’actrice allemande Sandara Hüller est considérée par la critique allemande comme l’une des grandes favorites pour l’Ours d’argent de la meilleure interprète féminine pour son rôle dans « Rose » de l’Autrichien Markus Schleinzer. © picture alliance / ABBfoto
Le palmarès de la Berlinale sera dévoilé samedi soir. L’actrice allemande Sandra Hüller a les faveurs de la critique pour son rôle dans « Rose ». Les films allemands ont été salués pour leur qualités. Quelles productions ont marqué cette 76e édition ?
On ne présente plus Sandra Hüller. L’actrice allemande de 47 ans, révélée par le film Toni Erdmann (2016), héroïne de Anatomie d’une chute (2023) et de La zone d’intérêt (2023), a reçu un César et été nominée aux Oscars et aux Golden Globes. Ce samedi, elle sera l’une des grandes favorites lorsque sera dévoilé le palmarès de la 76e Berlinale. Les critiques ont été impressionnés par son interprétation d’une femme du 17e siècle qui se fait passer pour un homme dans le film Rose de Markus Schleinzer.
Dans ce drame historique, le réalisateur autrichien raconte l’histoire d’une jeune femme contrainte de se faire passer pour un homme pour survivre dans une société profondément patriarcale au lendemain de la Guerre de Trente Ans (1618-1648). Sous cette identité masculine, Rose (Sandra Hüller) accède à des espaces de liberté qui lui seraient interdits en temps que femme. Mais son imposture devient progressivement un piège. Le film, tourné en noir et blanc avec une mise en scène épurée, a été l’un des temps forts de la Berlinale. Il semble avoir de bonnes chances de figurer au palmarès.
Films allemands de qualité
À la Berlinale, la directrice du festival, Tricia Tuttle, a salué la qualité des films allemands. Une valeur sûre est, par exemple, le film Yellow Letters de lker Çatak. Considéré comme une figure de proue du cinéma allemand depuis sa nomination aux Oscars pour La salle des profs (2024), le réalisateur allemand transporte le spectateur en Turquie, où il puise ses origines. Il met en scène la vie d’un couple d’artistes turcs dont la vie bascule lorsque ses œuvres sont perçues comme subversives par les autorités. Avertissements, pressions, autocensure, puis répression frontale se succèdent. Le film montre l’érosion progressive de la liberté et la manière dont la peur modifie les comportements. Il porte un message universel dénonçant la censure et la répression des régimes autoritaires.
Yellow Letters (Gelbe Briefe) est l’un des trois films allemands engagés dans la compétition pour les Ours d’or et d’argent, parmi les 22 films de la sélection officielle. À ses côtés figure Angela Schanalec, déjà lauréate de deux Ours d’or pour la meilleure réalisation et le meilleur scénario, et qui revenait à Berlin avec My Wife Cries (Meine Frau weint), et Eva Trobisch, qui présentait Home Stories (Etwas ganz Besonderes). Home Stories, drame familial qui explore les tensions générationnelles et la complexité des liens familiaux, est aussi considéré par la critique comme un candidat sérieux pour une place au palmarès.
Le ministre fédéral adjoint à la Culture, Wolfram Weimar, ne peut que se féliciter de cet accueil fait aux films allemands. Le gouvernement vient d’adopter un projet de loi pour contraindre les plateformes et les diffuseurs à financer des investissements dans la production cinématographique en Allemagne. Wolfram Weimar appelle à produire des « films allemands à succès ».
Des personnages féminins marquants
Au-delà du cinéma allemand, plusieurs films ont marqué cette 76e Berlinale, portés par des personnages forts et souvent féminins. C’est le cas de At the Sea du Hongrois Kornél Mundruczó. Cette étude de caractère intime retrace le parcours de Laura (Amy Adams), une ancienne alcoolique qui retrouve sa famille après une cure de désintoxication.
Dans la section Berlinale Special Gala, Isabelle Huppert a également marqué les esprits en interprétant un rôle de vampire dans la comédie sombre et baroque de Ulrike Ottinger The Blood Countess (Die Blutgräfin). Le scénario, co-écrit avec la Prix Nobel de littérature Elfriede Jelinek, plonge dans la psyché tourmentée de la comtesse hongroise du 17e siècle Elizabeth Báthory, accusée d’avoir tué de jeunes femmes pour préserver sa jeunesse. Il oscille constamment entre mythe et réalité, horreur psychologique et drame historique.
À la Berlinale, le public a pu applaudir une sélection équilibrée de films à la forme exigeante et de films narrativement plus accessibles. Le western métaphorique Salvation (Kurtulus) d’Emin Alper sur le conflit et la violence sociale a été apprécié pour son intensité. Flies (Moscas), film du Mexicain Fernando Eimbcke sur la solitude et la connexion humaine, a été remarqué pour sa sensibilité et son langage visuel.
Thèmes sociaux et politiques
Les thèmes sociaux et politiques ont dominé la Berlinale. Les questions d’identité, de lutte sociale, la mémoire collective, l’émancipation ou encore maladie ont occupé une large place à l’écran et dans les débats, avec des films comme In a Whisper de la Tunisienne Leyla Bouzid, qui explore les relations personnelles complexes dans une société en mutation, Nina Roza de la Canadienne Geneviève Dulude-De Celles, qui retrace le parcours d’une jeune immigrée entre espoirs, frustrations et découvertes identitaires, ou Dao du Franco-Sénégalais Alain Gomis.
La Berlinale a aussi été traversée cette année par les débats politiques. Y compris par des débats de fond sur la place des positionnements politiques dans le cinéma et les festivals.
A.L.