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Discours de M. Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, lors de la remise du Prix franco-allemand du journalisme (Paris, 16 septembre 2026)
Madame la ministre-présidente Anke Rehlinger, Monsieur l'ambassadeur Stephan Steinlein, Cher François Villeroy de Galhau, Monsieur Joachim Nagel, Monsieur le ministre, cher Heiko Maas, Mesdames et Messieurs les présidents et les présidents de médias, Chers nominés, chères lauréates, chers lauréats, Mesdames et Messieurs, C'est un grand plaisir de vous accueillir ce soir au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères à l'occasion de la cérémonie de remise du prix franco-allemand au journalisme. En plus de 40 ans d'existence, cette cérémonie s'est imposée comme un rendez-vous majeur du calendrier franco-allemand. Et l'accueillir ce soir au Quai d'Orsay revêt évidemment une signification particulière. En entrant dans cette salle, que la plupart d'entre vous connaissent, vous êtes passés à quelques mètres du Salon de l'Horloge. C'est là, le 9 mai 1950, que Robert Schuman prononça la déclaration qui allait poser l'une des premières pierres de la construction européenne. C'est aussi cette histoire que nous célébrons ce soir, celle d'une amitié franco-allemande bâtie par la volonté, le courage et la lucidité de ceux qui nous ont précédés, et notamment Robert Schuman et Konrad Adenauer. Le prix franco-allemand du journalisme en est lui-même l'un des héritages, puisqu'il a été créé en 1983, à l'occasion du 20e anniversaire du traité de l'Élysée, c'est-à-dire l'année de ma naissance. Dans un monde qui se brutalise, notre amitié nous rappelle le chemin parcouru et cette vérité essentielle, la guerre n'est jamais une fatalité. La réconciliation franco-allemande en est peut-être la plus belle démonstration. [Applaudissements] Et ça n’est d’ailleurs pas tout à fait un hasard si Sa Sainteté Léon XIV a décidé de consacrer une partie de sa visite dans notre pays, dans quelques jours, à Robert Schuman, puisqu’il ira symboliquement lui rendre visite à Metz. J'avais essayé de le faire venir dans le Salon de l’Horloge, je n'ai pas réussi, ce sera pour une prochaine fois. Faire vivre cette paix, c'est l'œuvre des diplomates que nous sommes, mais c'est aussi l'œuvre des journalistes que vous êtes. Et je veux ici saluer votre travail indispensable. En l’accomplissant, vous êtes tout à la fois un révélateur, un antidote et une vigie. Un révélateur d'abord puisque vous éclairez, vous expliquez, vous contextualisez avec pédagogie et avec rigueur. Vous rendez intelligible un monde dont la complexité ne cesse de croître. Vous êtes aussi un antidote contre cette pandémie de désinformation qui menace nos démocraties et s'insinue partout dans l'espace public. Elle met quotidiennement à l'épreuve notre esprit critique. Face à elle, nous avons besoin plus que jamais d'une presse libre, indépendante et pluraliste. Et puis, enfin, vous êtes des vigies. Des vigies de notre politique étrangère par vos enquêtes, par vos analyses. Vous obligez les autorités à expliquer leurs choix, à rendre compte de leurs décisions, à exposer les fondements de leurs actions. Certains régimes y voient une entrave, nous y voyons une exigence démocratique. Et c'est précisément parce que votre travail est indispensable que vous devez pouvoir l'exercer sans craindre pour votre liberté ou pour votre vie. Je n'ignore pas que dans certaines régions du monde, comme sur certaines plateformes, vous êtes devenus des cibles. J'ai une pensée pour vos collègues victimes de pression, d'intimidation, d'emprisonnement pour la seule raison qu'ils informent. Je pense notamment à notre compatriote, Christophe Gleizes, détenu depuis plus de deux ans en Algérie pour des motifs injustifiables et injustifiées. En contact avec sa famille, avec les initiatives citoyennes, nous sommes mobilisés pour obtenir sa libération. [Applaudissements] Je pense aussi au photojournaliste français Antoni Lallican, tué en Ukraine le 3 octobre 2025 par une attaque de drones russes alors qu'il portait un gilet marqué du mot « presse ». Sa mort nous rappelle tragiquement le prix que certains paient pour nous informer. Face à ces menaces, la France ne se résigne pas. Notre diplomatie est à l'œuvre pour que vous puissiez accomplir votre travail librement et en sécurité. Vous avez pu voir combien nous nous sommes mobilisés pour la libération de vos confrères il y a deux semaines au Togo. Voilà pourquoi nous sommes si honorés d'accueillir au Quai d'Orsay, comme lors de l'édition 2022, cette remise de prix. En récompensant le meilleur du journalisme franco-allemand, ce prix célèbre ainsi l'amitié entre nos deux pays et à travers elle un attachement à la démocratie et une certaine idée de l'Europe. Je sais d'ailleurs que depuis quelques années, ce prix a évolué pour distinguer de nouveaux formats, faire la part belle aux documentaires, à l'investigation, mais aussi à la jeunesse. En témoigne la récompense décernée aujourd'hui à HugoDécrypte, qui montre combien les usages peuvent changer sans qu'on change l'exigence fondamentale, celle d'informer avec rigueur le plus grand nombre. À l'heure où certains voudraient faire prospérer les manipulations de l'information, le climato-scepticisme ou tout simplement parier sur la division entre Européens, célébrons et remercions les gardiens d'une information plurielle, fiable et vérifiée. C'est un honneur d'accueillir tous ces talents, ces esprits engagés au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. Je ne serai pas plus long. J'ai comme vous hâte de découvrir les lauréates et les lauréats de cette année 2026. Longue vie au prix franco-allemand du journalisme et vive l'amitié entre l'Allemagne et la France ! [Applaudissements] |