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Beckmann, Kirchner, Picasso : six décennies d’art moderne exposées à Hambourg
René Magritte, « Le Palais des Rideaux », 1928. © VG Bild-Kunst, Bonn 2026 / © SHK / Hamburger Kunsthalle / ARTOTHEK / Photo: Christoph Irrgang
La Hamburger Kunsthalle a puisé dans ses collections d’art moderne 150 œuvres du 20e siècle en rupture avec les traditions picturales de leur époque. Une exposition qui foisonne de créativité, à voir jusqu’au 30 mai 2027.
Quatre ombres, quatre silhouettes fantomatiques vêtues d’une capuche grise tapissée de ciel, de verdure, de fibres de bois : le « Palais de Rideaux » (1928) de René Magritte (1898-1967) est un saisissant rébus qui brouille les frontières entre le réel et l’illusion. Ce chef-d’œuvre du surréaliste belge a été acquis il y a un an par la Hamburger Kunsthalle pour 2,4 millions d’euros. Il est aujourd’hui l’une des figures de proue de la nouvelle exposition du musée, consacrée à la modernité picturale.
Intitulée « This is the modern world. Durchbrüche in der Kunst 1900-1960 », elle réunit 150 œuvres provenant de ses collections d’art moderne. Elle illustre le foisonnement créatif des six premières décennies du 20e siècle.
Une pléiade d’avant-gardes s’y rencontre dans un fructueux échange : les expressionnistes de Die Brücke et du Cavalier bleu, l’École de Paris, les pionniers de l’art moderne et de l’art abstrait, les surréalistes, la Nouvelle Objectivité, l’Art informel de l’après-guerre.
Profusion d’avant-gardes
On y croise une liste de maîtres : Ernst Ludwig Kirchner, Wassily Kandinsky, Georges Braque, Edvard Munch, Paula Modersohn-Becker, Lovis Corinth, Max Beckmann, Anita Rée, Sophie Taeuber-Arp, René Magritte, Christian Schad, Wols. Tous les artistes, tous les courants qui ont voulu en leur temps rompre avec la tradition picturale.
Ce qui frappe, c’est la quantité d’idées, d’angles, de perspectives qui ont été développées au cours de ces six décennies. Ainsi rassemblées, elles révèlent la diversité des approches, y compris au sein des mouvements artistiques eux-mêmes.
Le parcours s’organise de manière chronologique, sans s’interdire des regroupements thématiques : les nouveaux styles abstraits et figuratifs, l’évolution du rapport à la nature et à la technique, à la société et à l’existence, l’influence de la psychologie, de la philosophie et de la politique.
Deux artistes sont placés sous le feu des projecteurs : Max Beckmann (1884-1950) et Anita Rée (1885-1933). Ces deux peintres, provocateurs et en perpétuelle recherche formelle, sont présents à travers une vingtaine de tableaux. Parmi eux figurent deux autoportraits de jeunesse : « Selbstbildnis Florenz » (Max Beckmann, 1907), l’acquisition la plus onéreuse de l’histoire de la Hamburger Kunsthalle, et « Selbstbildnis in Hittfled » (Anita Rée, 1904).
A.L.