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Mario Adorf, figure du cinéma européen, s’est éteint à 95 ans
Le comédien allemand Mario Adorf dans « Le goût de la violence » (1961) de Robert Hossein © picture alliance / COLLECTION CHRISTOPHEL | Franco London Films - S.N.E.G. - Continentale Produzione - UFA AG -
Il a tourné avec Sophia Loren, Charles Bronson et Jean-Paul Belmondo. Brillant, intense et humain dans les rôles les plus variés, du mafieux au marginal, il était l’une des grandes figures du cinéma allemand et européen. Le comédien Mario Adorf s’est éteint à 95 ans.
Intense, sensible, humain, il était l’un des acteurs préférés des Allemands et l’une des grandes figures germanophones du 7e Art, des planches et de la télévision. Le comédien Mario Adorf s’est éteint cette semaine dans son appartement parisien à l’âge de 95 ans.
Brillant dans les rôles de « méchants »
À l’affiche de 221 films depuis les années 1950, il a donné présence et profondeur aux rôles les plus divers, du mafieux à l’intellectuel raffiné. Il brillait particulièrement dans les rôles de « méchants » dont il savait creuser la complexité, du trafiquant sans scrupules au capitaliste sans foi, ni loi en passant par le gangster et le journaliste cynique.
Son interprétation du cruel trafiquant Santer dans Winnetou de Karl May (1963) reste gravée dans les mémoires, tout comme son rôle d’industriel impitoyable dans la série télévisée Kir Royal d’Helmut Dietl (1986). Il a tourné avec les plus grands, de Billy Wilder à Rainer Werner Fassbinder, en passant par Margarethe von Trotta, Volker Schlöndorff, Dieter Weidel et Claude Chabrol.
Présence à l’écran, souplesse, sensibilité
Né le 8 septembre 1930 à Zurich d’un père italien qu’il ne verra qu’une fois, et d’une mère allemande, Mario Adorf grandit dans des conditions matérielles précaires dans les monts de l’Eifel (ouest de l’Allemagne). Il entreprend des études dans une large gamme de disciplines littéraires et de sciences humaines, avant de se tourner vers l’art dramatique. Il s’y forme de 1953 à 1956 à l’Ecole Otto Falckenberg, à Munich.
Boxer amateur durant ses études, il saura aussi jouer des coudes pour s’imposer sur la scène et à l’écran. Il apparaît à l’écran pour la première fois en 1954, puis il est révélé en 1957 dans le film Nachts, wenn der Teufel kam de Robert Siodmak, dans lequel il interprète un meurtrier en série. Il enchaîne alors les films et les rôles : il joue un chansonnier impertinent (Das Mädchen Rosemarie, 1958), le cerveau d’une bande de jeunes berlinois (Am Tag als der Regen kam, 1959), un marin (Das Totenschiff, 1959).
Il apprend les langues, qui deviennent un tremplin pour sa carrière et le mènent jusqu’à Hollywood. Il parle couramment allemand, anglais, français et italien. Il épousera d’ailleurs une Française, et s’installera successivement en Allemagne, en Italie et en France.
Du Nouveau cinéma allemand à la télévision
Contrairement à beaucoup de comédiens des années 1950, il parvient à surfer sur la vague du Nouveau cinéma allemand. Il travaille avec Volker Schlöndorff (L’honneur perdu de Katharina Blum, 1978, Le Tambour, 1979) et Rainer Werner Fassbinder (Lola, 1981). Puis, il aborde dans les années 1990 l’âge de la maturité sans réduire la cadence. Il apparaît dans de grandes séries télévisées, telles que Le Grand Bellheim, où il joue un magnat des grands magasins, ou Der Schattenmann (1996). En parallèle, il ne cesse, tout au long de sa carrière, d’interpréter des rôles au théâtre, son autre grande passion.
Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, lui a rendu hommage. « Mario Adorf était l’un des plus grands acteurs allemands, tant au théâtre qu’au cinéma. Il a enrichi la vie culturelle bien au-delà des frontières de notre pays et était vénéré à l’échelle internationale. Que ce soit dans le cinéma d’auteur allemand, le cinéma italien ou à Hollywood : il était partout chez lui – sans jamais se perdre pour autant », a-t-il écrit.
« À travers ses nombreux rôles, il nous a fait découvrir les forces et les faiblesses de l’être humain – avec une grande intensité et beaucoup de sensibilité », a-t-il ajouté. « Mario Adorf faisait rayonner ses personnages grâce à sa puissance verbale inimitable et à sa présence physique – et, par son art, il nous faisait rire et pleurer, il nous faisait même compatir avec les scélérats et les méchants qu’il incarnait si souvent. »
A.L.