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Paul Cassirer, l’homme qui a fait découvrir l’impressionnisme aux Allemands

Édouard Manet, Le Déjeuner, 1868

Édouard Manet, Le Déjeuner, 1868 © Collections de peintures de l’État bavarois – Neue Pinakothek Munich / Photo : Sibylle Forster

28.05.2026 - Article

Le Berlinois Paul Cassirer (1871-1926) était l’un des marchands d’art les plus influents de son temps. Passeur décisif de la modernité artistique, il a été le principal relais de l’impressionnisme français en Allemagne. Berlin lui consacre une exposition.

Il y a cent ans, le 7 janvier 1926, à Berlin, Paul Cassirer se blessait d’un coup de feu après la signature de ses papiers de divorce avec sa seconde épouse, l’actrice Tilla Durieux. Il devait succomber à ses blessures deux jours plus tard. C’était la fin tragique d’un personnage hors du commun. Marchand d’art, éditeur, galeriste, Paul Cassirer (1871-1926) avait été pendant un quart de siècle une figure majeure de la vie culturelle allemande et un passeur décisif de la modernité artistique. On lui doit notamment d’avoir diffusé l’impressionnisme français en Allemagne à une époque où il restait controversé dans les cercles académiques allemands. À l’occasion du centenaire de sa mort, le musée de l’Alte Nationalgalerie, à Berlin, lui consacre une grande exposition.

120 œuvres exposées à Berlin

Max Slevogt, Porträt Suzanne Aimée Cassirer, 1901
Max Slevogt, Porträt Suzanne Aimée Cassirer, 1901 © Collection privée, ancienne collection Suzanne Aimée Cassirer
Intitulée « Cassirer et la percée de l’impressionnisme », elle rassemble 120 œuvres majeures de l’impressionnisme et de la modernité classique. Les peintres français Claude Monet (Le verre de pêche), Édouard Manet, Paul Cézanne, Edgar Degas (Les musiciens de l’orchestre), Auguste Renoir (En été, Lise à l’ombrelle) y côtoient Vincent van Gogh (Autoportrait), Max Liebermann (L’Atelier du cordonnier) et les impressionnistes allemands Lovis Corinth et Max Slevogt. C’est un portrait saisissant de Paul Cassirer qui met en lumière ses méthodes et ses stratégies pour promouvoir la modernité artistique.


Un pont entre la France et l’Allemagne

Paul Cassirer au début des années 1920
Paul Cassirer au début des années 1920 © Nimbus. Kunst und Bücher

L’histoire débute le 1er novembre 1898. Cassirer, né en 1871 à Breslau dans une famille juive de la grande bourgeoisie, ouvre son salon d’art avec son cousin Bruno dans le quartier du Tiergarten. C’est une élégante villa. Tout la distingue déjà de la concurrence. L’accrochage est aéré, à mille lieues de l’entassement habituel. Les œuvres sont disposées à hauteur des yeux. L’ambition est de donner à l’art moderne international une scène digne de lui.

Dès 1901, Paul Cassirer gère seul la galerie. Fortement implanté dans la scène culturelle de son temps, il bâtit un réseau tentaculaire qui s’étend jusqu’aux marchands parisiens comme Durand-Ruel. Grâce à ces contacts réguliers, il présente au public germanophone une quantité inédite de toiles de Manet, Monet, Renoir, Cézanne et Degas. Sa galerie devient un carrefour essentiel entre les artistes français et allemands.

Grâce à sa relation privilégiée avec Johanna van Gogh-Bonger, il expose aussi Van Gogh en Allemagne, comme personne avant lui. La découverte du peintre néerlandais est aussi l’une de ses plus belles découvertes. Après dix ans d’activité, le salon compte déjà quelque 130 expositions à son actif.

Paul Cassirer et l’Alte Nationalgalerie, une longue histoire

Vincent van Gogh, Selbstporträt, 1887
Vincent van Gogh, Selbstporträt, 1887 © Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)

Paul Cassirer fait entrer de nombreux chefs-d’œuvre de l’art moderne dans les collections et les musées allemands. Il noue un partenariat fructueux avec le directeur progressiste de l’Alte Nationalgalerie, Hugo von Tschudi. Ce dernier achète régulièrement au salon Cassirer, en s’appuyant sur des mécènes privés. Ils travaillent main dans la main pour changer le regard des Allemands sur la modernité artistique et donner à celle-ci une visibilité nouvelle en Allemagne.

Cet engagement passionné pour la modernisation du goût artistique ne va toutefois pas sans obstacle dans l’Allemagne de Guillaume II. En 1899, l’empereur lui-même exige que les impressionnistes français soient relégués à une place « moins en vue » dans les salles du musée. En 1908, Tschudi est mis en congé forcé. Les polémiques publiques se multiplient : en 1904, une querelle retentissante oppose partisans et adversaires de l’impressionnisme. Cassirer répond, argumente. Il ne recule jamais.

Secrétaire de la Sécession berlinoise

Il joue aussi un rôle essentiel dans la promotion des jeunes artistes de la Sécession berlinoise, qui se posent en rupture avec l’académisme. Il donne de la visibilité aux impressionnistes allemands Max Liebermann, Lovis Corinth et Max Slevogt. Il contribue à leur reconnaissance institutionnelle. Son influence s’accroît encore lorsqu’il devient secrétaire de la Sécession berlinoise. Il promeut un vaste éventail d’artistes de l’avant-garde d’Edvard Munch à Oskar Kokoschka en passant par August Gaul, Ernst Ludwig Kirchner et Gabriele Münter.

L’œil visionnaire de Paul Cassirer en fait un passeur entre les avant-gardes mais aussi entre les artistes, les marchands et le public. L’exposition se concentre sur l’activité de son salon, de 1898 à 1933. Une citation de Goethe gravée sur sa tombe résume la quintessence d’une vie que l’on peut qualifier d’exceptionnelle : « Né pour voir, destiné à regarder ».

A.L.

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