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Max Ernst - August Macke : une amitié, deux destins

Max Ernst, Straße in Paris (Rue à Paris), 1912. Kunstmuseum Bonn

Max Ernst, Straße in Paris (Rue à Paris), 1912. Kunstmuseum Bonn © VG Bild-Kunst, Bonn 2025

17.04.2026 - Article

Le surréaliste Max Ernst nous a légué une œuvre à l’imaginaire foisonnant. Si Paris a été le centre de gravité de sa vie, c’est Bonn qui l’a vu naître en tant qu’artiste. À l’occasion du cinquantenaire de sa mort, une exposition éclaire ses débuts. Et une rencontre décisive.

Il a gravé dans nos imaginaires un univers rempli de rêves, d’oiseaux, de forêts mystérieuses et de hasards. Célèbre pour ses collages à l’inventivité radicale, il était l’une des grandes voix du surréalisme, un camarade d’André Breton, Paul Éluard ou Jean Arp. À Paris, à New York, Max Ernst (1891-1976) a marqué l’art du 20e siècle. À l’occasion du 50e anniversaire de sa mort, une exposition à Bonn dévoile une période méconnue de sa vie : ses débuts sur les bords du Rhin et son amitié avec le peintre expressionniste allemand August Macke (1887-1914).

Le tournant de la Première Guerre mondiale

Max Ernst aimait à dire qu’il était né deux fois. Il avait vu le jour le 2 avril 1891 à Brühl, près de Cologne. Mais selon lui, il était mort lors de sa mobilisation pendant la Première Guerre mondiale. Puis né une deuxième fois à son retour du front français et polonais pour devenir un magicien et découvrir le mythe de son époque. En 1922, il s’installera à Paris et deviendra l’une des figures de proue de l’avant-garde artistique internationale.

Quatre ans après l’armistice, sa région natale de Rhénanie lui a-t-elle paru trop étriquée ? En tout cas, la guerre et son absurdité ont constitué le tournant de sa vie, sur le plan personnel et artistique. Elles ont aussi fait disparaître un monde autour de lui. Un monde avec ses êtres, notamment son ami et mentor, le peintre expressionniste August Macke, fauché en Champagne dès les premières semaines du conflit, à 27 ans.

Des débuts méconnus au sein de l’expressionnisme rhénan

Max Ernst, Von der Liebe in den Dingen (De l’amour dans les choses), 1914. Kunstmuseum Bonn
Max Ernst, Von der Liebe in den Dingen (De l’amour dans les choses), 1914. Kunstmuseum Bonn © VG Bild-Kunst, Bonn 2025

August Macke, météore de la peinture, est entré dans l’histoire comme l’une des grandes figures de l’expressionnisme. La guerre a séparé leurs destins. Max Ernst a vécu 85 ans et créé pendant sept décennies. Il a délaissé l’expressionnisme pour le dadaïsme et le surréalisme. Il a quitté l’Allemagne pour la France (et les États-Unis). Mais un lien solide a uni pendant quelques années les deux artistes rhénans au début des années 1910.

Un lien rarement mis en lumière, qui fait aujourd’hui l’objet de l’exposition « Visions de la modernité - August Macke et Max Ernst  ». Présentée au musée August Macke de Bonn jusqu’au 23 août 2026, elle rassemble quelque 80 toiles, sculptures, travaux sur papier, photos et documents des deux artistes. On y découvre, entre autres, une huile de jeunesse inédite de Max Ernst.

Passionné de peinture, mais autodidacte, ce dernier était étudiant à Bonn quand il a rencontré August Macke, son aîné de quatre ans. Le peintre expressionniste, voix majeure du Cavalier bleu, était l’un des pivots du réseau artistique constitué autour de l’expressionnisme rhénan. Max Ernst est rapidement devenu l’un des invités réguliers de la famille Macke. En 1913, c’est lors d’une exposition organisée par August Macke sur l’expressionnisme rhénan qu’il a pour la première fois exposé publiquement ses tableaux.

Une amitié et des visions parallèles de l’art

August Macke, Begrüßung (Salutation), 1912. Museum August Macke Haus
August Macke, Begrüßung (Salutation), 1912. Museum August Macke Haus © Maison musée August Macke

Les deux artistes possédaient de nombreux atomes crochus. Ils avaient le sens de l’humour. Ils avaient une fascination pour l’art des siècles passés comme pour l’art de leur temps, notamment pour la peinture française de Matisse et Delaunay.

Ils avaient des visions convergentes sur l’art. Ils peignaient la vie sociale, le monde du théâtre, de la danse, les parcs et les zoos. Leurs toiles firent bientôt apparaître des parallèles stylistiques, même si Max Ernst sera toujours à la recherche de moyens d’expression nouveaux.

Ils peignaient aussi leur environnement commun, à Bonn et dans sa région. Macke prenait pour sujets différents lieux de la ville, son quartier et les champs autour de sa maison. Ernst représentait la vie étudiante, ses camarades d’études et ses professeurs, souvent avec une note d’humour.

La perception visuelle jouait un grand rôle pour l’un comme pour l’autre. Pour Ernst, le regard était surtout synonyme de vision intérieure et d’association visuelle entre les structures picturales. Pour Macke le mouvement de l’œil devant une œuvre d’art contribuait fondamentalement à la vitalité de celle-ci.

Ils étaient aussi l’un et l’autre mariés à des femmes très versées dans l’art, qui furent des actrices majeures de leurs carrières respectives. L’exposition consacre d’ailleurs une salle spécifique aux rôles joués par Luise Straus, première épouse de Max Ernst, et à Elisabeth Erdmann.

De cette période fondatrice, Max Ernst écrira plus tard : « Je garde de l'inoubliable August Macke le souvenir d'un enthousiasme sincère et intelligent, d'une générosité et d'une exubérance sans pareilles. Ses tableaux, qui se situaient à l'opposé de ce que j'avais déjà en tête, même si c'était encore vague, se distinguaient par leur calme presque troublant, leur véritable élégance et leurs charmes visuels exceptionnels. Chacun d'entre eux était sans doute un  »régal pour les yeux« .

A.L.

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