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Siegfried Lenz, une conscience toujours actuelle

L’écrivain Siegfried Lenz (1926-2014) aurait eu 100 ans le 12 mars. L’auteur dans le téléfilm "Ein Kriegsende" (Fin de guerre) (1984) de Volker Vogeler.

L’écrivain Siegfried Lenz (1926-2014) aurait eu 100 ans le 12 mars. L’auteur dans le téléfilm « Ein Kriegsende » (Fin de guerre) (1984) de Volker Vogeler. © picture alliance/United Archives | United Archives / kpa

19.03.2026 - Article

Siegfried Lenz (1926-2014), conteur d’exception, écrivain de la mémoire et de la responsabilité, a été une voix majeure de la littérature allemande de l’après-guerre. Il aurait fêté ses 100 ans cette semaine. Son œuvre demeure d’une grande actualité.

Les flots sombres de la mer du Nord, les horizons clairs de la côte Baltique, la brume flottant sur les lacs de Mazurie, les prairies humides du delta de la Vistule : il a gravé dans nos mémoires les paysages atmosphériques de la Prusse orientale et du nord de l’Allemagne. Siegfried Lenz (1926-2014) était l’une des grandes voix de la littérature allemande d’après-guerre. Conteur d’exception, romancier, nouvelliste, essayiste et dramaturge traduit en vingt langues, il a consacré son œuvre à interroger la responsabilité individuelle et collective face au passé nazi. Il aurait fêté son centenaire le 17 mars. Il a encore beaucoup à nous dire.

Chroniqueur de l’Allemagne d’après-guerre

S’il reste aussi actuel, cela tient d’abord à sa biographie. Né à Lyck en Prusse orientale, Siegfried Lenz appartient à la génération de Günter Grass et Martin Walser. Une génération qui a grandi sous le nazisme, vécu l’expérience de la guerre et atteint l’âge adulte dans les ruines de 1945.

Mobilisé dans la marine allemande en 1943, Siegfried Lenz déserte peu avant la fin de la guerre, puis il est fait prisonnier par les Britanniques au Danemark. En 1945, il s’installe à Hambourg. Il débute des études de philosophie, d’anglais et de littérature qu’il ne termine pas. Il devient journaliste pour le quotidien Die Welt. Mais dès 1951, après le succès de son premier roman (Es waren Habichte in der Luft), il se consacre entièrement à l’écriture.

Les thèmes de son œuvre - la culpabilité historique, la responsabilité individuelle et la tension entre la loi et la morale - s’inspirent des expériences de cette génération. Ce sont des interrogations fondamentales toujours actuelles. Lenz se fait le chroniqueur de la société d’après-guerre. Il en explore les conflits latents. Son bestseller, La leçon d’allemand (Deutschstunde), paraît en 1968, année de la révolte étudiante qui voit la génération née après la fin du nazisme demander des comptes à ses parents.

La responsabilité individuelle dans la tension entre la loi et la morale

Le personnage principal de ce roman, Siggi Jepsen, est incarcéré dans un centre de détention pour mineurs à Hambourg. Il doit rédiger une dissertation sur les joies du devoir. Il prend pour thème un épisode vécu sous le nazisme : son père, policier, doit surveiller un artiste soumis par les autorités à une interdiction de peindre. Il devient de plus en plus sévère et zélé. Il charge son fils d’espionner le peintre. Peu à peu, le jeune garçon se lie d’amitié avec ce dernier et devient son confident. Il est tiraillé entre son obéissance envers son père et son admiration pour le peintre.

Le roman explore la responsabilité individuelle face à la loi et la morale dans un contexte oppressif. C’est un thème récurrent. Dans le roman posthume Le Transfuge (Der Überläufer), refusé par son éditeur en 1951, Siegfried Lenz décrit un soldat de la Wehrmacht rentrant à l’été 1944 sur le front de l’Est après une permission en Allemagne. Son train saute. Il est l’un des seuls rescapés. Il rejoint une petite unité de soldats allemands qui surveille une voie ferrée. Le poste est éloigné de tout. Il vit l’enfer sous la férule d’un commandant cynique avant de décider de déserter. « Qui est-ce qui a le contrôle des valeurs de ce monde ? Toi seul  », lui a dit un camarade.

Les paysages du Nord pour horizon

Répétition de l’adaptation de la nouvelle « Le bateau-feu » au théâtre Ohnsorg à Hambourg en 2023.
Répétition de l’adaptation de la nouvelle « Le bateau-feu » au théâtre Ohnsorg à Hambourg en 2023. © picture alliance/dpa | Markus Scholz

Lenz prend le lecteur par la main, comme un allié, pour le mener à travers le récit dans un style sobre et précis. Son univers littéraire tourne souvent autour de l’Allemagne du Nord et de la Masurie de son enfance.

Dans Heimatmuseum (non traduit), paru en 1978, il met en scène un village fictif de cette région de Prusse orientale, dont la population allemande a été expulsée après 1945. Il évoque la mémoire et la perte, la culpabilité et la responsabilité après le nazisme, le danger d’une mémoire figée ou manipulée par une appropriation idéologique, la difficulté de transmettre le passé de manière juste.

Ses descriptions de la nature sont mémorables. Elles font aussi de lui un pionnier de l’écologie. Engagé au Parti social-démocrate (SPD), défenseur de l’Ostpolitik de Willy Brandt et ami de son successeur, Helmut Schmidt, Siegfried Lenz a toute sa vie pris la défense de la nature.

Une œuvre intemporelle


Ses œuvres sont finalement intemporelles. À l’occasion de son centenaire, son ancien éditeur Günter Berg, aujourd’hui président de la Fondation Siegfried Lenz, écrit dans l’hebdomadaire Die Zeit : « Il écrivait des histoires pour améliorer sa compréhension du monde. Par sa littérature, il proposait de le suivre sur le chemin de la quête de certitude. »

Il ajoute ailleurs : « nombre de ses récits frappent par leur actualité autant que par leur intemporalité. (..) Lenz met en scène des existences prises dans des situations de conflit, avec une langue d’une grande modernité, fluide et immédiatement accessible ». L’attention qu’il porte aux relations humaines rend également ses œuvres très contemporaines.

A.L.

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