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Consolider l’amitié franco-allemande grâce à « Génération Europe »

Une Allemande et un Français, Theresia Crone et Adrien Guillot, membres de la première promotion du réseau « Génération Europe »

Une Allemande et un Français, Theresia Crone et Adrien Guillot, membres de la première promotion du réseau « Génération Europe », © Thomas Tiefseetaucher et Adrien Guillot

24.01.2023 - Article

60 ans après la signature du Traité de l’Élysée, le réseau « Génération Europe » réunit des jeunes talents qui s’engagent, à la fois en Allemagne et en France. Dans une interview, Theresia Crone et Adrien Guillot livrent leur perception de l’amitié franco-allemande.

Le Traité de l’Élysée est le symbole politique de la réconciliation historique entre l’Allemagne et la France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi souhaitez-vous aujourd’hui – 60 ans après – consolider l’amitié franco-allemande ?

Mme Crone : En ce moment, il nous est rappelé que la sécurité et nos libertés ne sont pas une évidence. C’est vrai dans différents domaines. Les valeurs démocratiques doivent sans cesse être défendues et exigent une mobilisation sans relâche. Je suis engagée politiquement parce qu’une démocratie forte a besoin d’une société civile active. Je suis par ailleurs convaincue que, dans l’actuel contexte de crises, l’amitié franco-allemande peut non seulement être le fondement de la stabilité mais aussi un instrument permettant de surmonter les excès d’égoïsme et d’obstination – politiquement et humainement. Celui qui découvre une autre culture, qui engage le dialogue, devient moins ignorant et acquiert une meilleure compréhension. Il apprend à élargir son champ de vision. Je ne peux imaginer de remède plus efficace contre l’isolement et le repli sur soi.

M. Guillot : Je n’ai encore jamais rencontré de gens qui voient la France et l’Allemagne comme des ennemis. Je crois donc que, dans les deux pays, la population n’éprouve pas de rancune liée à la Seconde Guerre mondiale. C’est, bien sûr, une réalisation majeure du Traité de l’Élysée. La France et l’Allemagne partagent leurs points de vue dans de nombreux domaines et leur coopération est excellente. Je dis souvent de nos deux pays qu’ils sont les meilleurs amis du monde, et j’espère sincèrement ne pas me tromper. Mais l’amitié s’entretient. Je pense qu’il serait possible d’en faire encore plus, notamment en matière d’échanges culturels et de mobilité professionnelle.

Par-delà les frontières, le réseau de jeunes talents « Génération Europe » s’engage en faveur d’une Europe de la solidarité et des actions sociales concertées. Madame Crone, à quel niveau de votre vie quotidienne sentez-vous le plus « l’Europe » ?

Mme Crone : Mes grands-parents ont grandi pendant la Seconde Guerre mondiale, et ma mère en RDA. Si je compare leur vie à la mienne, je comprends mieux l’importance de l’Europe en tant que projet de paix. Dès l’école primaire, j’ai participé à des programmes d’échange germano-polonais. En secondaire, j’ai eu l’opportunité de passer trois mois en France dans le cadre du programme Brigitte Sauzay. J’ai donc grandi avec le sentiment que j’avais beaucoup à apprendre d’autres horizons et que nous, les jeunes, nous avions plus de points communs que de divergences. Aujourd’hui, je vis à Paris. Régulièrement, je prends le train pour me rendre de l’autre côté de la frontière, sans penser que cette mobilité ne va pas de soi. J’étudie et je vis avec des jeunes d’autres pays européens, ce qui me permet de constater nos points communs et nos différences. Je pense par ailleurs que l’interconnexion européenne m’a permis de grandir en ayant le sentiment bien ancré en moi d’être en sécurité.

Les 24 participants ont pour mission de réfléchir à la manière dont pourraient être traités à l’avenir les sujets en lien avec l’amitié franco-allemande. Avez-vous déjà des idées de projets et d’activités dans ce cadre, Monsieur Guillot ?

