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À Weimar, dans les couloirs de l’histoire

Statue de Goethe exposée au château de Weimar (Stadtschloss Weimar).

Statue de Goethe exposée au château de Weimar (Stadtschloss Weimar). L’écrivain et homme politique allemand, figure du classicisme de Weimar, a joué un rôle important dans la reconstruction de l’édifice après l’incendie de 1774. © picture alliance/dpa | Martin Schutt

01.10.2026 - Article

Haut lieu du classicisme allemand classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO, le château de Weimar rouvre ce week-end après huit années de travaux de rénovation. Du haut de sa tour, plusieurs siècles vous contemplent.

Le château de Weimar (Stadtschlß Weimar). Il héberge désormais une nouvelle exposition permanente intitulée « Le classicisme de Weimar ».
Le château de Weimar (Stadtschlß Weimar). Il héberge désormais une nouvelle exposition permanente intitulée « Le classicisme de Weimar  ». © picture alliance/dpa | Martin Schutt

Il a vu passer Goethe, Schiller et les premiers dirigeants de la République de Weimar. Le château de Weimar (Stadtschloß Weimar) a été le témoin privilégié de grandes heures de l’histoire allemande. Maintes fois détruit et reconstruit, il conserve l’empreinte du classicisme allemand, ce qui lui vaut d’être inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO avec d’autres monuments de l’ensemble Weimar classique. Le visiter, c’est arpenter les couloirs d’une riche histoire culturelle et politique. Ce week-end, il rouvre partiellement ses portes après huit années de travaux de rénovation. La réouverture complète est prévue en 2032.

La fondation Klassik Stiftung Weimar organise pour l’occasion un week-end de festivités, d’animations et de visites. La réouverture de l’aile orientale du château donne accès à un patrimoine remarquable : l’escalier de Gentz et la grande Salle des fêtes, chefs-d’œuvre de l’aménagement néoclassique, les « Dichterzimmer  » (chambres de poètes) aménagées entre 1835 et 1847 en hommage au quatuor du classicisme allemand (Goethe, Schiller, Herder, Wieland), la chapelle, achevée en 1847. Sans oublier les collections de peinture (galerie Cranach, toiles de Caspar David Friedrich, Tischbein, Rodin ou Max Beckmann), les objets d’art et le mobilier.

Nouvelle exposition : le classicisme revisité

La réouverture s’accompagne de l’inauguration d’une nouvelle exposition permanente qui entend ouvrir de nouvelles perspectives sur le classicisme de Weimar. Elle interroge : comment les générations ultérieures ont-elles forgé son image ? Comment l’ont-elles transmise, utilisée ?

Le groupe du Laocoon, Château de Weimar
Le groupe du Laocoon, Château de Weimar © Thomas Müller / Klassik Stiftung Weimar

« Ce patrimoine culturel n’est pas seulement une affaire du passé », souligne Wolfram Weimer, ministre fédéral adjoint à la Culture. « Il est une responsabilité envers le présent et un engagement pour l’avenir. Le classicisme de Weimar est né entre la Révolution franҫaise, la Terreur, la guerre et l’effondrement de l’ordre ancien. Sa réponse fut l’humanisme, la liberté et la conviction que l’art, l’éducation et la science peuvent donner à une société des repères. […] Nous avons tous une responsabilité envers ce lieu ».

Le parcours de l’exposition raconte l’histoire d’un lieu qui fut un centre de pouvoir en tant que résidence des ducs et grands ducs de Saxe-Weimar-Eisenach. Les pièces et les trésors du château se font objets d’exposition. On y voit défiler Goethe et son mécène, le duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach, la duchesse Anna Amalia, Schiller, Herder, Wieland… L’escalier de Gentz semble mener le visiteur « de l’obscurité à la lumière » en longeant des sculptures du panthéon gréco-romain.

Un voyage dans le temps

Salle des fêtes du Château de Weimar.
Salle des fêtes du Château de Weimar. © Thomas Müller / Klassik Stiftung Weimar

On en oublierait presque que l’histoire du château ne se résume pas au classicisme. Riche, fascinante, tragique, elle débute au 10e siècle par la construction d’une forteresse médiévale. L’édifice est ravagé par un incendie en 1424. Au milieu du 16e siècle, il devient la résidence permanente des ducs de Saxe-Weimar-Eisenach. Ces derniers transforment le château en une résidence de style Renaissance. Elle est à son tour la proie des flammes en 1618, et surtout en 1774. Le violent incendie ne laisse debout que les murs d’enceinte, la tour et quelques éléments architecturaux.

Tout est à reconstruire. Le duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach créé une Commission. Il en confie la direction à Johann Wolfgang Goethe, l’auteur des Souffrances du jeune Werther (1774) qu’il a fait venir à Weimar l’année même de leur parution, et dont il a fait son conseiller, puis son ministre. La reconstruction s’étend de 1789 à 1803. Les architectes créent les somptueux intérieurs néoclassiques qui sont parvenus jusqu’à nous. Les extensions du bâtiment se succéderont encore jusqu’au début du 20e siècle.

Berceau du classicisme, berceau de la République

En 1918, la proclamation de la République à Berlin prive le château de son statut de résidence d’une famille régnante. Mais il a de nouveau rendez-vous avec l’histoire. Berlin étant jugée trop instable pour accueillir les nouvelles institutions, Weimar devient temporairement le centre du pouvoir de la première République allemande. L’assemblée s’installe dans le Deutsches Nationaltheater, où elle vote en juillet 1919 la Constitution de Weimar. Le château devient le centre du travail du nouveau gouvernement. Le président du Reich, Friedrich Ebert, et plusieurs ministres y ont des bureaux.

Le château de Weimar devient finalement un musée à partir de 1923. En 1943, son destin croise encore une fois celui de l’Allemagne. Un bunker, en partie construit par des détenus du camp de concentration de Buchenwald, est aménagé sous l’aile orientale où s’alignent les trésors du classicisme. Ombres et lumières.

A.L.

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