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À Francfort, un voyage immersif dans l’univers de Wim Wenders

Harry Dean Stanton dans “Paris, Texas” de Wim Wenders.

Harry Dean Stanton dans « Paris, Texas » de Wim Wenders. © 1984 Road Movies Filmproduktion – Argos Films. Avec l’aimable autorisation de la Fondation Wim Wenders – Argos Films

26.03.2026 - Article

Depuis six décennies, Wim Wenders pose sur le monde un regard introspectif et mélancolique. Pour ses 80 ans, le musée allemand du cinéma de Francfort/M. consacre au grand cineaste allemande une retrospective foisonnante.

« Du Nouveau cinéma allemand, Alexander Kluge était la tête, Werner Herzog la volonté, Volker Schlöndorff les mains et les pieds, Rainer Werner Fassbinder le cœur – et Wim Wenders l’œil ». Tel est, selon le critique de cinéma Wolfram Schütte, le casting de la génération de cinéastes qui a renouvelé le 7e Art en Allemagne à partir des années 1960. Wim Wenders en est l’une des figures majeures. Avec un don d’observation unique et une profonde empathie pour les lieux et les états d’âme, il a appris au public à regarder le réel autrement. À l’occasion de ses 80 ans, le musée du cinéma allemand de Francfort-sur-le-Main lui consacre une rétrospective d’une grande richesse.

« Wenders in Motion  »

Affiche officielle de l’exposition.
Affiche officielle de l’exposition. © Musée allemand du film, Francfort-sur-le-Main

Elle s’intitule « W.I.M. Im Lauf der Zeit ». Wim Wenders a lui-même forgé l’acronyme « W.I.M. », qu’il l’interprète volontiers comme l’expression de « Wenders In Motion ». Il se voit avant tout comme « un voyageur, avant d’être un réalisateur ou un photographe », dit-il. Le voyage est un leitmotiv de ses films. Ses personnages sont des êtres mélancoliques, en quête de sens et toujours en mouvement, que ce soit par le train, la voiture, la moto ou l’avion.

C’est donc à un voyage que l’exposition invite. À un périple immersif au cœur de la vie et de l’œuvre du réalisateur qui a porté à l’écran Paris, Texas, Les Ailes du désir, Buena Vista Social Club, Pina ou Perfect Days. Wim Wenders sert lui-même de guide au visiteur, qui se laisse porter par sa voix via un audioguide spécialement conçu et enregistré.

L’aventure débute le 14 août 1945. Wim Wenders naît à Düsseldorf. Son enfance est plombée par l’ennui et la tristesse dans l’Allemagne dévastée de l’après-guerre. Il lit et dessine beaucoup, songe à devenir peintre, puis débute des études de médecine, de philosophie et d’art plastiques. Puis il prend la direction de Paris. Il y découvre, en fréquentant la Cinémathèque française, l’art qui va révolutionner sa vie.

Des trésors dénichés dans les archives

Les commissaires de l’exposition ont eu la riche idée de puiser dans ses archives, rassemblées par la Fondation Wim Wenders. Ils y ont déniché des trésors comme dans une Caverne d’Alibaba : des scénarios, des photos, des accessoires, des costumes, des esquisses et des cahiers de notes. Peut-on mieux résumer six décennies de création qu’à travers ces pièces uniques : le costume de l’ange Damiel (Bruno Ganz) des Ailes du désir, la claquette de tournage de Paris, Texas, les tableaux peints à l’adolescence ou les Polaroids qui ont stimulé les recherches photographiques du cinéaste allemand ?

La musique, indispensable

L’exposition révèle une œuvre aux facettes multiples : du road movie au portrait d’artiste, de l’image à la musique ou à la danse. Elle dévoile la fascination de Wim Wenders pour la pop culture américaine et le rock – dans la morosité de l’après-guerre, « le rock’n-Roll a sauvé ma vie  », dit-il. D’une manière générale, le réalisateur de Buena Vista Social Club, portrait d’icônes de la musique cubaine, ne peut « pas imaginer tourner un film dans lequel la musique ne joue pas un rôle majeur  ».

Du road movie au portrait d’artiste

Bruno Ganz dans « Les ailes du désir » (titre original : « Der Himmel über Berlin ») de Wim Wenders.
Bruno Ganz dans « Les ailes du désir » (titre original : « Der Himmel über Berlin ») de Wim Wenders. © 1987 Road Movies Filmproduktion – Argos Films. Avec l’aimable autorisation de la Fondation Wim Wenders – Argos Films

Le paysage est l’un de ses autres grands centres d’intérêt. Non seulement ceux des grands espaces américains (Paris, Texas), mais aussi ceux du Japon, qu’il a découverts grâce au cinéma de Yasujiro Ozu. Souvent, ses œuvres ont un lieu pour point de départ, autour duquel se construit une histoire. « Le lieu est souvent le point de départ. Ce peut être une place sans éclat dans une ville, ou un paysage abandonné à l’autre bout de la planète », explique Wim Wenders. Peintre, photographe, narrateur, il aime travailler sans scénario élaboré, armé d’un simple canevas qui indique la route à prendre. Il capte les impressions, l’atmosphère.

Au total, l’exposition rassemble 350 pièces et objets personnels. Elle montre aussi des extraits de ses films, dont L’Ami américain, Paris, Texas (Palme d’or à Cannes), Les Ailes du désir (Prix de la meilleure réalisation à Cannes), Pina sur la chorégraphe Pina Bausch, Le Sel de la Terre sur le photographe brésilien Sebastião Salgado (nommé aux Oscars) ou Perfect Days (nommé aux Oscars).

Wim Wenders réserve pour finir une surprise au visiteur. Il a créé, spécialement pour l’exposition, une installation immersive en forme de pentagone qui fait dialoguer entre elles des scènes de plusieurs de ses films. Avec un effet parfois étonnant.

A.L.

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