M. Guillot : De par mon activité professionnelle, ma première idée est de m’impliquer davantage dans des projets de coopération entre la France et l’Allemagne. Il pourrait s’agir de promouvoir des possibilités de financement de la recherche, de faciliter l’échange de scientifiques français et allemands, ou encore de participer plus activement à des événements d’information scientifique. J’aimerais aussi contribuer à améliorer l’accès aux écoles bilingues. C’est pour moi un aspect très important pour les familles avec des enfants. Pour l’instant, j’ai encore du mal à concevoir un plan précis car je n’ai toujours pas rencontré les autres participants. Je dois aussi voir quelles opportunités découleront du programme « Génération Europe ».

Madame Crone, vous faites des études de droit franco-allemand à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l’Université de Cologne. Quel est votre ressenti de la collaboration au sein de votre promotion franco-allemande ?

Mme Crone : Nos études ont commencé à Cologne, ce qui a impliqué, pour mes camarades français, de trouver leurs repères dans un autre pays, dont la langue et le système juridique sont différents. Depuis l’été, les rôles se sont inversés. Maintenant, c’est nous, les étudiants allemands, qui sommes confrontés à une situation où tout est nouveau et inhabituel. Cela a créé entre nous un lien tout particulier. J’ai souvent le sentiment que nous ne nous considérons plus du tout comme un groupe de deux nationalités différentes mais plutôt comme une « communauté européenne de souffrance », du moins pendant les examens. Indépendamment de ces périodes stressantes, je suis vraiment ravie de pouvoir découvrir deux systèmes juridiques. Cela nous apprend à considérer le droit sous des angles différents et à y réfléchir. Par exemple, j’ai l’impression que l’intérêt public et la protection de l’environnement jouent traditionnellement un rôle plus important en droit français.

Monsieur Guillot, vous vivez à Berlin avec votre femme allemande et vos deux enfants. Quel est la place de l’histoire franco-allemande dans la relation qu’entretiennent votre famille allemande et votre famille française ?

M. Guillot : Franchement, cela n’a jamais été un sujet de discussion dans nos familles. Nous avons tous conscience du passé mais nous sommes davantage ancrés dans le présent et nous tirons simplement et réciproquement parti de nos cultures respectives telles qu’elles sont aujourd’hui. Pour autant, Berlin est un endroit unique qui me rappelle sans cesse que nos pays étaient en guerre il n’y a pas si longtemps que cela, et que les conséquences de la division allemande se sont prolongées pendant plusieurs décennies. Chaque jour, nous voyons les répercussions des conflits internationaux aux portes de l’UE, une situation que l’UE a, à mon avis, parfaitement réussi à éviter, du moins entre ses membres.

Madame Crone, vous êtes engagée de différentes façons dans la lutte contre le changement climatique. Quelle sera la valeur ajoutée pour l’UE si l’Allemagne et la France unissent leurs efforts en faveur de la protection du climat ?

Mme Crone : En matière de protection du climat, c’est la crainte d’être trop radicale qui, régulièrement, fait échouer l’UE. On veut maintenir le statu quo et on oublie que nous sommes « en route vers l’enfer climatique », comme l’a récemment déclaré le Secrétaire général de l’ONU. Dans sa « décision relative au climat », la Cour constitutionnelle fédérale a donc déclaré à juste titre que nous ne pouvons garantir notre liberté et notre sécurité futures que si nous réduisons aujourd’hui nos émissions. Si l’Allemagne et la France travaillent ensemble à la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat, cela motivera par ailleurs d’autres pays à remplir leurs obligations. Historiquement, nos deux pays, qui sont aussi les plus grandes économies de l’UE, comptent parmi les plus gros émetteurs du monde, ce qui implique une responsabilité plurielle d’endosser un rôle de premier plan.

Laissons le mot de la fin à M. Guillot... 

M. Guillot : Pour résumer mes réponses à vos questions, je dirai que la France et l’Allemagne travaillent en effet très bien ensemble et que, dans le cadre de l’UE, les deux anciens adversaires sont devenus de très bons amis. Il existe néanmoins une marge d’amélioration permettant de consolider la relation franco-allemande et j’espère que le programme « Génération Europe » apportera de nouvelles idées.

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