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Hans Hansen ou la révolution de l’image publicitaire
HANS HANSEN (* 1940). Sans titre (Campari, glaçons), œuvre libre, 1976. Tirage C-Print, H. 31,5 cm, L. 39,4 cm © Musée des arts et métiers de Hambourg
Sobres, épurés, structurés : ses clichés ont révolutionné la photo publicitaire. Hans Hansen a navigué entre la photo commerciale et l’art. Il a transformé notre regard sur les objets. Le musée des arts et métiers de Hambourg lui consacre une rétrospective.
En 1988, il a mis en pièces la légendaire Coccinelle : 6 843 composants patiemment démontés, puis sagement rangés sur l’image. La mise en scène est minimaliste. Le client de Volkswagen voit ce qu’il reçoit en échange de son argent. Le cliché, mondialement célèbre, porte la signature inimitable d’un des plus éminents photographes publicitaires allemands : Hans Hansen. Le musée des arts et métiers de Hambourg lui consacre une vaste rétrospective jusqu’au 1er novembre.
L’itinéraire de ce créateur d’images iconiques vaut qu’on s’y arrête. Né en 1940 à Bielefeld, Hans Hansen se forme à la lithographie, puis au graphisme appliqué à l’Académie nationale des arts de Düsseldorf. Il vient à la photo en autodidacte, par passion. De 1963 à 1967, il collabore avec le directeur artistique Jack Piccolo de l’agence DBB (Doyle Dane Bernbach) pour la campagne mondiale de la compagnie aérienne Lufthansa. Il parcourt le monde et s’inspire de l’esthétique de la photo de presse : panoramas grandioses, sites célèbres, animaux en liberté.
Auteur d’images iconiques pour la publicité
À partir de la fin des années 1960, il travaille pour les grandes marques de l’industrie automobile : Volkswagen, Porsche, Mercedes-Benz, Fiat, Renault. Ses mises en scène sont précises, sa technique impeccable. Il trouve une solution visuelle efficace pour chaque sujet. Ses clichés frappent l’œil. Ils transforment le regard du public sur cet objet du quotidien qu’est l’automobile : elle se donne à voir comme un objet presque hors d’atteinte, lustré, sans présence humaine, débarrassé de toute réflexion parasite.
En 1970, Hans Hansen ouvre son premier atelier à Hambourg. Année après année, il poursuit sa recherche. Il aborde sans cesse de nouveaux sujets : les meubles, les aliments, le vêtement, les matériaux. Il saisit les pores à la surface des fraises grossies au zoom. Il aligne des rangées d’avocats. Il se concentre sur la photographie d’objets. Puis, à partir des années 1980, il se tourne également vers des projets artistiques. Il affectionne les natures mortes utilisant des objets en verre. Il développe pour ce matériau une véritable passion. Il travaille pour des magazines. Les sujets évoluent, la signature s’affirme.
L’objet dépouillé dans sa matérialité
L’approche de Hans Hansen est centrée sur l’objet. Le photographe cherche à en rendre avec précision la forme et la matérialité. Il démonte les objets du quotidien, puis dispose méticuleusement leurs éléments sur des surfaces monochromes. Il utilise le rétroéclairage et l’éclairage par transparence des objets pour créer des silhouettes. Les objets, réduits à deux dimensions, semblent flotter sur un fond blanc. Il joue des miroirs dans les surfaces de verre et d’eau. Il capte le mouvement. Il a un sens aigu de la qualité.
« Il a transformé notre regard sur les choses »
Les photographies de Hans Hansen, « d’une grande clarté et d’une composition extrêmement maîtrisée, ont profondément transformé notre regard sur les choses », souligne la directrice du musée, Tulga Bewerle. Ses œuvres sont « immédiatement reconnaissables ». Elles orientent le regard « avec une clarté radicale vers l’univers quotidien des objets et du design. » Même lorsqu’ils semblent anodins, « chaque lumière, chaque ombre est rigoureusement pensée et contribue à affiner notre perception des objets représentés, qui apparaissent souvent empreint de mystère ». Réduits à leur essence, les objets se dépouillent de tout superflu.
De ce travail immense, qui s’étend sur plus de six décennies, le musée des arts et métiers dévoile 220 clichés, affiches et documents. Ils puisent dans les archives de Hans Hansen lui-même, que le photographe a confiées au musée en 2021. Ils vont des travaux de jeunesse aux plus récents, dont l’ouvrage Analog (2024), album réflexif sur sa photographie, et la série Glascollagen, réalisée avant la fermeture de son atelier en janvier 2026.
Last but not least, une partie de l’exposition est immersive : le visiteur pénètre dans l’atelier de Hans Hansen, reconstitué à l’identique dans une installation. Une manière très concrète de se familiariser avec son approche et sa technique.
A.L.