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Une exposition sur les Germains, « entre pouvoir et mythe »
Un harnais de cheval présenté dans l’exposition « Guerriers perdus – Les Germains entre pouvoir et mythe », au musée de Kalkriese, site présumé de la bataille de Teutoburg. © picture alliance/dpa | Friso Gentsch
Quel était le mode de vie des Germains dans le nord de l’Allemagne entre le 2e et le 5e siècle ? Pourquoi mettaient-ils des objets en pièces, puis les jetaient-ils dans des lacs ? Une exposition près d’Osnabrück retrace la vie de ce peuple énigmatique grâce à l’archéologie.
C’est l’un des sites archéologiques les plus importants d’Europe. Kalkriese, près d’Osnabrück (Basse-Saxe), aurait été le théâtre de la bataille de Teutoburg qui vit trois légions romaines anéanties par les Germains d’Arminius en 9 après J.C. Mais que sait-on du mode de vie de ces guerriers ? Jusqu’au 7 novembre 2026, le musée de Kalkriese accueille une riche exposition archéologique qui découvre un coin du voile.
Elle s’intitule « Guerriers perdus. Les Germains entre pouvoir et mythe ». Elle présente 1 200 pièces issues de fouilles archéologiques : un masque muni d’un couvre-chef, connu sous le nom de masque de Thorsberg, des disques ornementaux richement décorés, des armes bien conservées telles que des arcs, des flèches, des pointes de lances, des épées, des boucliers, ainsi que des textiles.
Ponts inédits entre des sites archéologiques majeurs
Ils proviennent du Musée archéologique du château de Gottorf, dans le Schleswig-Holstein. Cet autre centre archéologique majeur du nord de l’Allemagne a prêté sa collection le temps de réaliser des travaux de rénovation. Un prêt « inédit par son ampleur », souligne le musée de Kalkriese. Il réunit des objets mis au jour depuis le 19e siècle dans les tourbières de Thorsberg et de Nydam, à la frontière entre l’actuel Danemark et le land de Schleswig-Holstein.
Ce trésor archéologique illustre une pratique qui demeure, aujourd’hui encore, une énigme pour les archéologues : entre le 2e et le 5e siècle de notre ère, les guerriers germains ont jeté dans ces tourbières de grandes quantités d’armes, d’équipements et d’objets du quotidien. L’exposition analyse ces découvertes et dévoile le mode de vie des Germains. Elle jette aussi des ponts avec la collection du musée de Kalkriese et les découvertes faites sur place.
« La présentation conjointe de ces (différents) ensembles de découvertes approfondit non seulement la compréhension des pratiques culturelles dans la Germanie de l’époque impériale », souligne Christine Regus, secrétaire générale de la Fondation culturelle des länder. « Elle montre aussi combien le travail mené à partir d’objets concrets peut être fécond pour la recherche. S’agissant de récits historiques fondateurs pour l’identité collective, comme la bataille de Teutoburg, une approche nuancée et solidement étayée sur le plan scientifique revêt une importance particulière pour la société. »
Kalkriese est-il vraiment le site de la bataille de Teutoburg ?
Toutefois, le site de Kalkriese, situé à une vingtaine de kilomètres d’Osnabrück, est-il bien le site qui a vu les Germains d’Arminius infliger à la Rome impériale l’une des pires défaites de son histoire ? La question n’a pas encore reçu de réponse définitive. Un double travail de recherche présenté en février dernier vient cependant apporter de nouveaux éléments en faveur de cette hypothèse, formulée dès le 19e siècle par l’historien Theodor Mommsen.
Uta Schröder, de l’Université de Bonn, a analysé dans une thèse 5 400 objets trouvés sur le site. Elle a prouvé qu’une bataille impliquant des légions romaines a bien eu lieu à Kalkriese au début du 1er siècle après J.C., sans toutefois pouvoir affirmer avec certitude qu’il s’agit de la bataille de Teutoburg. Parallèlement, la spécialiste des matériaux Anika Lüttmann, de l’Université technique de Georg Agricola de Bochum, a découvert dans une seconde thèse l’empreinte métallique des objets trouvés lors des fouilles. Elle a pu identifier avec certitude la présence de la 19e légion romaine, l’une des trois légions de Varus décimées en 9 après J.C.
Le site de Kalkriese n’a pas encore livré tous ses secrets. Aux archéologues, il pose un problème difficile. Les sources écrites datant de l’Antiquité qui mentionnent la bataille de Teutoburg ne permettent pas d’identifier son théâtre avec précision. Inversement, les découvertes faites sur place ne trouvent pas de confirmation dans les documents écrits. Et la datation des monnaies ne permet pas non plus d’avancer à ce stade avec suffisamment de précision. Les recherches se poursuivent.
A.L.