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15 collections, 15 destins : à Hambourg, sur les traces de l’art spolié par les nazis

Vue de l’exposition « De Monet à Picasso. Les collectionneurs d’art en Allemagne », à visiter au Bucerius Kunst Forum de Hambourg jusqu’au 29 mars 2027

Ausstellung « Von Monet bis Picasso. Jüdische Kunstsammler:innen in Deutschland » im Bucerius Kunst Forum 2026 Foto:Ulrich Perrey © Bucerius Kunst Forum

16.10.2026 - Article

Collectionneurs souvent passionnés, ils ont contribué à la percée de l’art moderne en Allemagne avant 1945. Le Forum d’art Bucerius de Hambourg rend hommage dans une exposition aux collectionneurs d’art juifs spoliés par les nazis.

Ils s’appelaient Paul et Clothilde Schüler, Martha et Walter Blank, Max Meyrowsky, Rosa Schapire, Margarethe Mauthner. L’histoire a effacé leurs noms. Pourtant, dans la première moitié du 20e siècle, ces familles, ces couples, ces particuliers ont été parmi les premiers en Allemagne à collectionner l’art moderne et à permettre son éclosion. Puis ils ont subi les persécutions nazies. Et souvent, ils ont été forcés à disperser leurs collections pour tenter de survivre. Jusqu’au 29 mars 2027, le Forum d’art Bucerius consacre une exposition aux collectionneurs juifs spoliés par les nazis. Il éclaire leurs destins et leur rôle oublié dans l’histoire de l’art moderne.

Le rôle des collectionneurs juifs dans l’histoire de l’art redécouvert

Paula Modersohn-Becker, « Vier Kinder vor Landschaft mit Moorkanal », vers 1900, Kunstsammlungen Chemnitz - Museum Gunzenhauser, Propriété de la Fondation Gunzenhauser
Paula Modersohn-Becker, « Vier Kinder vor Landschaft mit Moorkanal », vers 1900, Kunstsammlungen Chemnitz - Museum Gunzenhauser, Propriété de la Fondation Gunzenhauser © Bucerius Kunst Forum

L’exposition est le fruit de cinq années de recherches. Elle reconstitue 15 collections d’art exemplaires de l’activité des collectionneurs juifs d’avant 1945. Leurs créateurs étaient originaires de toutes les régions allemandes. Les uns ont soutenu des institutions publiques, d’autres ont œuvré dans le cadre de mécénat privé. Tous se sont distingués par leur engagement au service de la société.

L’ensemble des œuvres, une centaine de toiles, dessins et sculptures, couvre une période de l’histoire de l’art qui va du réalisme à la Nouvelle Objectivité en passant par l’impressionnisme et l’expressionnisme – « de Monet à Picasso », annonce le titre de l’exposition. Les grands maîtres s’y bousculent, parmi lesquels beaucoup d’artistes allemands et franҫais : Claude Monet, Camille Pissaro, Paul Cézanne, Georges Braque, Lovis Corinth, Vincent Van Gogh, Ernst Ludwig Kirchner, Franz Marc, Paula Modersohn-Becker, Edvard Munch, Max Pechstein, Pablo Picasso, Karl Schmidt-Rottluff.

Chaque collection se voit consacrer une pièce. Les œuvres sont présentées dans leur contexte historique. Des documents d’archives dévoilent les motivations des collectionneurs, leurs stratégies, leur manière de soutenir les artistes d’avant-garde. Il est frappant de constater leur ouverture à l’égard de l’innovation artistique là où la politique de l’Empire allemand s’est caractérisée par son conservatisme en matière d’art jusqu’au début des années 1910. Les collectionneurs présentés ont souvent aidé concrètement l’art moderne à s’établir, que ce soit en essayant de le comprendre, par leurs choix et leurs manières de le présenter, par leur coopération avec les galeries d’art ou par la subvention directe apportée aux musées, associations et artistes eux-mêmes.

Derrière les œuvres, des destins

Max Pechstein, Zwiegespräch / Interieur, 1921, Collection Kunstmuseum Bochum.
Max Pechstein, Zwiegespräch / Interieur, 1921, Collection Kunstmuseum Bochum. © Bucerius Kunst Forum

L’exposition ne s’arrête toutefois pas là. À l’aide de documents d’époque et de photos, elle campe des personnalités et retrace des destins. Ceux d’individus et de familles qui participaient activement à la société et qui virent leur vie basculer au plus tard avec l’arrivée au pouvoir des nazis en 1933. Soudain, le quotidien fut fait de marginalisation, de privation de droits, d’expropriation des biens, de persécutions, d’expulsions, d’assassinats. Les impôts forcés succédaient aux interdictions de quitter le territoire, aux gels des avoirs et aux restrictions de change.

Certaines familles sont parvenues à sauver tout ou partie de leurs collections. Mais dans la plupart des cas, même ceux qui sont parvenus à prendre le chemin de l’exil ont vu leurs collections bradées ou spoliées. La vente des œuvres a parfois permis de financer leur départ.

Wladimir von Zabotin, Dimanche matin à Gdansk, Kunsthalle Mannheim, Donation William Landmann, Toronto, 1973
Wladimir von Zabotin, Dimanche matin à Gdansk, Kunsthalle Mannheim, Donation William Landmann, Toronto, 1973 © Collection Emma Zabotin

Après 1945, les œuvres se sont retrouvées dispersées sur les cinq continents, dans des collections privées ou publiques. Leur provenance était souvent ignorée. Et quand elle était connue, elle était volontairement tue. Un parcours du combattant a alors commencé pour les rescapés et leurs descendants afin d’obtenir leur restitution. Et ce parcours, montre l’exposition, reste ardu jusqu’à aujourd’hui, malgré la mise en place d’organes spécialisés depuis une vingtaine d’années.

A.L.

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